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RUP : la France doit-elle laisser les pleins pouvoirs budgétaires à l'Union européenne ?

Ecrit par T.L. – le mardi 8 avril 2025 à 17H30
29è Conférence des présidents de RUP à La Réunion. (Photo Pïerre Marchal / Anakao Press)

Pour mieux protéger la Nouvelle-Calédonie du risque de guerre civile, rattraper le retard structurel de Mayotte, lutter contre le grand banditisme dans la Caraïbe ou encore protéger ses zones de pêche exclusive dans l'océan Indien, la France devrait confier la politique budgétaire de ses régions ultrapériphériques à l'Union européenne, selon un article publié par l'Institut français des relations internationales.

Quels points communs entre le Groenland et la Nouvelle-Calédonie ? D'abord, ces deux pays et territoires d'Outre-mer (PTOM) offrent à leurs habitants un passeport européen, même sans se prévaloir du statut de région ultrapériphérique (RUP). Ensuite, ces deux anciennes colonies sont traversées par de fortes revendications autonomistes que, ni le royaume du Danemark, ni la France, ne semblent prêtes à entendre.

Enfin, le Groenland aiguise l'appétit de Donald Trump qui clame vouloir faire main basse sur l'île et ses minerais, tandis qu'Emmanuel Macron prête les mêmes intentions à la Chine et à l'Azerbaïdjan concernant la Nouvelle-Calédonie, voire Mayotte.

C'est dans ce contexte que Politique étrangère, la revue trimestrielle de l'Institut français des relations internationales (IFRI), a récemment publié un article intitulé « Outre-mer français : l'autre illusion de la puissance », signé du journaliste Richard Werly (TV5 Monde, LCI, France Info TV).

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L'auteur soumet l'idée de réunir les RUP (Martinique, Mayotte, Guadeloupe, Guyane, La Réunion et Saint-Martin pour la France, les Canaries pour l'Espagne et les Açores et Madère pour le Portugal) et les PTOM ( Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon, Terres australes et antarctiques françaises, Wallis-et-Futuna et Saint-Barthélemy pour la France) au sein d'un unique statut, afin de mieux les protéger, mais aussi mieux les valoriser.

L'opportunité d'une défense européenne autonome

« Ne serait-il pas justifié, compte tenu des données démographiques, économiques, sociales et politiques, de regrouper ces « confettis» des ex-empires sous un seul statut, de leur consacrer un département à part entière de la Commission européenne (sur 27 commissaires, dont les portefeuilles incluent souvent des missions/ compétences non spécifiquement prévues par les traités) et d'en faire une priorité stratégique de l'Europe-puissance? », interroge Richard Werly.

Le journaliste propose que le fonctionnement et le développement de ces territoires soit « pris en charge par un budget européen dédié, à charge pour les impôts qui y seraient collectés et les ressources qui y seraient exploitées de profiter à l'ensemble des pays de l'Union ». Une façon pour l'Union européenne d'incarner un rôle plus déterminant dans ces anciennes colonies aux enjeux stratégiques, environnementaux et économiques capitaux.

Pour Richard Werly, ce serait ainsi l'opportunité de mettre sur pied une « défense européenne autonome » qui offrirait des perspectives d'entraînement et des capacités de projection cruciales pour répondre à la pression chinoise, à la protection des câbles internet sous-marin, à la pêche illégale, mais aussi aux intrusions de bateaux de renseignement (les deux vont souvent de paire) ou de sous-marins étrangers.

Lutter contre les cartels agroalimentaires dans les RUP

Un regroupement des RUP et des PTOM sous la bannière de l'UE aurait aussi l'avantage de garantir des moyens pour la lutte contre les trafics de stupéfiants en Guyane, aux Antilles ou à La Réunion, dont les répercussions sur la criminalité dans certaines zones urbaines aboutissent à « un état de guerre permanent ».

Lire aussi : Conférence des RUP : Huguette Bello appelle à un sursaut européen pour les régions ultrapériphériques

Sur le plan économique, l'auteur avance que la présence renforcée de l'UE pourrait « dénouer certains liens économiques problématiques qui permettent à des quasi-cartels, comme celui mis en place par le groupe agroalimentaire Bernard Hayot en Martinique, de ligoter l'avenir économique des populations. »

Reste à savoir si la France, sans même parler des élus locaux et des populations concernées, accepterait ce principe inspiré par la fédération d'Etats-Nations chère à Jacques Delors, avec un « tronc commun fédéral sur lequel les entités fédérées doivent avoir à tout moment, un droit de regard et de veto ».

Etiquettes : RUP | Union européenne

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