Un kilo de chouchou “moins cher qu’un samoussa” : le coup de gueule des producteurs de Salazie

Alors que la Fête du chouchou bat son plein, la manifestation est aussi l’occasion pour les producteurs de faire entendre leur mécontentement sur le prix d’achat pratiqué par certaines coopératives. Ils demandent une régulation des quotas et la mise en place d’un prix moyen « juste ».
S’ils n’ont rien contre les samoussas – et encore moins ceux vendus jusqu’à dimanche soir dans les allées de la Fête du chouchou, organisée sur le champ de foire d’Hell-Bourg – les producteurs du légume emblématique du cirque montent au créneau concernant les pratiques de certaines coopératives.
Lors de la conférence de presse de présentation de l’événement, le président du groupement des agriculteurs d’Hell-Bourg, Roland Elisabeth, n’avait pas hésité à dénoncer une injustice : « Les agriculteurs ne peuvent pas travailler à perte et leur production être dévalorisée alors que les conditions sont devenues encore plus dures ».
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Un prix d’achat trop bas
L’objet principal de la contestation : le prix du kilo de chouchou. « Quand on voit un kilo de chouchou plus bon marché qu’un samoussa, ce n’est pas normal. Il faut agir et faire quelque chose de fort », a déclaré Roland Elisabeth à l’attention des élus de la Ville, mais aussi aux représentants du Département et de la Région.
« En février, Garance a tout emporté. Là, ça commence à repartir, mais le souci c’est que le chouchou est très dévalorisé. On se retrouve avec des coopératives qui payent le kilo à 10 centimes contre 50 centimes pour un samoussa, pour ensuite le revendre en grandes surfaces entre 70 et 80 centimes », dénonce à son tour le président de l’ADIAS (Association de défense des agriculteurs de Salazie), Pascal Grondin.

Un système déséquilibré
Le constat est partagé : une organisation où « c’est le plus gros qui gagne ». « Ce n’est plus tenable », lance un producteur. Il rappelle que, « dans une organisation de producteurs, on touche l’aide du POSEI, mais pas les producteurs indépendants qui doivent eux suivre le prix du marché, tiré vers le bas par le prix d’achat des coopératives, le combat il est surtout pour eux, ce qui ne sont pas dans des OP ».
Il donne l’exemple d’une même caisse de chouchous vendue au marché de gros : « Elle rapportera 5 euros à un petit producteur, mais 17 euros à un gros ».
Un autre évoque son expérience : dans une coopérative, sa production annuelle lui rapportait environ 20 000 euros d’aides POSEI, qui s’ajoutaient à un prix d’achat faible. Un avantage que ne perçoivent pas les indépendants. Et les places seraient limitées au sein des OP, déjà dominées par de gros producteurs, dont certains pèsent à eux seuls près d’un cinquième de la production annuelle du cirque.
Vers d’autres alternatives
Mais, même avec l’aide du POSEI, certains préfèrent se tourner vers des coopératives plus petites, où les prix sont fixés librement. « Le problème, ce sont les coopératives qui ne jouent pas le jeu. Le prix affiché en grandes surfaces n’est pas celui que touche le producteur », insiste l’un d’entre eux. Sur environ 3 000 tonnes produites par an, plus de la moitié est achetée par les coopératives.
Une autre difficulté : la forte variation des prix selon la saison et le marché. “ L’investissement minimum pour un hectare, c’est 40 000 euros. On peut cueillir jusqu’à 40 tonnes, mais on ne sait pas à quel prix on va les vendre », illustre le président de l’ADIAS.
Quand toutes les conditions sont réunies, une surproduction peut entraîner une forte chute des prix. Et même en cas de pénurie et de flambée des prix après une catastrophe naturelle, le petit producteur reste perdant : “Quand la caisse est à 100 euros, en récoltant toute ma treille je n’en remplit pas une quand un gros producteur va en remplir 40,50”.

Pour plus de transformation
« On parle d’autonomie alimentaire, mais on marche sur la tête. Si demain matin on mettait dans les assiettes des enfants des produits péi plutôt qu’une grosse boîte de macédoine importée, il n’y aurait pas un chouchou i gâte », lance le président des agriculteurs d’Hell-Bourg.
Il en appelle aux collectivités et à l’État pour augmenter les capacités de transformation du chouchou, « dans lequel tout se mange, on peut même faire des frites de chouchou ».
Une demande de table ronde
Les producteurs réclament une table ronde avec l’ensemble des acteurs afin de réguler les quotas et fixer un prix moyen équitable. « Le prix juste d’un kilo de chouchou ne devrait pas descendre en dessous de 0,50 centimes », estime un producteur. Un message qui s'adresse aussi aux consommateurs, invités à faire le plein de chouchous jusqu'à dimanche à Hell-Bourg. Entre 20 et 30 tonnes de chouchous devraient être écoulées.



