"On n'est pas là pour dégommer des acteurs" : l'OPMR veut ouvrir le débat sur le modèle agricole réunionnais

Présentée vendredi 3 juillet, l'étude sur les filières agroalimentaires réunionnaises menée par le cabinet NOVIKOT pour le compte de l'Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) se veut avant tout un outil d'aide au débat. Si elle salue les performances de la production locale, elle interroge également la gouvernance de certaines filières et les mécanismes de régulation qui les encadrent.
« On n'est pas là pour dégommer des acteurs, mais pour poser les termes du débat et essayer de faire mieux. » D'entrée, Jocelyn Cavillot tient à désamorcer toute polémique. Pour le vice-président de l'OPMR, l'objectif de l'étude n'est pas de pointer des responsables, mais de mettre en lumière les forces comme les fragilités du modèle agricole réunionnais.
Premier constat : malgré des contraintes importantes, les résultats sont au rendez-vous.
« Le secteur agroalimentaire réunionnais réussit à satisfaire l'essentiel des besoins en produits frais, qu'il s'agisse de la viande ou des fruits et légumes. C'est une prouesse rendue possible grâce à des acteurs mobilisés et à près de 200 millions d'euros d'argent public. »
Les filières animales, très structurées autour des interprofessions, couvrent ainsi quasiment 100 % des besoins en viande fraîche, 95 % pour le porc et près de 50 % pour le bœuf. Côté végétal, près de 95.000 tonnes de fruits et légumes sont produites chaque année, permettant de couvrir environ 70 % des besoins en produits frais, malgré une organisation beaucoup plus éclatée.
Une filière végétale encore peu structurée
Pour Jocelyn Cavillot, le principal écart entre les deux modèles tient à leur niveau d'organisation.
Alors que les filières animales ont su bâtir des structures capables de mobiliser efficacement les aides européennes, près des deux tiers des producteurs de fruits et légumes restent indépendants.
« Cette absence de structuration limite l'accès aux financements européens et freine le développement de la filière. »
Sur certains produits comme l'ail, l'oignon ou la carotte, les importations restent particulièrement importantes.
« La qualité des productions locales n'est pas en cause. Mais sur ces produits, les importations finissent par étouffer la production locale. »
L'Urcoopa au cœur des interrogations
L'étude consacre également plusieurs développements au rôle de l'Urcoopa, décrite comme un acteur central de la production animale réunionnaise.
« L'Urcoopa est le cœur du réacteur de la production locale. » Pour autant, Jocelyn Cavillot insiste : le rapport ne remet pas en cause cette position dominante.
« Le monopole ou la position dominante ne sont pas un problème en soi. Ce que nous disons, c'est qu'une telle situation mérite des mécanismes de régulation et une transparence plus importante pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'abus. »
Le vice-président de l'OPMR estime notamment que les mécanismes de fixation et de modulation des prix gagneraient à être davantage partagés.
« Aujourd'hui, une structure met en place des dispositifs de régulation des prix et de modulation. Ce manque de transparence peut ouvrir la porte aux contestations et fragiliser l'ensemble de la filière. »
L'observatoire ne demande toutefois pas la disparition du fonds de régulation, contrairement à l'une des analyses formulées par le cabinet NOVIKOT.
« Nous ne disons pas que cet outil est une mauvaise chose. Il a sans doute permis d'amortir les crises internationales et de maintenir un prix identique des aliments sur l'ensemble du territoire. En revanche, son fonctionnement mérite d'être regardé au regard de la réglementation. »
"Mettre les choses sur la table"
L'OPMR recommande notamment un meilleur suivi de l'impact des aides publiques sur les prix, ainsi qu'une gouvernance plus ouverte des instances de régulation, avec une représentation élargie.
Interrogé sur les réactions parfois vives suscitées par le rapport lors de la réunion plénière, le président de l'OPMR, Bertrand Huby, a rappelé que l'ensemble des observations formulées par les acteurs auditionnés serait annexé au document final.
« Les échanges ont parfois été musclés, mais toutes les contributions seront intégrées au rapport. Elles seront reproduites sans être discutées afin de respecter le principe du contradictoire. L'OPMR joue la transparence », a-t-il assuré.
Pour Jocelyn Cavillot, le véritable enjeu dépasse les seules questions de gouvernance.
« Tout le monde parle aujourd'hui de souveraineté alimentaire. Maintenant, il faut se demander comment on y parvient. » Un débat qui, selon lui, devra aussi conduire à s'interroger sur les choix agricoles de La Réunion et la place accordée à chacune de ses filières.


