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Peut-on se passer des Îles Éparses ? Ce scénario "noir" où la France pourrait perdre 6 % de son territoire maritime face à Madagascar et la Chine

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le dimanche 26 avril 2026 à 16H49
@ Pixabay

Un scénario jugé "crédible" par des experts imagine Madagascar, soutenu par la Chine, reprendre les îles Éparses à la France d’ici 2028. En toile de fond, tensions géopolitiques, rivalités d’influence et enjeux stratégiques majeurs dans l’océan Indien. Crédible, au vu du contexte actuel...

Dans l’océan Indien, les lignes de faille ne sont jamais très loin des lignes d’horizon. Entre Madagascar et les confettis de souveraineté française que sont les îles Éparses, un récit prospectif circule, glaçant, presque romanesque, mais solidement étayé.

Imaginé par L’Express il y a quelques mois avec un panel d’experts, il dessine une séquence possible, sinon probable, encore plus à l'heure actuelle, où la géopolitique bascule au rythme des pénuries, des alliances et des démonstrations de force.

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Avril 2027. La Grande Île vacille. "Après deux saisons extrêmement difficiles pour les agriculteurs malgaches, des émeutes de la faim éclatent à Antananarivo", décrit ce scénario. Acculé, le pouvoir en place refuse l’aide française et se tourne vers Pékin. L’offre est claire, massive, et lourde de conséquences.

La Chine appuie les revendications malgaches sur ces territoires disséminés dans le canal du Mozambique. Un an plus tard, en août 2028, "Madagascar reprend ces îles à la France". L’hypothèse reste fictionnelle, mais elle irrigue déjà les réflexions militaires.

Une histoire de souveraineté

Ces terres, minuscules et inhabitées, n’ont rien d’anecdotique. Glorieuses, Tromelin, Juan de Nova, Bassas de India, Europa. Autant de noms qui dessinent une carte invisible, celle d’une zone économique exclusive (ZEE) immense. À elles seules, les îles Éparses participent à près de 6 % du territoire maritime français. Une présence stratégique, à la croisée des routes commerciales et des ressources potentielles en hydrocarbures.

À La Réunion, où l’on vit au contact direct de ces enjeux, la question n’est pas abstraite. Loin de là. Les rotations militaires, les patrouilles, les escales rythment déjà le quotidien discret de cette souveraineté nommée par Emmanuel Macron.

Le Président l’avait rappelé sans détour : "Les Outre-mer ne doivent jamais quitter notre regard et notre présence". Derrière la formule, un impératif à trois bandes. Tenir, surveiller, dissuader.

Mais la tension ne date pas d’hier. Depuis l’indépendance de Madagascar en 1960, la revendication des îles Éparses reste constante, presque obsessionnelle, encore plus ces derniers mois avec une pression accentuée des autorités.

Récits antagonistes

Cette revendication s’est nourrie des crises politiques et des malentendus. "Il y a dix ans de déliquescence du bilatéral entre Madagascar et la France", observe la journaliste Alexandra Saviana dans L’Express. Une lente érosion, faite de défiance et de récits antagonistes.

Sur la Grande Île, le sentiment anti-français progresse, porté par une lecture nationaliste de l’histoire. La France y est parfois perçue comme responsable des difficultés économiques, et demeure, dans certains imaginaires, "l’ennemi" d’hier. Malgré des tentatives d’apaisement, comme la rencontre encore bien en amont entre l'ex-président en exil Andry Rajoelina et Emmanuel Macron en 2019, le dossier des îles Éparses revient sans cesse, comme une écharde diplomatique.

L'épisode s'est amplifié il y a huit mois, quand les autorités malgaches sont revenues frontalement à la charge pour tenter de faire fléchir Paris sur la restitution des îles éparses.

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Dans cette brèche, la Chine avance ses pions. Sans bruit, mais avec méthode. Ports, infrastructures, commerce, diaspora. Pékin tisse une toile serrée dans l’océan Indien, entre Afrique et Asie. "Il ne s’agit pas d’une colonisation mais d’une stratégie d’ingérence", analyse Lova Rajaoarinelina, de la Fondation pour la recherche stratégique. L’idée est simple. Soutenir sans remplacer. Influencer sans occuper.

C'est surtout la Russie, qui à l'heure actuelle a placé ses pions, pour ne pas dire posé sa main sur Madagascar, et les soupçons d'ingérence qui en découlent... beaucoup moins fictifs pour le coup.

Pas de guerre frontale

Le scénario évoque alors une montée en puissance progressive. Des navires chinois autorisés dans les eaux malgaches. Une coopération militaire renforcée. Et, en filigrane, une pression constante sur les positions françaises. "Une technique d’intimidation de plus en plus agressive", selon l’amiral Pascal Ausseur.

Pas de guerre frontale. Plutôt une succession d’initiatives, de tests, de franchissements de lignes grises. Une guerre sans fracas, "par mille coupures".

Dans cette logique, tout se joue dans le tempo. Trop tard, et l’irréversible s’installe. Trop tôt, et l’escalade devient incontrôlable. Le scénario pousse la fiction jusqu’à l’humiliation. Un patrouilleur malgache atteint une île, fait des prisonniers, les transfère vers Mayotte. La France hésite, temporise, recule. "Une humiliation pour la France qui n’aurait pas réagi à temps", avancent les experts.

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À La Réunion, loin des capitales, au plus près des lignes de front maritimes, l’île observe, scrute, anticipe. Car derrière ces "rochers" perdus se joue bien plus qu’une querelle territoriale. Une bataille d’influence, de souveraineté et de projection de puissance. Et dans ce théâtre discret, chaque mouvement compte.

Et dans la réalité d’aujourd’hui ? Loin du scénario noir, la situation reste officiellement maîtrisée, mais s’inscrit toutefois dans un climat international nettement plus instable.

Et la Russie dans tout ça ?

La guerre en cours au Moyen-Orient rebat les cartes diplomatiques et militaires, mobilisant les grandes puissances et reléguant certains théâtres périphériques, comme le sud de l’océan Indien, à une vigilance plus diffuse.

Dans le même temps, Madagascar traverse une séquence politique fragile, marquée par des contestations internes et une érosion du pouvoir central, alimentant les inquiétudes sur une possible déstabilisation durable. Dans cet espace de fragilité, les influences extérieures s’intensifient.

Si la Chine demeure un acteur économique majeur, la Russie, elle, avance plus discrètement ses pions, notamment à travers des réseaux d’influence et des relais politiques, dans une logique d’opportunité.

Face à ces dynamiques, la France maintient sa présence militaire autour des îles Éparses et continue de privilégier le dialogue diplomatique, consciente que l’équilibre régional repose désormais sur une combinaison délicate de dissuasion, d’alliances et de stabilité politique chez ses voisins.

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