Absentéisme au travail : un niveau record atteint dans le privé

Le dernier baromètre du cabinet Mercer révèle un taux d’absentéisme inédit de 5,8 % dans le secteur privé en 2024 en France. Une progression continue, alimentée par les troubles physiques mais aussi une dégradation de la santé mentale, en particulier chez les femmes.
Jamais le taux d’absentéisme dans le secteur privé n’avait atteint un tel niveau. En 2024, 5,8 % des salariés ont été absents au moins une fois dans l’année, selon le dernier baromètre du cabinet Mercer, nous apprend Le Figaro. L’étude, fondée sur les données de plus de 575.000 assurés issus de 3 500 entreprises, souligne une hausse continue (5,3 % en 2023) et des causes désormais bien identifiées : troubles musculosquelettiques, pathologies graves, mais aussi, de plus en plus, risques psychosociaux.
Les femmes plus que les hommes
Depuis la pandémie de Covid-19, « la santé mentale des Français s’est dégradée, quelle que soit la tranche d’âge », note le baromètre. Ces problématiques touchent particulièrement les femmes : leur taux d’absentéisme atteint 7,9 % en 2024, contre 4,4 % chez les hommes. 36 % d’entre elles se sont arrêtées au moins une fois dans l’année, contre 28 % des hommes. Et malgré un congé paternité porté à 28 jours en 2021, les hommes ne prennent en moyenne que 16 jours. Résultat : « les femmes sont à la fois plus fréquemment absentes que les hommes, mais aussi sur des durées plus longues », souligne Mercer.
Forte disparité entre secteurs et catégories sociales
Les métiers les plus exposés confirment leur vulnérabilité. Les services à la personne atteignent un taux de 10,7 % d’absentéisme, les centres d’appels avoisinent les 10 %. À l’inverse, les secteurs du numérique, de l’ingénierie, du conseil, ou encore les services financiers, enregistrent des taux bien plus faibles (3,6 à 4,1 %).
Les écarts sont aussi notables entre cadres et non-cadres : ces derniers déclarent plus d’arrêts, mais de durée inférieure. Une réalité de terrain bien connue dans le secteur hospitalier, où l’usure se fait sentir. Début juillet, des cadres et infirmiers du CHU de Nantes manifestaient, dénonçant une situation intenable.
« On doit faire avec des congés maternité, des arrêts maladie non remplacés ; le personnel s’épuise », témoigne Françoise Aragot, sage-femme cadre et secrétaire générale du syndicat Acteurs-santé CFE-CGC. « Moi-même, j’ai dû faire le ménage, débarrasser les petits-déjeuners, tout en gérant la logistique. J’ai fini en burn-out en 2020. »
Risques psychosociaux et perte de repères
Selon Mercer, les arrêts courts (moins de 6 jours) relèvent surtout de la maladie ordinaire. Ceux de 6 à 15 jours sont fréquemment liés à des symptômes dépressifs. Les plus longs, enfin, correspondent à des maladies graves, des troubles musculosquelettiques ou des atteintes psychiques plus profondes. La dégradation du climat mental dans les entreprises n’est pas étrangère à ces évolutions.
Pour Benoît Serre, ancien vice-président de l’Association nationale des DRH, « la première réponse à la santé mentale, c’est l’organisation du travail et son management ». Il pointe un management français « hyperprésentéiste et contrôlant », et un manque de reconnaissance dans la chaîne de valeur. « Beaucoup d’absentéisme est lié au fait que les gens se sentent bloqués là où ils sont, sans perspective. »
Pour lutter contre les abus, l’Assurance-maladie prévoit de cibler les médecins prescripteurs d’arrêts fréquents et d’imposer la mention obligatoire d’un motif médical sur les certificats.


