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Après des dizaines de victimes… Il veut flouer le tribunal

Correctionnelle Sud, Jeudi 19/10/2017
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 19 octobre 2017 à 17H18

Une séance que l’on s’attendait à voir se traîner en longueur mais que le Président François Strawinski, (ce serait mal le connaître), a expédié en deux coups de cuillère-à-pot. Car cette affaire, simple dans son principe, était partie pour errer dans les limbes où voulait nous entraîner l’accusé.

Par ici la bonne soupe !

Résumons la chose… 

Arnaqueur par vocation, menteur par inclination

L’homme aux dizaines de victimes tente encore de flouer le tribunal

Séance de choc ce matin au tribunal de Saint-Pierre. …

Yves P., 53 ans, natif de Maurice et y résidant, se prétend agent de voyage. Il n’a, toutefois ni adresse ni téléphone fixes, et habite le plus souvent chez papa-maman. Ce qui est tout-de-même plus pratique pour échapper à d’éventuels mécontents. Et des grincheux, il y en a. Par paquets de cent.

Vers 2008, il pense avoir trouvé " LA " combine. Il appâte des clients réunionnais désireux de se payer des vacances en famille à Maurice, se débrouille avec des hôteliers et des agences de voyage pour obtenir des prix alléchants et hop ! l’affaire est dans le sac. Quelques coups comme ça, nickel-chrome, tout se passe très-très bien : voyages impeccables, clients satisfaits jusqu’à la glotte, hôtesses la touffe en évidence, réputation flatteuse du bonhomme, les futurs poissons ferrés et bien ferrés.

Ayant trouvé on-ne-sait-où l’argent pour proposer ainsi des prix défiant toute concurrence, notre Yves se dit qu’il est maintenant temps de passer aux choses sérieuses… et de rembourser ses frais. Avec un juteux bénéfice au passage. Et ça va marcher comme nous cavalant après Alise !

Ferrés, les poissons !

Fort des satisfecits volontiers fournis par ses premiers clients (ils n’y ont rien trouvé à redire), il se lance dans le voyage de groupes à grande échelle. La suite, vous la devinez.

Avec l’aide de comparses réunionnais qu’il a englouti dans ses manches (larges, les manches, très larges), il attire dans ses rets des familles entières, désireuses de passer d’agréables vacances pour pas cher, à Maurice, Rodrigues et jusqu’en Australie. Car bonhomme a les idées larges et une vision impériale du voyage organisé. Small is not beautiful, répondrait-il à Alvin Toffler.

Sa réputation flatteuse fait que les commandes affluent très vite, que des sommes lui sont expédiées par mandats cash… mais que les amateurs de voyage ne voient pas la couleur du plus petit billet d’avion : arrivés à Gillot, où doit les attendre le billet en question, ils sont illico refoulés par les enregistreurs.

" Non madame, non monsieur, votre nom n’est enregistré nulle part ".

Plusieurs mandats d’arrêt

Les clients râlent, se plaignent, rouspètent, gueulent comme des putois… D’où vient d’ailleurs cette expression idiote ? Qui a déjà entendu râler un putois… sinon de façon olfactive ? Bref, nos gentils pigeons ont beau remuer l’air en tous sens, ils ne reverront jamais la couleur de leur argent.

Des plaintes sont déposées, ici mais également à Maurice où on ne sait si elles ont donné quelque suite.

A La Réunion, Yves a fait l’objet de mandats d’arrêt en 2012 et 2013, puis d’un mandat de dépôt en 2017, et avait été jugé par défaut en 2013.

Ce qu’il ne savait pas et c’est ce qui va le perdre.

Venu, les doigts dans le nez, se faire un peu de sang neuf chez nous, début 2017, il a une très mauvaise surprise en voulant repartir dans son île. Arrivé à Gillot, il se fait gauler par la PAF (police de l’air et des frontières) : " Non, monsieur, c’est pas par là-bas la sortie ". Clic-clac, les pincettes aux poignets, enchristé, au gnouf, le Yves, pour un voyage gratos aux frais de notre chère République cette fois. Il obtient finalement, à force de pleurnicher sur toutes les toges, une remise en liberté conditionnelle en mars 2017, avec interdiction formelle de quitter le territoire français, à savoir La Réunion.

Ce qui fait que, pour une fois, il pouvait être jugé contradictoirement. Faute de mieux, hein... ?

Parler pour ne rien dire

La salle d’audience faisait le plein ce matin, avec au moins la moitié les victimes du triste sire. Lui ? Quelle importance, péqnots ? Il présente beau, chemise et pantalon blancs, gilet noir, moumoute aussi évidente que le nez de Robert Dalban. Tchatche aisée, répartie à l’emporte-pièce, aisance confondante. rigolard, il a réponse à TOUT !

Sauf que… Sauf que ses explications n’ont convaincu personne, et surtout pas un Président Strawinski à qui on ne la fait pas.

Les explications de l’arnaqueur sont simples : la victime, dans tout ça… ben c’est lui. Voyons ! Cela ne vous semble pas évident ? S’il y a plus de 23 plaignants, " ils n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes ! "

Lui ? Il aurait bien voulu leur rendre leur fric, mais ils ont " osé " porter plainte contre lui, après plusieurs années à réclamer le remboursement des sommes versées.

" C’est inqualifiable ! On aurait pu s’arranger à l’amiable, non ? "

A la barre, la défense d'Yves revient à tondre un œuf, noyer un poisson dans l’eau, souffler dans une contrebasse ou… pardonnez l’expression, pisser dans un violon.

Morceaux choisis

" Je ne sais pas où est cet argent… Il est sur votre compte ?… Non ! dans mon coffre… Certains apprennent, trop tard, qu’ils annulent leur voyage, mais il y a des délais très stricts à Maurice… Alors, qui paie les frais d’annulation ? Moi ou vous ?... "

Devant les questions incisives du Président Strawinski, Yves louvoie.

" Le voyage que vous évoquez a été annulé parce que j’ai été hospitalisé ? – Où ? (Pas de réponse)… - Mais pourquoi n’avoir pas remboursé vos victimes ? "

Là c’est la meilleure :

" Ces gens pouvaient venir discuter, chercher un arrangement à l’amiable. Or, ils ont eu le culot de me traîner en justice ! "

Bref, si la situation en est là aujourd’hui, c’est parce que ses victimes ont eu l’insigne audace de réclamer leur dû !

Pourquoi n’avait-il pas entamé le remboursement ?

" Parce que j’attends le jugement du tribunal." Na !

Le reste est de la même farine : ce gars est un arnaqueur professionnel et a réponse à tout. Du moins le pense-t-il. Il a mis tout le monde en cause pour se défendre : les compagnies aériennes, la police de l’air mauricienne, les agences de voyage…

Déjà condamné à Maurice, il avoue benoîtement à Saint-Pierre que " il y a des choses que je n’ai jamais dites à la police de mon pays car là-bas, ça me coûterait une sévère correction… dans le c… ! "

Un président qui rit sous cape

Bref, si ce triste mec reconnaît avoir arnaqué un paquet de gens, et se dit prêt à les rembourser, c’’est en attendant la fin de ses procès.

Les plaignants emplissaient la salle sudiste, ce matin. Mandaté par plusieurs d’entre eux, le redoutable Me Albon est entré dans l’arène armé d’une MG-42, trois mille coups minute.

Ce qui nous a étonnés (et ravis) ce fut de constater que  l’impassibilité traditionnelle du juge Styrawinski était battue en brèche. Vu ses sourires à peine dissimulés sous les coups assénés par Me Albon…

L’avocat des parties civiles a dit, en résumé :

" Le culot a ses limites. Cet homme se plaint presque que des clients arnaqués par lui aient osé porté plainte contre lui. Si ça continue, il va réclamer des dommages et intérêts ? "

C’est là que nous avons vu sourire le Président.

" Il a de la chance d’être en France, cet homme. Sous d’autres cieux, il aurait été lynché ! " a dit  Me Albon.

Avec un maître Albon en partie civile, il n’y a même plus besoin de Procureur. Le procureur Genet a quand même insisté sur les détournement de fonds à grande échelle et réclamé de la prison et un mandat d’arrêt.

Me Barraco : défendre l’indéfendable !

Tout le monde pensait l’affaire entendue : Yves est un escroc, point.

Ben… Me Barraco a tenté, à son corps défendant, de prouver que son client n’est pas si mauvais qu’il y paraît. Que l’abus de confiance invoqué n’est pas si évident : " Où est l’intention frauduleuse ? Mon client n’a jamais rencontré personnellement un seul de ses clients… La plupart ont payé en liquide, y cherchant sans doute un intérêt quelconque… Il faut rapporter le texte à un litige commercial, pas criminel ! "

Tant il est vrai que chaque accusé a droit à une défense et Me Barraco l’illustre à merveille : défendre l’indéfendable est la noblesse du métier d’avocat.

Le sieur, qui se foutait du tiers comme du quart à l’énoncé du verdict, s’est vu condamner à 12 mois de prison avec sursis intégral… sauf à rembourser ses victimes.

Comment le fera-t-il, c’est une autre question.

 

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