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Comores : « C'est à cause du pétrole qu'Azali Assoumani veut placer son fils au pouvoir »

La signature le mois dernier d'un accord de surveillance maritime avec les États-Unis, appuyée par la livraison de nouveaux drones au gouvernement comorien, confirme le virage stratégique opéré par Azali Assoumani. L'actuel président prépare l'accession de ses fils au pouvoir, avec en ligne de mire les futures retombées de l'exploitation des gisements pétroliers en mer.
Ecrit par Thierry Lauret – le mercredi 7 août 2024 à 17H25
Richard Verma, Secrétaire d’État adjoint des États-Unis, et Azali Assoumani, président de l'Union des Comores, en mai 2023. (Photo page FB présidence Comores)

Le décret daté du 6 août et signé de la main d'Azali Assoumani a suscité une vive réaction des Comoriens sur le réseau social X. Bien plus qu'une « refonte de l’organisation, du fonctionnement et des attributions du Secrétariat général du gouvernement de l’Union des Comores », le décret s'apparente à l'élargissement et au renforcement des pouvoirs de l'actuel Secrétaire général du gouvernement, Nour el Fath Azali dit « Fatihou », qui n'est autre que le plus influent des fils du président du pays.

Avec des pouvoirs hégémoniques qui le placent en position d'exercer un droit de regard sur l'ensemble des ministères et des sociétés publiques, Fatihou Azali devrait rapidement sortir de son relatif anonymat et tenter de se forger une stature de futur chef d’État. Le 23 août 2023, Azali Assoumani avait déjà signé un décret faisant de son autre fils, Loukman Azali, qui a fait ses classes à l'académie militaire du Maroc, le patron de la gendarmerie comorienne.

En tant qu'ancien colonel de l'armée comorienne, Azali Assoumani n'ignore pas que le seul pouvoir législatif ne protège pas des risques d'un coup d’État.

De nouveaux drones américains de surveillance

Après s'être assuré la mainmise sur la sécurité intérieure grâce à la gendarmerie et les Forces spéciales, le président de l'Union des Comores a verrouillé les projets d'exploitation de gisements de pétrole en mer au large de l'île de la Grande Comore. C'est ainsi que le 5 juillet dernier, les Comores et les États-Unis ont signé un protocole d'accord de défense et de surveillance maritime, lequel octroie de nouveaux drones au gouvernement de l'archipel, friand de ce type de matériel. Avec en contrepartie l'assurance pour les sociétés pétrolières américaines de bénéficier d'une protection rapprochée en vue de l'exploitation des six blocs gorgés de pétrole délimités dans la ZEE (zone économique exclusive) des Comores.

Les visées américaines sur les blocs pétroliers comoriens avaient attiré l'attention des plus fins observateurs de la géopolitique de la zone sud-ouest de l'océan Indien dès l'annonce, en mars 2023, du rachat par l'entreprise Huffine Global Solutions (HGS) de la Société nationale de pêche, pourtant à l'arrêt depuis 2017.

Les Américains avaient alors promis pas moins de 34 millions d'euros d'investissement pour relancer la machine. Dix-huit mois plus tard, l'activité n'a toujours pas démarré, alors que la population peine à trouver de quoi se nourrir en dehors des produits d'importation. Au point que de nombreux Comoriens se demandent aujourd'hui si le rachat du site industriel, situé à Voidjou, ne masquait pas d'autres ambitions que la valorisation des eaux poissonneuses de l'archipel.

Pour l'ambassadrice américaine Claire Pierangelo, citée par le journal Al Watwan, ce retard à l'allumage ne serait dû qu'aux difficultés inhérentes au secteur de la pêche. « Il faut savoir que la marine chinoise depuis un certain nombre d’années effectue des manœuvres communes avec la marine tanzanienne, sans parler des manœuvres sud-africaines avec la flotte russe. Cette zone risque de devenir une zone de confrontation entre l’occident d’un côté, l’occident de l’autre », avance Abdourahamane Cheikh Ali, un ancien haut cadre de l’État comorien.

« Les drones ont aussi servi à espionner les mouvements de population »

Cet ancien directeur de cabinet au ministère de l’Éducation nationale (c'était en 1996, alors qu'il avait 31 ans) et ex-directeur de la société nationale d'importation de riz de 2005 à 2006 (lors du premier mandat de président d'Azali Assoumani), n'a pas le profil d'un dangereux révolutionnaire. Il n'en dénonce pas moins le régime autocratique qui s'est imposé aux Comores, avec selon lui le soutien masqué des États-Unis

« Souvenez-vous qu'une partie de l’opposition a boycotté les élections présidentielles, et Azali aurait été très mal à l’aise s'il avait dû être candidat tout seul. Les Américains ont fait le boulot, ce sont eux qui ont convaincu certains candidats de l’opposition de se présenter. Je le tiens de gens très proches de ces candidats : des personnels de l’ambassade ont discuté avec les gens de l’opposition, en assurant qu'Azali avait fait la promesse de ne pas faire intervenir l'armée durant le scrutin. Mais l'armée a été très impliquée dans la fraude », assure Abdourahamane Cheikh Ali.

Selon lui, les nouveaux drones livrés aux Comores auraient aussi vocation à empêcher toute contestation de l'opposition. « Les drones ont aussi servi à espionner les mouvements de population lorsqu’il y avait de fortes tensions à l’approche de l’investiture d'Azali Assoumani. Ils ont dissuadé tout mouvement hostile à la tenue de l’investiture. Il y a simplement eu un boycott, les gens ne sont pas allés à la cérémonie, Azali s’est retrouvé devant des gradins vides », expose celui qui explique avoir été membre d'un parti proche de celui du président comorien.

Abdourahamane Cheikh Ali, désomais président du Mouvement pour une République démocratique et progressiste aux Comores (MRDPC), estime que les richesses immenses induites par l'exploitation future des blocs pétroliers sont à l'origine du tournant autoritaire d'Azali Assoumani, et surtout de sa décision de donner à ses fils les leviers de contrôle du pays. « C’est à cause du pétrole qu'Azali veut à tout prix placer son fils au pouvoir. Il veut qu'il soit là au moment où le premier baril de pétrole sortira ».

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