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Dans le contexte de l’affaire Lyhanna, un dossier d’agression sexuelle sur mineur à Saint-Denis traité "avec sérieux et réactivité"

Ecrit par Sébastien Gignoux – le mardi 7 juillet 2026 à 18H25

Alors que la justice est dans la tourmente de l’affaire Lyhanna, un dossier d’agression sexuelle sur mineur jugé à Saint-Denis est venu montrer comment l’institution prenait ces dossiers au sérieux, avant même les injonctions du garde des Sceaux.

Les faits remontent au 15 février dernier à Saint-Denis. Invité à déjeuner chez une amie, un homme de 43 ans digère son repas sur le canapé aux côtés de son hôte et de sa fille de 12 ans. Pris d’une « pulsion » dira-t-il, alors que la mère de famille s’est endormie, le quadragénaire sort son sexe et demande à la collégienne de le toucher. Mais l’enfant se met à crier, réveillant sa maman qui appelle aussitôt la police.

Cinq mois plus tard, cet employé communal inconnu de la justice pour de tels faits se retrouve mardi 7 juillet à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Denis, et présente des excuses aux accents de sincérité. « Je ne sais pas ce qui m’a pris, je n’ai jamais fait ça auparavant. Je regrette et je demande pardon », implore-t-il.

Long interrogatoire

Le tribunal va longuement l’interroger pour essayer de comprendre ce qui a poussé cet homme à un tel comportement auprès d’une toute jeune fille « traumatisée » par cet épisode, et évaluer la potentielle dangerosité du prévenu. Difficile de ne pas voir ce dossier au prisme de l'affaire Lyhanna, qui a ébranlé l'institution judiciaire sur la question du traitement des affaires de violences sexuelles sur mineurs, d’autant plus que cet agent d’entretien des espaces verts est amené à intervenir dans des écoles de la commune.

« Mais jamais en présence des enfants » assure-t-il à la barre, ce qui a pu être vérifié durant l’enquête auprès de son employeur. Les investigations vont mettre en lumière l’état de « misère sexuelle et de manque affectif » dans lequel vit cet homme hébergé chez sa mère, qui a purgé quatre ans de prison pour un homicide routier et qui « n’a plus les moyens » de payer pour aller voir des prostituées.

Pas de tendance pédophile pour les experts

Pour les experts, psychiatre et psychologue qui l’ont examiné, l’homme ne présente pas de tendance à la pédophilie, « et l’examen de son téléphone n’a pas montré de recherches de pédopornographie », note la procureure à l’audience.

Autres éléments de nature à « rassurer » le parquet en dépit de « la gravité des faits et de la nécessité d’une réflexion approfondie » : « la reconnaissance rapide des faits, une adhésion aux soins et un contrôle judiciaire respecté » avant le procès. Dix mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans sont requis, assortis d'une série d'obligations et d'interdictions.

"Saluer la réactivité des autorités"

« On fait, ces temps-ci, le procès de la réactivité des autorités judiciaires, mais ce n’est pas le cas dans ce dossier » souligne Me Ali Mihidoiri pour la défense. « Il faut saluer le sérieux des protagonistes, depuis les policiers qui sont intervenus sur aux magistrats qui ont étudié le dossier, en passant par les enquêteurs et les experts qui ont pondu deux rapports sur le seul temps de la garde à vue. En 48 heures, la victime a été entendue quatre fois, sa mère et son frère l'ont été aussi, on a analysé les supports électroniques du suspect et on a contacté son employeur pour vérifier qu’il ne travaillait pas aux contacts de mineurs » retrace l’avocat, insistant sur « l’absence de dangerosité » relevée au final par les experts.

« Il n’a toujours eu que des envies pour des femmes adultes, jamais pour les mineurs et il exprime des remords pour ces faits inacceptables » conclut l’avocat, appelant à « la sagesse et la clémence » du tribunal.

Lire aussi : Plus d’un millier de procédures impliquant des enfants victimes vont être réexaminées à La Réunion après l'affaire Lyhanna

1 400 procédures à La Réunion

Après délibéré, les juges condamneront le prévenu à la peine requise, assortie de plusieurs injonctions complémentaires :  obligation de suivre des soins et d’indemniser la victime, interdiction de contact avec la victime ou de paraître à son domicile, interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs, inéligibilité pour une durée de cinq ans et inscription au fichier des auteurs d’infractions à caractère sexuel (FIJAIS).

Un dossier qui, ayant débuté trois mois avant le drame de Fleurance, tend à montrer que les acteurs de la filière judiciaire à La Réunion déploient déjà les moyens nécessaires -quand ils en disposent- pour traiter les faits de violences sexuelles sur les enfants. Même si, compte tenu du volume d’affaires et des effectifs en tension, d’aucuns redoutent qu’il puisse y avoir des « ratés » aux conséquences dramatiques.

Dans le département, ce sont en effet près de 1 400 procédures d’atteintes sexuelles impliquant des victimes mineures (environ 70 000 au niveau national) qui sont en cours de réexamen à la demande du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, après qu’un rapport de l’administration a pointé « des dysfonctionnements » et des « erreurs individuelles » dans l’affaire de la mort de la petite Lyhanna.

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