Affaire Lyhanna : plus d’un millier de procédures impliquant des enfants victimes vont être réexaminées à La Réunion

Conformément à la demande du garde des Sceaux en réponse à l’affaire de la mort de Lyhanna dans le Gers, ce sont plus d’un millier de procédures pour violences sexuelles sur mineurs qui vont devoir être revues d’ici le 14 juillet à La Réunion.
Tout juste de retour de Paris où elle a assisté à la réunion des procureurs généraux convoquée lundi par le ministre de la Justice Gérald Darmanin, la cheffe du parquet général de Saint-Denis, Fabienne Atzori, a répondu mardi 9 juin aux sollicitations des médias réunionnais sur les répercussions locales de l’affaire Lyhanna.
"Eviter la réitération de ce qu'il s'est passé à Auch"
Une affaire « dramatique », dans laquelle la cheffe de cour n’élude pas la responsabilité de la justice, mais appelle à une certaine prudence. « Il est normal qu’on soit critiqué, mais il faut que ce soit fondé et qu’on puisse y répondre », souligne-t-elle, en référence à la mise en cause publique de la procureure d’Auch, alors que les résultats de l’inspection en cours sur les dysfonctionnements soulevés par cette affaire ne sont pas encore connus.
« Pour Lyhanna, c’est nous, mais pour le reste, ce n’est pas que nous », objecte la procureure générale, expliquant que le garde des Sceaux a réuni les « PG » afin d’évoquer « les mesures à prendre pour éviter la réitération de ce qu'il s’est passé à Auch. »
Lire aussi : A Saint-Denis, une mobilisation citoyenne pour la protection des enfants
1.325 procédures en cours d'enquête
Gérald Darmanin a notamment intimé à toutes les juridictions de réexaminer l’intégralité des affaires de violences sexuelles impliquant des mineurs victimes, soit environ 70 000 dossiers au niveau national. Pour La Réunion, le nombre de dossiers ouverts pour viol ou agression sexuelle sur mineur reste encore à affiner, mais représenterait « plus d’un millier de procédures en cours ».
« On compte pour l’instant 1.325 procédures en cours d’enquête, et 1.417 procédures enregistrées dans les deux tribunaux », indique Fabienne Atzori, « mais ce sont des chiffres qui restent à préciser sachant que des procédures peuvent être comptabilisées dans les deux catégories, ou seulement dans l’une des deux en fonction de l’origine et l’état d’avancement du dossier. »
« J’ai demandé les chiffres vendredi aux procureures de Saint-Pierre et de Saint-Denis, mais aussi aux forces de sécurité intérieure, et nous nous revoyons cet après-midi pour faire un état des lieux et établir la stratégie à mettre en place », a-t-elle précisé.
"Savoir ce qui a failli"
Forcément, l’examen érigé en « priorité n°1 » de plus d’un millier de procédures d’ici au 14 juillet, date à partir de laquelle Gérald Darmanin veut revoir les procureurs généraux pour faire le bilan, va mobiliser des magistrats et des enquêteurs de façon extraordinaire et intensive. « Il va falloir s’organiser, et on va voir comment la cour d’appel peut aider les parquets », assure Fabienne Atzori.
« Il s’agira de savoir si certaines procédures ne sont pas où elles devraient être, de savoir ce qui a éventuellement failli et de comment assurer le suivi », rappelle la PG de Saint-Denis. « J’ai repéré un dossier qui remonte à 2019. Où en est-il ? Que manque-t-il pour qu’il soit clôturé ? Il y a peut-être une bonne explication mais il faut s’en assurer », donne-t-elle à titre d’exemple.
« Il faut en tout cas se pencher sur le problème de fluidité de la circulation des informations, c’est primordial », reconnaît Fabienne Atzori, qui ne veut pas mettre toutes les difficultés sur le compte d’un manque de moyens humains ou matériels. « La question des moyens existe, mais c’est d’abord une question d’organisation », assure-t-elle, tout en soulignant « les efforts des parquets ».


