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Patrouilles, référents, diagnostics… Un plan de lutte contre les vols chez les agriculteurs

Ecrit par P.M. – le vendredi 5 décembre 2025 à 10H20
C'est dans une exploitation fruitière de Saint-Benoît que la convention a été signée ce jeudi (photo Jérôme Soubou, Chambre d'agriculture de La Réunion).

Première du genre à La Réunion, une convention relative à la protection des exploitations agricoles contre les vols a été signée hier entre le préfet et la Chambre d’agriculture. Un dispositif “renforcé” pour faire face aux intrusions et dégradations qui se multiplient dans les champs.

Peu d’agriculteurs y échappent, y compris ceux qui les représentent. Il y a quelques jours, Olivier Fontaine, président de la Chambre d’agriculture, s’est retrouvé face à des voleurs qui tentaient de lui dérober des letchis avant de prendre la fuite.

Ce week-end, à Bethléem, le gardien d’une exploitation a dû tirer en l’air pour mettre en fuite de jeunes voleurs. L’un d’eux, interpellé dans l’Est quelques jours plus tard, a été placé en centre de rétention administrative. Comorien en situation irrégulière, il sera renvoyé dans son pays “par le premier avion disponible”, a clarifié hier le préfet, Patrice Latron.

Le représentant de l’État s’est montré tout aussi ferme concernant les personnes étrangères qui seraient  interpellées en situation régulière : “Si une personne était arrêtée de même avec un titre de séjour, je casserai ce titre de séjour.”

Lire aussi : Saison des letchis : quatre personnes interpellées pour vols dans des parcelles

À Bras-Canot, des vols « toutes les semaines »

Dans le secteur de Bras-Canot, Eric Boyer, exploitant d’environ 50 hectares d’ananas, letchis et agrumes, décrit une situation alarmante : “c'est un gros problème, les vols c’est tous les mois, toutes les semaines.”

Il raconte avoir intercepté un voleur récemment : “Attrapé un pas longtemps, la semaine dernière, avec plus de 35 kilos, pris la fuite puis porte plainte.”

Malgré les caméras, les chiens, les groupes WhatsApp et les rondes auto-organisées, rien n’y fait. Selon lui, il faut davantage de contrôles : “plus de contrôles sur les étals aux bords des routes, dans les cités, dans les brocantes, marchés. Souvent des jeunes, un fléau.”

Porter plainte permet notamment d'avoir une représentation géographique du phénomène, a rappelé le général Labruny.

Les agriculteurs veulent des “sanctions dissuasives”

Le constat est partagé à l’échelle du territoire. “Je ne connais quasiment pas d'agriculteurs qui ne sont pas concernés par des soucis de sécurité ou de vols, on a besoin de lisibilité, il faut des sanctions dissuasives”, alerte Olivier Fontaine.

Les agriculteurs se regroupent déjà sur les réseaux sociaux pour échanger des alertes. Sur le terrain, les gendarmes ont procédé à plusieurs interpellations ces derniers jours, notamment mercredi matin à Sainte-Rose, alors que les actions se multiplient dans les vergers.

Une amende de 300 euros “tout de suite”

Les autorités appellent à porter plainte systématiquement. Comme l’a rappelé le préfet : “Si ça sert, cela permet d’avoir une représentation géographique, de savoir où sont les concentrations de vols.” 

Sur la compagnie de Saint-Benoît, seulement 28 procédures ont été enregistrées sur une année glissante sur 3 500 crimes et délits, chiffre son commandant, le chef d’escadron Nicolas Tomasini. “C’est peu parce que l’on a reçu peu de plaintes, le chiffre est sûrement sous-évalué, il nous faut une bonne connaissance du phénomène pour agir efficacement.”

À ce jour, pour rappel, le vol de fruits entraîne une amende immédiate de 300 euros, éventuellement suivie d’autres sanctions judiciaires. 

L’État se veut ferme : « Ne pas laisser faire »

La préfet Patrice Latron a tenu un discours particulièrement direct : “Il y a une volonté des pouvoirs publics de ne pas laisser faire, les agriculteurs travaillent durement toute l’année et au moment où la récolte arrive à maturité, se faire voler en une nuit des dizaines de kilos de produits, c’est scandaleux, c’est frustrant, c’est décourageant et l’État a la volonté d’être à vos côtés.”

Et pour bien faire passer le message, le représentant de l’Etat était accompagné des deux patrons des forces de l’ordre locales : le général Frédéric Labrunye, commandant de la gendarmerie de La Réunion et Laurent Chavane, le directeur territorial de la police nationale. 

Pour l’État, les vols constituent “un enjeu économique, humain et sécuritaire”.

Une convention pour structurer la riposte

La signature de la convention veut marquer une nouvelle étape dans la lutte contre les vols agricoles via un cadre d’actions destiné à organiser et rendre plus efficace la riposte sur le terrain. Le fruit d’un travail de concertation entre les agriculteurs et le sous-préfet de Saint-Benoît, Fabrice Bonicel. 

Lire aussi : Vols dans les exploitations : un plan d’action validé par l’État et les agriculteurs

Patrouilles renforcées et diagnostics de sûreté

Sur le terrain, les forces de l’ordre s’engagent à accentuer leur présence lors des périodes sensibles, notamment dans l’Est. Elles proposeront également des diagnostics de sûreté, destinés à analyser les failles d’une exploitation et à proposer des solutions concrètes : organisation, clôtures, systèmes techniques.

L’objectif est aussi de développer des réseaux d’alerte permettant des échanges quasi instantanés entre agriculteurs et forces de sécurité, sur le modèle de “vigie-agri”.

Dépôts de plainte facilités et interventions mieux coordonnées

La priorité en cas d’urgence reste le 17. Mais la convention formalise de nouvelles pratiques : prise de rendez-vous facilitée pour les plaintes, accompagnement possible par un tiers, suivi personnalisé par l’unité locale de gendarmerie ou de police.
Ces démarches doivent permettre aux agriculteurs, souvent découragés ou pressés par leur travail, de ne plus renoncer au dépôt de plainte.

Innovations techniques et travail par filière

Caméras solaires connectées, dispositifs de géolocalisation, capteurs : un groupe de travail réunira Chambre d’agriculture et forces de l’ordre pour identifier les outils pertinents selon les cultures et les zones.

Un réseau de référents et un suivi annuel

La convention prévoit la désignation de référents dans chacune des institutions signataires. Leur rôle : être les points de contact directs des exploitants et assurer la coordination avec les forces de l’ordre.
Un comité de suivi, piloté par le préfet, se réunira chaque année pour faire le point sur les actions engagées et ajuster le dispositif, avec une attention particulière pour l’Est et les périodes de récolte.

Un dispositif évolutif

Valable un an et renouvelable, la convention se veut un outil adaptable. Son suivi annuel permettra d’ajuster les mesures et, si besoin, de revoir le dispositif en cours de route.

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