À Madagascar, les présidents Azali et Macron s'opposent sur l'entrée de Mayotte dans la COI

Suite au discours d'Emmanuel Macron faisant part de sa volonté d'intégrer Mayotte à la COI, son homologue comorien Azali Assoumani a fermement rappelé qu'il avait le droit international avec lui.
« Nous ne pouvons pas laisser un territoire et ceux qui y vivent à l'écart d'un certain nombre de nos programmes », a glissé Emmanuel Macron lors de son discours du 5è sommet de la Commission de l'océan Indien (COI), ce jeudi 24 avril à Antananarivo (Madagascar).
Cette petite phrase évoquant la situation de Mayotte, le plus récent des départements français, n'a pas manqué de provoquer une réaction ironique, voire cinglante, du président de l'Union des Comores Azali Assoumani.
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En raison de la border dispute qui perdure entre la France et les Comores au sujet de Mayotte, l'île Hippocampe n'a pas droit de cité au sein de la COI. Les statuts de la commission de l'océan Indien, qui datent de sa création en 1984, ne reconnaissent que les pays de la zone. En 1986, la France a pu rejoindre la COI, son acte d'adhésion étant accepté à la condition qu'elle soit représentée par La Réunion. Une manœuvre qui permettra aussi aux Comores de rejoindre l'instance politique, puisque Mayotte n'est pas représentée.
Pour inclure Mayotte, il faudrait donc changer les statuts de la COI, et les tentatives en ce sens de 2018 et 2019 n'ont pas abouti. Pour certains observateurs, la question de Mayotte est soigneusement snobée par les autres pays de la COI, qui n'y verraient que des inconvénients.
Azali ne veut pas «répondre aux provocations »
Car outre le conflit entre les Comores et la France, ouvrir la porte à Mayotte signifierait par exemple pour Maurice d'entretenir l'espoir de Rodrigues de siéger autour de la table. Idem pour les Comores, qui ne voudraient pas voir Anjouan ou Mohéli taper à la porte de la COI et discuter du partage des riches dotations octroyées par la France ou l'Union européenne.
« Mon cher frère Emmanuel Macron, j'ai un un professeur qui s'appelle Louis de Funès qui m'a appris qu'on ne doit pas répondre aux provocations », a rétorqué Azali Assoumani quand est venu son tour de discourir à la tribune de la COI. « Puisque nous parlons de droit, je tiens à rappeler que l'ADN de la COI est le droit international. Ainsi en vertu du droit international, l'île de Mayotte est une île comorienne, nos pays en sont les témoins. À plus forte raison la France, qui est membre permanent du conseil de sécurité des Nations Unies. »
Souriant, le président comorien s'est prononcé en faveur d'un « dialogue franc, sincère et responsable, pour aboutir à une solution moralement acceptable et juridiquement valable pour la résolution de ce différend territorial. »
« La question de Mayotte dans la COI est sans issue »
Comme pour Maurice avec l'île de Tromelin, ou avec Madagascar concernant le restant des îles Éparses, la France doit composer avec les pays de la zone, lesquels utilisent plus qu'ils ne revendiquent la question de leur souveraineté, pour en faire un moyen de pression.
« Dans le principe de cogestion, les îles ne sortiraient pas du giron de la France, mais la France associerait Maurice et Madagascar à la surveillance et à la gestion des ZEE. Mais cette cogestion a été refusée par un certain nombre de députés français. Et sauf à imaginer qu'un président français ait une majorité, on ne voit pas comment ce principe pourrait être appliqué », observe Wilfrid Bertile, conseiller de la Région Réunion en charge de la coopération.
Pour l'élu réunionnais, présent dans la capitale malgache pour le sommet de la COI, « la question de Mayotte est sans issue ». Wilfrid Bertile « plaide pour intégrer Mayotte dans des coopérations décentralisées, pour faire en sorte qu'elle puisse coopérer avec les pays de la zone ». Et ainsi, peut-être, devenir au fil des années un partenaire naturel de la COI.
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