350 euros, coup de taser et lame de rasoir : il séquestre un copain de pêche, ses deux acolytes n’interviennent pas

Ce lundi 6 juillet, en comparution immédiate, trois hommes étaient jugés : l’un d’eux a séquestré son jeune dalon, les deux autres n’ont pas bronché. Le tribunal sanctionne lourdement.
L’origine de la discorde est un porte-monnaie perdu, contenant 350 euros. On parle d’une bande de "dalons", habitués à la pêche, qui se sont retrouvés à chercher l’objet perdu.
Mais très vite, les soupçons se tournent vers Gauthier* : Emmanuel G. décide de ramener les trois dalons chez lui et intime au jeune homme de rester assis sur une chaise.
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Pendant 45 minutes, il va vivre l’enfer : coupure au rasoir, coups avec un nerf de bœuf et on parle même d’un coup de taser. Le jeune Gauthier souffre, pleure, mais rien n’y fait. Pourtant, deux hommes sont présents et restent passifs.
Une demande de rançon
Après les violences, les trois hommes décident d’appeler la famille de Gauthier pour qu’elle paie une "rançon" s’élevant à 350 euros. Pour cela, le jeune homme téléphone à sa mère.
Mis au courant, son père file voir les gendarmes de Bras-Panon et leur explique la situation. Les militaires interviennent au moment où la transaction doit se faire. Ainsi, arrivés sur place, ils interpellent C. et R. Gauthier, lui, est mis hors de danger et dévoile le nom ainsi que l’adresse d’Emmanuel G.
L'examen médico-légal relève des brûlures compatibles avec l'usage d'un taser, des coupures aux bras ainsi que plusieurs ecchymoses. Trois jours d'incapacité totale de travail (ITT) sont prescrits.
Trois hommes à la barre
Le GIGN intervient dans la résidence Corbeille d’Or à Bras-Panon et parvient à mettre la main sur Emmanuel G. À son domicile, les enquêteurs retrouvent les armes qui auraient servi aux violences : lame de rasoir, nerf de bœuf, pistolet gomme-cogne chargé…
Déféré et placé en détention, il répond donc de ces faits devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour séquestration et usage de stupéfiants. En effet, les militaires ont retrouvé bien vite du Dou dans ses affaires lors de la perquisition.
Les deux autres, Jean C. et Jessy R., sont là pour ne pas avoir empêché un crime ou un délit. À la barre, Jessy R. est le plus loquace : il corrobore les propos de la victime, mais finit par avouer ne pas être intervenu physiquement par peur d’être blessé. C’est lui qui va proposer son téléphone pour appeler la famille de la victime.
Jean C., lui, dit qu’il n’a pas assisté directement à l’agression et qu'il cherchait le portefeuille afin de mettre un terme aux violences.. Or, selon Gauthier, Jean C. l’aurait lui aussi menacé pour retrouver l’argent volé…
Quant au principal concerné, Emmanuel G. reconnaît quelques claques et des intimidations, mais réfute les actes de torture. Il nie la thèse du règlement de comptes sur fond de trafic de stupéfiants, comme l’a évoqué la victime lors de son audition.
Tous trois reconnaissent cependant s’être "défoncés" ce soir-là.
Des réquisitions sévères
L'avocat de la partie civile a dénoncé l'attitude des trois prévenus, estimant qu'ils avaient "séquestré un jeune homme" pour une somme de 350 euros dont l'existence même reste discutée. Selon lui, la victime, décrite comme le plus jeune et le plus frêle du groupe, a été choisie comme cible et est restée en pleurs durant toute la scène. Il sollicite 2.000 euros de provision ainsi qu'une expertise médicale complémentaire.
Le ministère public estime que les blessures constatées auraient pu justifier une qualification criminelle pour actes de torture. Selon le procureur, les violences ont duré au moins 45 minutes et se sont accompagnées d'insultes, de menaces et de multiples violences commises avec différentes armes. Il rejette les explications des prévenus, qui invoquent leur consommation de stupéfiants pour justifier leur absence de réaction, estimant qu'il s'agit d'un choix délibéré.
Le parquet a requis cinq ans d'emprisonnement à l'encontre d'Emmanuel G., dont six mois assortis d'un sursis probatoire de deux ans, avec maintien en détention. Il possède un lourd casier judiciaire avec 12 mentions.
À l'encontre de Jessy R., il a requis deux ans d'emprisonnement, dont dix-huit mois assortis d'un sursis probatoire de deux ans.
Pour Jean C., dont le casier est vierge, le ministère public demande deux ans d'emprisonnement, dont un an assorti d'un sursis probatoire de deux ans.
Des peines moins lourdes
Le conseil de Jean C. débute les plaidoiries : selon elle, il était lui-même confronté à un homme armé, sous l'emprise de stupéfiants, et ne pouvait raisonnablement intervenir sans mettre sa propre sécurité en danger. Elle sollicite une peine entièrement assortie du sursis, voire une relaxe.
L'avocate de Jessy R. argumente de manière similaire, rappelant que son client n'est pas poursuivi pour les violences elles-mêmes mais uniquement pour son abstention. Elle estime que son client, qui dit avoir détourné le regard tant la scène était choquante, était incapable d'intervenir et plaide la relaxe.
Enfin, la défense d'Emmanuel G. conteste plusieurs éléments matériels du dossier. L'avocat estime que le certificat médical ne permet pas de confirmer l'ensemble des violences décrites, notamment l'usage d'un nerf de bœuf ou d'un taser. Il considère que les faits relèvent davantage de violences commises dans le contexte d'un différend autour d'un portefeuille disparu que de la séquestration telle que présentée par l'accusation. Selon lui, si une infraction est constituée, elle demeure sans commune mesure avec les qualifications retenues et les peines requises.
Après délibération, le tribunal décide de condamner d'Emmanuel G. à une peine de deux ans de prison dont six mois assortis d'un sursis probatoire. Les deux autres ont été relaxés.
Le prénom de la victime a été changé.


