"Nous avons besoin de stabilité fiscale pour rester compétitifs" : la filière rhum toujours en quête de "visibilité"

Cinq mois après une première réunion avec le Département sur la réforme de la fiscalité des alcools, les représentants de la filière disent toujours attendre la reprise des concertations promises. À l'approche de la campagne sucrière, ils réclament un calendrier de travail et de la "visibilité", en clair des garanties sur les intentions de la collectivité.
Alors que la campagne sucrière va démarrer mercredi 8 juillet dans le Nord et dans l'Est, la filière rhum relance son appel à davantage de visibilité sur le projet de réforme de la fiscalité des alcools porté par le Département. Malgré les assurances données ces derniers mois par l'exécutif départemental, les professionnels affirment n'avoir obtenu aucune réponse à leurs demandes de concertation depuis février.
Pour rappel, la première et unique réunion organisée à ce jour remonte en effet au début de l'année. Depuis, les représentants de la filière disent être sans nouvelles.
"La première rencontre avec le Département a eu lieu en février. Cela fait maintenant cinq mois sans nouvelles et cela commence à nous inquiéter", explique Teddy Boyer, président de la Réunion des rhums, le syndicat des rhums de La Réunion.
Lire aussi : Taxe sur le rhum : la filière et le Département ouvrent le dialogue
Le 31 mars dernier, un courrier co-signé par le président de La Réunion des Rhums et les co-présidents du Comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS) notamment a été adressé au Département. Les signataires demandent la mise en place d'un calendrier de travail et de nouvelles réunions, comme cela avait été évoqué lors des premiers échanges.
"Nous avons effectué une relance écrite en avril et nous avons également sollicité verbalement une réponse lors des États généraux organisés en préfecture il y a deux semaines. À ce jour, nous n'avons toujours pas de retour", regrette Teddy Boyer.
Une campagne qui approche
Cette attente intervient alors que les premiers chiffres de la prochaine campagne suscitent un certain optimisme.
"Les prévisions annoncent une récolte qui pourrait être meilleure, même si elle resterait légèrement en dessous de la moyenne décennale", souligne le président du syndicat.
Un rebond attendu qui n'empêche pas les doutes. Pour la filière, l'enjeu autour de la question de la fiscalité applicable aux rhums produits localement reste une épée de Damoclès.
"Le sujet pour nous, ce n'est pas un ou deux euros immédiatement ou dans dix ans. Le sujet, c'est le plafond actuellement fixé autour de 12 à 13 euros. C'est ce plafond que nous avons besoin de revoir sérieusement parce qu'il handicape fortement la production locale", affirme Teddy Boyer.
"Nous avons besoin de savoir où nous allons"
Au-delà du montant des taxes, les professionnels réclament surtout de la visibilité : "Nous avons besoin de savoir où nous allons. La campagne commence et nous attendons toujours cette concertation qui doit permettre de définir une feuille de route sur la taxation des alcools à La Réunion".
Le producteur de rhum insiste de nouveau : la filière n'est pas opposée à la mise en place d'actions de santé publique mais souhaite que celles-ci soient construites collectivement.
"Nous demandons depuis le début que l'on mette autour de la table les collectivités, les services de l'État et tous les acteurs concernés. Il faut peser à la fois les impacts économiques et les bénéfices attendus en matière de santé publique avant toute décision", insiste-t-il.

Des conséquences redoutées pour les planteurs
La filière rappelle également que toute évolution de la fiscalité du rhum pourrait avoir des répercussions sur l'ensemble de la chaîne canne-sucre-rhum.
"Fin janvier, toute la filière a été réunie avec le Syndicat du sucre, la Chambre d'agriculture et les syndicats de planteurs. Le message était clair : toucher au rhum, c'est réduire le revenu des planteurs", souligne Teddy Boyer.
Selon des estimations présentées il y a quelques mois, une application du plafond envisagé pourrait représenter près de trois millions d'euros de recettes de mélasse en moins, soit environ trois euros par tonne de canne pour les planteurs.
Pour la filière, toute augmentation se ferait au détriment du rhum réunionnais alors que ce dernier est positionné sur un marché très concurrentiel, "nous avons besoin de stabilité fiscale pour rester compétitifs", clamait la filière il y a peu.
Les professionnels rappellent que les ventes de rhums ultramarins ont déjà reculé de 15 % entre 2020 et 2025 sous l'effet des différentes hausses de fiscalité intervenues ces dernières années. À La Réunion, où près de 80 % de la production est destinée à l'exportation, la filière craint qu'une nouvelle augmentation ne fragilise davantage ses positions sur les marchés.
Le Département se veut rassurant
Interrogé lors de la dernière Foire agricole de Bras-Panon, le président du Département, Cyrille Melchior, se veut rassurant vis-à-vis des acteurs économiques.
"Je rassure les filières qui se sont inquiétées autour de la mise en place de cette taxation. La volonté du Département n'est pas d'asphyxier les producteurs locaux, au contraire. Nous sommes pour la protection de ces filières", a-t-il déclaré.
Le président du Département assure qu'aucune décision ne sera prise sans concertation préalable : "Il y a eu des rencontres et il y en aura d'autres. Avant toute prise de décision, nous aurons une phase de concertation avec les acteurs de l'activité. Il n'y aura pas de décision arbitraire et brutale de la part du Département", promettait-il.
Même tonalité du côté du premier vice-président chargé des affaires agricoles, Serge Hoareau, qui nous indique qu'une nouvelle réunion devait être organisée prochainement afin de remettre le sujet sur la table.
En attendant, la filière rhum estime que le temps commence à presser alors que les premières cannes s'apprêtent à être coupées.


