Canne : la campagne 2026 porte les espoirs du rebond

Alors que la coupe démarre ce matin dans le Nord et l'Est, la filière canne entrevoit enfin une éclaircie après plusieurs années noires. Les prévisions de récolte sont en hausse, les dispositifs d'accompagnement mis en place après le cyclone Garance devraient limiter les conséquences financières pour les planteurs les plus touchés et les acteurs espèrent valider d'ici quelques mois une feuille de route sur le long terme via les États généraux de la canne.
Après plusieurs campagnes marquées par les aléas climatiques et une chute historique des tonnages, les signaux repassent timidement au vert.
Comme tous les acteurs de la filière, le président du CTICS (Centre Technique Interprofessionnel de la Canne et du Sucre) et directeur agricole de Tereos Océan Indien, Florent Thibault espère que la campagne 2026 marquera le début d'un tournant et le retour à une situation plus normale pour la filière.
Les prévisions du CTICS et de l'industriel convergent vers une hausse de la production. Le CTICS table sur 1,311 million de tonnes de cannes à l'échelle de l'île, contre un peu plus de 1,13 million l'an dernier. Dans le Nord-Est, les estimations oscillent entre 688.000 tonnes pour le CTICS et environ 700.000 tonnes selon Tereos.
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Vigilance sur la sécheresse
« On part sur une campagne qui devrait normalement être meilleure que prévu si on n'a pas de problématique climatique. On pourrait avoir la première année depuis la convention canne où l'on bénéficie réellement de ses effets positifs », estime Florent Thibault.
Si la sécheresse observée cette année reste une source de vigilance, notamment dans le Sud, elle a jusqu'à présent eu un impact limité dans le Nord et l'Est où elle est intervenue durant la saison humide.
Pour autant, le président du CTICS reste prudent. La croissance des cannes se poursuit pendant toute la durée de la campagne et les résultats dépendront encore largement des conditions météorologiques des prochains mois, notamment pour les cannes de fin de coupe.

Les SMS ont été transmis aux planteurs
Préalable obligatoire, cette campagne ne pouvait pas démarrer sans une réponse à une revendication portée par les syndicats agricoles. Lors de la Commission mixte d'usine de Bois-Rouge, ces derniers ont rappelé conditionner leur accord à la communication par Tereos de la situation individuelle des planteurs concernant les avances versées lors de la campagne 2025.
L'industriel s'était engagé à transmettre à chaque exploitant le détail de son solde par SMS puis par courrier. Un engagement tenu qui a permis de lever les dernières réserves avant l'ouverture de la campagne.
« On a communiqué à chaque planteur par SMS sa situation et les courriers sont en cours d'envoi. Nous avons transmis les deux chiffres dont nous disposons : le trop-perçu constaté à la fin de la campagne 2025 et le restant dû connu à ce jour après les différents paiements déjà réalisés », explique-t-il.
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Plus de planteurs redevables... avant les compensations
Les chiffres bruts restent toutefois impressionnants. Selon Tereos, un peu plus de 500 planteurs apparaissent aujourd'hui redevables d'une partie des avances versées, conséquence des très faibles richesses enregistrées l'an dernier dans le Nord-Est. Le montant total concerné atteignait environ 1,8 million d'euros à la mi-2026.
« Forcément, avec des richesses extrêmement faibles, on se retrouve avec davantage de planteurs concernés. Nous l'avons d'ailleurs ressenti aussi côté industriel puisque, à tonnage équivalent, nous avons produit moins de sucre », souligne Florent Thibault.
L'industriel appelle toutefois à la prudence dans l'interprétation de ces chiffres. Les données communiquées aux planteurs ne prennent pas encore en compte l'ensemble des mécanismes de compensation décidés après Garance.
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Parmi eux figurent notamment la compensation de richesse financée dans le cadre des accords interprofessionnels de 2025, le mécanisme complémentaire destiné aux planteurs restant en dessous du seuil de 11,675 de richesse, les aides exceptionnelles de l'État liées à Garance pour la canne ainsi que le Fonds de secours pour l'Outre-mer.
« J'aurais préféré communiquer directement le chiffre net. Aujourd'hui, nous n'avons encore qu'un chiffre brut. Quand on additionne l'ensemble des mesures mises en place, je pense qu'on neutralise largement les effets de la campagne 2025 », estime Florent Thibault.

États généraux : du concret attendu à la rentrée
Si la campagne 2026 doit permettre à la filière de retrouver un peu d'oxygène, Florent Thibault estime que le véritable enjeu se situe au-delà des tonnages de cette seule campagne.
Un an après les États généraux de la canne, l'heure est désormais à la concrétisation des engagements pris. Main-d'œuvre, lutte contre les mauvaises herbes, sécurisation des approvisionnements en intrants ou encore maintien des surfaces cultivées figurent parmi les principaux défis identifiés par l'industriel.
À la demande du préfet, l'ensemble des acteurs de la filière doit se retrouver à la rentrée afin de transformer les conclusions des États généraux en une véritable feuille de route opérationnelle. « J'ai vraiment senti que les acteurs institutionnels voulaient impulser des réponses concrètes et opérationnelles. Maintenant, il faut réussir à donner aux États généraux leur côté pratique, leur côté concret sur le terrain », estime le président du CTICS.
Des groupes de travail sont déjà à l'œuvre et la filière espère pouvoir présenter dès les prochains mois les premières mesures concrètes, notamment sur la question de la main-d'œuvre, identifiée comme l'une des principales urgences.
Alors qu'une expérimentation sur la main d'oeuvre étrangère pourrait être lancée d'ici à la fin de l'année, Florent Thibault estime que cette piste ne pourra constituer qu'une partie de la réponse : « Si cette solution est expérimentée, il faut aussi réussir à débloquer les solutions pour les personnes qui sont déjà à La Réunion et rendre le dispositif plus lisible, plus efficace et plus compréhensible ».
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Repartir de l'avant, après la polémique
Un appel au sursaut collectif alors que la filière a été secouée récemment par la polémique issue des déclarations du directeur général de Tereos océan indien sur l'entrée éventuelle des planteurs au capital de Tereos. Un débat qui a suscité de vives réactions au sein du monde agricole…
Le directeur agricole assure ne pas avoir constaté de rupture du dialogue : « Je n'ai pas eu de coups de fil de planteurs sur le sujet. Entre-temps, nous avons eu plusieurs réunions interprofessionnelles où cela n'a pas été évoqué. Nous nous sommes surtout concentrés sur les préparatifs de campagne et sur les suites des États généraux », indique-t-il.
Une nouvelle campagne espérée comme le début d'un nouveau cycle… C'est toute une filière qui croise les doigts.


