Saint-Paul : face à la baisse des contrats aidés, la municipalité débloque 3 millions d’euros pour sécuriser la rentrée

Confrontée à une baisse historique des quotas de contrats aidés PEC alloués par l'État, la mairie de Saint-Paul réorganise ses services à la hâte et débloque un budget d’urgence de trois millions d'euros pour sanctuariser la rentrée scolaire d’août prochain.
En ouverture du conseil municipal, la commune de Saint-Paul a dressé un état des lieux alarmant de l'impact de la politique de l'État sur ses effectifs. Sur les 1.600 agents que compte la collectivité, les contrats Parcours Emploi Compétences (PEC) représentent 27 % du personnel, soit 429 personnes. Ces emplois aidés sont massivement affectés aux affaires scolaires (287) et à la restauration (165), où ils assurer des missions critiques : entretien des classes, sécurité aux abords des établissements, maintenance sanitaire, restauration pour 13.000 rationnaires quotidiens, prise en charge de 544 enfants sous protocole médicalisé, ou encore accompagnement des élèves à Mafate.
Le cri d'alarme du maire face au désengagement de l'État
En préambule de la séance, le maire Emmanuel Séraphin a partagé ses inquiétudes à la suite d'une réunion de crise organisée avec l'ensemble des directions d'établissement : « Cette semaine, j'ai tenu à rencontrer les directeurs et les directrices d'école avant la fin de l'année scolaire. Je souhaitais échanger avec eux afin d'évoquer la prochaine rentrée, qui s'annonce, chacun le sait, particulièrement incertaine. L'objectif était de répondre à leurs interrogations et de leur présenter les solutions que nous mettrons en œuvre pour préparer la rentrée du mois d'août 2026. »
La réduction brutale des quotas de contrats PEC alloués à La Réunion, passés de 10.000 en 2025 à seulement 4.000 en 2026, prive la ville de l'essentiel de ses soutiens. Pour l'année 2026, Saint-Paul ne peut plus compter que sur 91 contrats aidés, assortis d'une durée et d'un taux de prise en charge revus à la baisse. Le premier magistrat n'a pas mâché ses mots face à ce qu'il qualifie de défaillance structurelle nationale : « Le démantèlement progressif des contrats aidés est le résultat de décisions prises par l'État, qui en a réduit, année après année, la durée et le niveau de financement. Aujourd'hui, il est illusoire de penser qu'il est possible d'apprendre réellement un métier en seulement six mois. La véritable dérive réside dans le désengagement progressif de l'État, qui diminue continuellement son soutien financier tout en transférant une part toujours plus importante des charges aux collectivités locales. »
La méthode nationale vivement contestée par la majorité
Face à ce choc, les élus ont voté une motion visant à contester officiellement la décision de l’État. Portant la voix de la majorité aux côtés de sa collègue Denise de Lavanne, la première adjointe Nila Radakichenin a dénoncé l'impact de cette mesure sur la gestion territoriale : « Ce débat pose une question simple. Comment l'État traite-t-il les territoires qui ont le plus besoin de continuité, de visibilité et d'adaptation ? Personne ici ne conteste que les politiques publiques doivent évoluer. Personne ne prétend que les dispositifs d'insertion doivent rester figés, c'est ce qu'a dit ma collègue Denise de Lavanne si bien. Personne ne nie non plus que les finances publiques nationales soient contraintes. Mais ce que nous contestons, c'est la méthode. Ce que nous contestons, c'est la brutalité de la décision. Ce que nous contestons, c'est l'absence de transition suffisante. Ce que nous contestons, c'est le fait de faire porter aux communes, aux associations, aux familles et aux agents, les conséquences immédiates d'un arbitrage national. » L'élue a réclamé une programmation pluriannuelle des moyens pour éviter les arbitrages de dernière minute, exigeant que les maires soient traités comme des partenaires de l'État et non comme de simples gestionnaires de crise.
Vifs échanges autour de la gratuité des fournitures scolaires
La séance a donné lieu à une nette montée de tension lors des débats sur les affaires scolaires, l'opposition ciblant la politique éducative de la majorité. L'élue d'opposition Audrey Cesar a vivement reproché au maire le report de l'une de ses principales promesses de campagne : « Nous avons été interpellés par plusieurs familles sur un communiqué qu'ils ont reçu le 26 mai. Un communiqué ayant pour objet la gratuité des fournitures scolaires. Mais leur grand étonnement est de constater que les effets seront gratuits qu'à partir de la rentrée 2027. Monsieur le maire, repousser une promesse à l'année prochaine, ce n'est pas tenir un engagement. C'est renoncer pour 2026. Vous saviez durant la campagne que les PEC allaient être revus à la baisse. Gouverner, monsieur le maire, c'est prévoir. Aujourd'hui, pour justifier ce report, vous parlez de l'ampleur de la tâche, du fait que la commune compte 12.418 élèves. Mais monsieur le maire, vous n'êtes pas à votre premier mandat. Vous déconnez qu'au sein de votre établissement, elle avait environ 12.000 élèves. Il n'y a-t-il pas, monsieur le maire, un manque d'anticipation ? En tout cas, nous notons, monsieur le maire, que nous devrons pour cette rentrée faire un sacrifice financier, alors qu'on sait tous que la situation socio-économique actuelle est compliquée. Comme i di en kréole bien "nou la pa gagn zélections". Donc le changement, c'est pas pour maintenant. Mais en revanche, nous retiendrons que la gratuité, ça c'est pour après. »
Impératifs techniques et respect de la liberté pédagogique
Face à ces critiques, Emmanuel Séraphin a tenu à recadrer le calendrier de mise en œuvre, réfutant toute idée de renoncement et invoquant des impératifs d'organisation technique et de respect de l'autonomie des écoles : « Les engagements pris seront tenus. Donc là-dessus, il n'y a pas à mégoter. Mais dès le mois d'avril, quand nous avons mis en place l'ensemble des structures au niveau de la ville, c'était déjà trop tard pour la rentrée scolaire. Et ça, nous avons, Gilles cette semaine, revu l'ensemble des directeurs d'écoles, des directrices d'écoles, puisque les commandes étaient déjà passées. Donc on n'allait pas perturber le fonctionnement classique au niveau des écoles. »
Le maire a insisté sur la volonté de la municipalité de préserver la liberté pédagogique de chaque établissement dans ce processus : « Cela va se faire, du coup, dans la concertation avec les équipes éducatives, dans ce qui vous a été présenté tout à l'heure. Il y a un point qui était important, c'est que chaque direction d'école effectue ses commandes. Il n'y a pas une imposition sur quoi que ce soit, sur les contenus pédagogiques au niveau de chaque classe. Donc, à la rentrée, avec les équipes éducatives, avec les directeurs, les enseignants, avec même les parents d'élèves, les contenus vont être définis pour que cela puisse se faire dans les meilleures conditions. » Le dispositif sera ainsi pleinement effectif à la rentrée d'août 2027 pour les quelque 12.500 élèves de la commune. De son côté, la majorité a vivement déploré l'absence lors de ces débats de Cyrille Melchior, leader de l'opposition et président du Département.
Un plan de secours de 3 millions d'euros pour les marmay
Malgré cette impasse humaine et financière, la municipalité a acté le maintien des missions fondamentales pour accueillir les élèves des 66 écoles de la commune en août prochain. « Nous mettons tout en œuvre pour que la rentrée puisse se faire dans toutes les écoles de Saint-Paul. La baisse brutale des contrats aidés ne mettra pas notre ville à l’arrêt. La collectivité fera face, s’adaptera et prendra ses responsabilités », a affirmé Emmanuel Séraphin, ajoutant que la responsabilité de l'équipe municipale consiste à « accompagner les familles, assurer la continuité du service public et préserver, autant que possible, les conditions d'accueil des élèves saint-paulois. »
L’accueil périscolaire, le nettoyage des locaux, la surveillance de la pause méridienne et la restauration scolaire seront intégralement assurés au prix d'une profonde réorganisation interne. Cette bascule impose un effort financier supplémentaire de plus de trois millions d’euros à la collectivité pour l’année scolaire 2026-2027. Ce choix budgétaire est accentué par la reprise en régie directe des services de garderie dans les écoles de La Grande Fontaine, Laperrière, Petite-France et Daly-ERAYA, où les associations partenaires ont été contraintes de cesser leur activité, faute de contrats aidés.


