Saint-Benoît : une résidence sociale transformée en cimetière d’épaves

La SHLMR et la Cirest ont organisé ce mardi une opération de sensibilisation à destination des habitants de la résidence Europe. Objectif : informer sur les démarches en cours et les procédures existantes pour faire enlever gratuitement les véhicules hors d’usage (VHU). Des procédures qui se heurtent à la saturation de la filière d'enlèvement.
Sur le parking des résidences Europe 1 et 2, à Saint-Benoît, une trentaine de véhicules à l’abandon, certains à moitié désossés, attendent depuis des mois leur enlèvement. À ce rythme, il y aura bientôt plus d’épaves que de véhicules en état de marche sur le parking.
Une situation qui crée des tensions avec les riverains, faute de places disponibles pour se garer, et des nuisances pour la population et l’environnement. Les carcasses deviennent un gîte quatre étoiles pour les moustiques et les rongeurs.
Pour tenter d’inverser la donne, une opération de communication a été organisée ce mardi par la SHLMR et la Cirest et ses partenaires au cœur de la résidence : « Le but de cette opération est de sensibiliser les habitants sur la problématique des VHU. Ce sont des déchets et un danger pour la population, alors même qu’un programme de réhabilitation est en cours pour cette résidence, de plusieurs millions d’euros, qui se retrouve ralenti à cause de ces véhicules », déplore Hélène Lepinay, cheffe d’agence de la SHLMR dans l’Est.
Des personnes avec peu de moyens achètent des voitures d’occasion et laissent leur ancien véhicule à l’abandon, sans possibilité de reprise. Une exception qui devient petit à petit la règle et les épaves s’amoncellent dans la résidence.
Des démarches longues
Pour évacuer les épaves, les démarches sont en cours mais elles restent longues et complexes, en particulier pour identifier le dernier propriétaire. « Le partenariat avec la Cirest fonctionne bien, mais l’identification du propriétaire est souvent compliquée. Beaucoup de personnes qui ont racheté un véhicule n’ont pas fait la démarche de cession auprès de la préfecture », explique la cheffe d’agence.
Elle l’assure, les mises en demeure sont faites. Le bailleur est dans l’attente des retours des recommandés pour pouvoir ensuite demander à la Cirest de marquer les véhicules afin de procéder à leur enlèvement. Mais un autre frein intervient en aval : la surcharge de la fourrière. Le collecteur de VHU pour La Réunion est saturé face aux demandes. « Il n’y a pas d’espace dans l’Est pour stocker les véhicules », se désole la cheffe d’agence.
La Cirest a interpellé la préfecture pour que d'autres collecteurs et démolisseurs d'épaves émergent dans l'Est. Le rythme actuel de démolition serait de seulement une dizaine de véhicules par semaine, ce qui ralentit toute la machine.
Pour faire reculer le fléau, le bailleur joue la carte de la sensibilisation, mais aussi de la fermeté. Il engage une procédure pour tout véhicule abandonné. Les plaques sont relevées systématiquement, et les gendarmes et policiers mobilisés pour identifier les propriétaires.

Une solution gratuite existe
Pour éviter d’en arriver là, une procédure existe pourtant au niveau de la Cirest pour faire enlever gratuitement son véhicule hors d’usage dans les règles. « Il ne faut pas abandonner le véhicule, il est possible de le céder gratuitement à la Cirest. Il suffit de venir avec sa carte grise (au nom du propriétaire NDLR) à la Cirest, qui engage la procédure pour éviter que le véhicule ne devienne un déchet ». Un justificatif d'adresse et une carte d'identité sont aussi demandés.
Le problème dépasse la résidence Europe : « D’autres résidences et quartiers sont confrontés aux mêmes problématiques. On souhaite aller vers les habitants, être à leur disposition avec nos partenaires. »
« Nous gérons 3 800 logements. La plupart de nos résidences sont confrontées à ce problème. On aimerait pouvoir tout enlever. Mais si on en enlève 10 par mois, on a quand même entre 100 et 200 véhicules en attente d’enlèvement pour ce seul bailleur. »
La SHLMR rappelle que la responsabilité du propriétaire peut être engagée, même si le véhicule est sur un parking.
Une procédure spécifique à la Cirest
Du côté de la Cirest, une procédure spécifique a pourtant été mise en place l’année dernière en collaboration avec les gendarmes, les bailleurs et la brigade environnement. Un brigadier intercommunal de l’environnement a été nommé comme référent. Une fois un véhicule hors d’usage identifié par les bailleurs, ces derniers effectuent une enquête pour regrouper un maximum d’informations sur le véhicule, ensuite envoyées aux gendarmes qui peuvent alors retrouver le nom du dernier acquéreur.
À l’issue d’une procédure de mise en demeure de 15 jours minimum, un procès-verbal est rédigé par les militaires en cas d’échec. Une fois la notification envoyée par les gendarmes à la Cirest, en 48 heures, les véhicules sont marqués, enregistrés dans les bases réglementaires et évacués par l’organisme VHU Réunion, organisme certifié de collecte dans l’île.
De mai 2023 à mai 2024, pas moins de 103 véhicules hors d’usage ont été enlevés des rues, parkings et sous-sols de résidences de Saint-Benoît pour 115 demandes initiales effectuées par les bailleurs sociaux.

Faire évoluer la réglementation
En plus de représenter une pollution pour l’environnement, le paysage et la sécurité avec des risques d’incendie en sous-sol, les épaves créent un « sentiment d’insécurité » permanent. Elles servent aussi de grenier pour alimenter un trafic de pièces de rechange marron.
Contacté, le directeur du service de contrôle du service public et de la tranquillité publique à la Cirest, Mickael Boyer, appelle l’Etat à faire évoluer le cadre réglementaire face à un problème “complexe”. En permettant notamment de pouvoir faire enlever les véhicules même en l’absence du dernier propriétaire officiel, de réfléchir à un système “d’incitations” financières à destination de ces derniers pour qu’ils abandonnent leur véhicule ou pourquoi pas à l’émergence d’une filière de type social, autour d’un garage solidaire qui utiliserait les pièces détachées tout en formant des jeunes à la mécanique.
Créée en 2020, l’association VHU Réunion regroupe 100 % des concessionnaires automobiles et représente les 22 marques de véhicules qui ont l’obligation, depuis 2018, de prendre en charge la collecte des VHU abandonnés outre-mer. Une reprise et une destruction gratuite sur toute l’île qui a permis d’accroître les enlèvements (16 000 depuis 2020), mais sans tarir ce qui prend des allures de puits sans fond avec 300 à 400 nouvelles épaves chaque mois, selon le professionnel.


