Disparitions inquiétantes à Antananarivo : la capitale malgache plongée dans la peur

Depuis plusieurs semaines, Antananarivo est secouée par une série de disparitions inquiétantes, principalement d’enfants et de jeunes. Face à la multiplication des avis de recherche et à la découverte de plusieurs corps, les autorités malgaches ont renforcé la sécurité dans la capitale.
À Antananarivo, l’inquiétude a gagné les familles. Depuis le début de l’année, les disparitions d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes se multiplient à Madagascar, avec une concentration particulière dans la capitale. Les réseaux sociaux relaient chaque jour de nouveaux avis de recherche, alimentant un climat de peur et de psychose.
Selon les chiffres communiqués par la police nationale malgache, 172 plaintes ont été enregistrées depuis janvier 2026, dont 164 pour des disparitions de personnes. Les victimes sont en grande majorité des mineurs. Environ 81 personnes auraient été retrouvées vivantes, tandis que 83 resteraient encore portées disparues. Huit enfants ont été retrouvés morts.
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La gravité de la situation a été renforcée par plusieurs affaires récentes. La presse malgache fait état, en l’espace d’une semaine, de plusieurs corps retrouvés dans la capitale et ses environs : une fillette de 12 ans, un adolescent de 17 ans, un étudiant de 19 ans et un père de famille de 35 ans. Certains corps auraient été découverts dans des carrières ou des zones isolées.
Des familles sous le choc
Au-delà des chiffres, ce sont les récits des familles qui nourrissent l’angoisse. Des témoignages évoquent des enfants retrouvés vivants, mais inconscients, parfois marqués par des traces de coups et incapables de raconter ce qui leur est arrivé.
Dans les quartiers d’Antananarivo, la peur s’installe. Les parents redoublent de vigilance, les déplacements des enfants sont davantage surveillés et les messages d’alerte circulent massivement en ligne. Chaque disparition signalée sur les réseaux sociaux renforce le sentiment d’une crise sécuritaire qui échappe encore à toute explication claire.
À ce stade, les autorités n’ont pas présenté publiquement de piste établie permettant de relier l’ensemble des dossiers. Aucun réseau structuré n’a été officiellement identifié. Mais l’accumulation des cas et la violence de certaines découvertes ont poussé le gouvernement à durcir le ton.
Un dispositif de sécurité renforcé
Pour tenter de rassurer la population, les autorités ont déployé un important dispositif à Antananarivo. Des patrouilles mixtes réunissant policiers, gendarmes et militaires sillonnent la capitale. Les contrôles ont été renforcés, notamment aux ronds-points, carrefours et points jugés sensibles.
Des postes fixes permettent aussi d’assurer une présence plus visible sur le terrain, tout en recevant directement les plaintes des habitants. Des policiers en civil sont également déployés dans les lieux fréquentés ou réputés sensibles.
Un centre opérationnel dédié a été ouvert afin de coordonner les recherches et les interventions. Des fouilles de véhicules ont également été lancées dans la capitale. Pour l’heure, aucun couvre-feu spécifique n’a été annoncé dans le cadre de cette vague de disparitions, mais le maillage sécuritaire a été nettement renforcé.
Un discours politique très alarmiste
Face à cette série de disparitions, plusieurs responsables politiques et sécuritaires ont adopté un discours particulièrement ferme. Certains ont qualifié la situation de “terrorisme”, évoquant des actes visant à déstabiliser Madagascar et à ternir l’image du pays à l’international.
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Cette qualification suscite toutefois des interrogations. Les enquêtes sont toujours en cours et les autorités n’ont pas encore communiqué d’éléments permettant d’établir l’existence d’une organisation criminelle structurée ou d’un objectif politique précis.
Dans ce contexte, la communication du pouvoir est scrutée de près. Pour une partie des observateurs, l’emploi de termes très alarmistes peut contribuer à renforcer la peur, alors que les familles attendent d’abord des réponses concrètes : retrouver les disparus, identifier les auteurs et comprendre les circonstances de ces enlèvements ou disparitions.
Des suspects pris pour cible par la foule
Cette peur grandissante provoque aussi des scènes de violence contre des personnes soupçonnées d’être impliquées dans des enlèvements. Ces derniers jours, plusieurs suspects présumés ont été pris à partie par des habitants en colère à Antananarivo et dans ses environs. Dans plusieurs cas, les forces de l’ordre ont dû intervenir rapidement pour empêcher des lynchages.
La presse malgache rapporte notamment qu’une femme accusée d’avoir tenté d’enlever deux fillettes a dû être mise à l’abri par la police, tandis qu’un homme soupçonné d’avoir voulu partir avec une enfant de 6 ans a été violemment frappé avant d’être secouru. D’autres personnes, parfois présentées comme souffrant de troubles psychiatriques, ont également été prises pour cible dans un climat où la rumeur et la panique prennent souvent le pas sur l’enquête.
Cette tension a déjà connu une issue dramatique. À Maintirano, un homme soupçonné du meurtre d’une gérante de Cash-Point a été brûlé vif par une foule en colère. La justice a ordonné l’ouverture d’une enquête pour identifier les participants à ce lynchage mortel. Ces violences illustrent une autre conséquence de la crise actuelle : face à la peur, une partie de la population bascule dans une justice expéditive, alors même que les autorités appellent à laisser les enquêtes suivre leur cours.


