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Canne : le rebond se confirme malgré des prévisions revues à la baisse

Ecrit par P.M. – le mercredi 14 octobre 2026 à 19H04
Même si le CTICS a revu légèrement à la baisses ses prévisions de campagne le tonnage repart à la hausse cette année.

Les dernières prévisions du CTICS sont tombées et revoient légèrement à la baisse les estimations de récolte, désormais fixées à 1,3 million de tonnes pour l'ensemble de l'île. Un recul qui ne remet cependant pas en cause le rebond attendu, même encore modeste, après deux années historiquement mauvaises. Si la filière reste loin de ses standards passés, elle veut croire à une reprise durable, à condition d'échapper à de nouvelles catastrophes climatiques et aux coupes budgétaires envisagées par l'État, soulignent ses représentants.

Le verre à moitié vide ou à moitié plein ? Pour la filière canne, en crise depuis plusieurs années, c'est bien la seconde option qui est choisie par ses acteurs. Certes, les dernières prévisions de récolte sont légèrement inférieures aux premières estimations présentées en juillet, mais le rebond annoncé - et espéré - se confirme. Et après une succession de mauvaises campagnes marquées par deux cyclones et des sécheresses sévères, toute bonne nouvelle est bonne à prendre.

Selon les résultats du deuxième réseau de prélèvements réalisés par le Centre technique interprofessionnel de la canne et du sucre (CTICS), la récolte 2026 devrait atteindre 1,3 million de tonnes à l'échelle de l'île, contre 1,311 million annoncé avant l'ouverture de la coupe, alors qu'un tonnage frôlant les 1,4 million de tonnes avait un temps été espéré en début de campagne.

Une révision à la baisse de seulement 11 000 tonnes, soit moins de 1 %, qui masque toutefois des évolutions contrastées entre les deux bassins industriels.

Le Gol progresse, Bois-Rouge à la baisse

Dans le Sud et l'Ouest, les perspectives s'améliorent. Le CTICS relève désormais son estimation pour l'usine du Gol à 652 000 tonnes, contre 623 000 tonnes en juillet et 569 660 tonnes effectivement réceptionnées en 2025. La progression attendue dépasse ainsi 82 000 tonnes en un an.

Cette amélioration concerne particulièrement les bassins du Gol et de Grand-Bois, dont les prévisions ont été relevées respectivement à 302 000 et 226 000 tonnes. À l'inverse, les secteurs de Tamarins-Stella voient leurs estimations diminuer, en raison d'une baisse du poids moyen des cannes et, pour certaines parcelles, de difficultés d'entretien.

Lire aussi : Canne : la campagne 2026 porte les espoirs du rebond

Dans le Nord-Est, la situation est moins favorable qu'espéré. L'usine de Bois-Rouge devrait finalement réceptionner 648 000 tonnes, contre 688 000 tonnes annoncées lors du premier réseau. Cela représente néanmoins une hausse de plus de 82 000 tonnes par rapport aux 565 593 tonnes récoltées en 2025.

Les prévisions sont revues à la baisse dans l'ensemble des centres de réception du bassin. À Beaufonds, le tonnage attendu passe de 200 000 à 185 000 tonnes, tandis que les centres de Bois-Rouge et de La Mare reculent ensemble de 320 000 à 310 000 tonnes.

Le CTICS constate principalement une diminution du poids moyen des cannes entre les deux séries de prélèvements, malgré un nombre de tiges parfois supérieur.

Le CTICS revoit ses prévisions de façon générale en légère baisse tout en confirmant un rebond attendu du tonnage.

Sécheresse, chaleur et séquelles de Garance

Pour expliquer cette révision, le CTICS met d'abord en avant les conditions climatiques. La sécheresse persistante et le déficit pluviométrique ont freiné la croissance des cannes, particulièrement celles destinées aux coupes de milieu et de fin de campagne.

À ces difficultés s'ajoutent les conséquences toujours perceptibles du cyclone Garance, qui avait durement frappé les bassins du Nord et de l'Est en février 2025. Les perturbations provoquées sur le développement végétatif des cannes continuent de peser sur les rendements.

L'hiver austral n'a pas davantage favorisé la situation. Les températures sont restées supérieures aux normales saisonnières, y compris la nuit, limitant les conditions favorables à la maturation.

Mais le climat n'explique pas tout. Le CTICS pointe également le manque de main-d'œuvre, la diminution des quantités d'intrants épandues et les difficultés croissantes de maîtrise des mauvaises herbes. Autant de problèmes structurels qui continuent de pénaliser le potentiel de production de la filière et auxquels cette dernière tente d'apporter des réponses à travers les États généraux de la canne, en vue de la prochaine convention, prévue en 2028.

Une production encore loin des standards

Malgré ce rebond, la récolte attendue reste très éloignée des niveaux atteints il y a quelques années. Pour rappel, la filière produisait encore plus de 1,7 million de tonnes de cannes en 2017. Depuis 2023, la production a enchaîné les baisses, jusqu'à atteindre des niveaux historiquement faibles en 2024 et 2025, avec respectivement 1,137 et 1,135 million de tonnes.

Pour Florent Thibault, directeur agricole de Tereos Océan Indien et coprésident du comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre (CPCS), cette campagne constitue avant tout une étape dans le rétablissement de la filière.

"La Réunion a quand même réussi à résister aux effets de Garance, parce que c'était un cyclone dévastateur qui aurait pu être mortel pour la filière. On voit que les capacités de production sont maintenues", souligne-t-il.

Il préfère parler d'une canne encore en "convalescence", dont le potentiel ne pourra être pleinement retrouvé qu'avec des conditions climatiques favorables et des moyens suffisants pour assurer l'entretien des cultures. "Évidemment, on espère que l'année prochaine sera meilleure. Maintenant, il faudra voir quelles seront les conditions climatiques", tempère-t-il.

Les prévisions sont revues légèrement à la baisse pour l'usine de Bois-Rouge au contraire de celles du Gol (archives).

La richesse reste à la peine

L'autre sujet de préoccupation concerne la richesse en sucre, déterminante pour la rémunération des planteurs comme pour la production industrielle. Alors que la moyenne décennale s'établit à 13,18 points, la richesse moyenne cumulée atteignait seulement 11,77 dans l'Est et 12,29 dans le Sud.

La situation apparaît certes meilleure dans le Nord-Est qu'en 2025, année particulièrement catastrophique après Garance, où la richesse moyenne avait chuté à 10,67, certains centres descendant même jusqu'à 9 points. Dans le Sud, moins affecté par le cyclone, elle avait atteint 12,69 l'an dernier.

Pour Stéphanie Damour, responsable du service relations clients du CTICS, le manque de fraîcheur durant l'hiver austral constitue l'une des principales explications. "On a des températures qui sont quand même à 2 °C supérieures à la normale saisonnière, avec des nuits qui ne sont pas aussi fraîches. On n'a pas eu cette baisse de température nécessaire à la maturation", explique-t-elle.

Elle y voit également les conséquences plus générales du réchauffement climatique, entre sécheresses répétées, cyclones et modification des températures saisonnières.

Florent Thibault partage cette analyse, tout en soulignant un autre facteur : l'évolution des méthodes de récolte.

"On a de plus en plus de cannes longues coupées à la machine, avec de la matière un peu moins sucrée puisqu'il y a les hauts de la canne, les feuilles, les pailles. Cela joue aussi forcément sur la richesse", explique-t-il.

Selon lui, la coupe mécanique a représenté pour la première fois environ la moitié des récoltes en 2025. Une évolution qui pose une nouvelle fois la question de l'adaptation des pratiques et des mécanismes de rémunération, à laquelle la prochaine convention canne devra là encore tenter d'apporter des réponses, sur fond de "prix plancher", revendiqué notamment par le nouveau co-président du CPCS, Jean-François Sababady.

Inquiétude autour de coupes budgétaires

C'est dans ce contexte de reprise encore fragile que les annonces de réductions budgétaires envisagées par l'État suscitent une vive inquiétude.

Lors d'une conférence de presse organisée la semaine dernière, les représentants du monde agricole et les industriels ont dénoncé le risque de voir les crédits destinés à la filière canne-sucre amputés de 17 millions d'euros, sur un total de 24 millions d'euros de réductions envisagées à l'échelle de l'agriculture des DOM. Des coupes qui remettraient en cause, selon eux, les engagements financiers pris par l'État dans le cadre de la convention canne.

Lire aussi : Budget 2027 : face au "coup de massue", agriculteurs et industriels envisagent une mobilisation commune

Florent Thibault rappelle que cette dernière repose sur un équilibre contractuel entre les planteurs, l'industriel et l'État : "Il ne faut évidemment pas qu'une de ces trois parties remette en cause ses engagements parce qu'elle déstabiliserait l'ensemble des équilibres sur lesquels les campagnes vont se dérouler jusqu'à la fin de cette convention", prévient-il.

Les discussions engagées avec les pouvoirs publics n'ont, pour l'heure, pas permis de lever les incertitudes avec le spectre d'une mobilisation à venir du monde agricole comme industriel.

Etiquettes : Canne | PU1 | Tereos

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