Vols dans les exploitations : un plan d’action validé par l’État et les agriculteurs

À l’initiative de la sous-préfecture de Saint-Benoît et de la gendarmerie, une cinquantaine d’acteurs du monde agricole se sont réunis ce mardi à Saint-Benoît pour coordonner la lutte contre les vols, à l’approche des récoltes de letchis, d’ananas ou de bananes. Parmi les actions mises en place : le renforcement des contrôles et des patrouilles, ainsi que le déploiement progressif du dispositif « Vigi-Agri ».
Cette rencontre, organisée en amont des récoltes les plus sensibles, a rassemblé producteurs indépendants, coopératives, syndicats agricoles et associations d’agriculteurs, aux côtés du sous-préfet de Saint-Benoît, Fabrice Bonicel, de la DAAF, des forces de gendarmerie du secteur Est et des élus de la Chambre d’agriculture de La Réunion, dont Olivier Bernard et Gaël Dijoux.
L’initiative fait suite à une demande de l’Association des agriculteurs de l’Est Réunion, qui avait alerté le sous-préfet dès l’an dernier après une série de vols de fruits dans la zone de Sainte-Anne. Une première rencontre avait alors permis d’adopter des mesures d’urgence. La réunion de ce mardi marque, cette fois, la mise en place d’un véritable plan d’action structuré, appelé à être élargi à l’ensemble du territoire.
Déploiement du dispositif « Vigi-Agri »
Première mesure annoncée : la mise en œuvre progressive du dispositif Vigi-Agri, déjà expérimenté en métropole, notamment dans la région d’Avignon.
Ce système de veille et d’alerte vise à renforcer la sécurité des exploitations agricoles face aux vols, intrusions et actes de malveillance.
Les exploitants inscrits recevront des alertes par SMS en cas d’incident signalé dans leur zone. Ils pourront également bénéficier d’un diagnostic de sûreté réalisé par un référent de la gendarmerie, afin d’identifier les points vulnérables et d’adopter des mesures préventives (éclairage, fermeture, signalétique dissuasive…).
La Chambre d’agriculture portera localement le dispositif après la signature d’une convention avec l’État. Inspiré du modèle des « voisins vigilants », Vigi-Agri reposera sur la désignation de référents agricoles formés pour assurer le lien entre producteurs et gendarmerie.
Il s’agit d’un dispositif national de veille et d’alerte, coordonné par la gendarmerie en partenariat avec les chambres d’agriculture. Les agriculteurs volontaires y sont inscrits pour recevoir des alertes par SMS lorsqu’un vol ou un acte suspect est signalé dans leur zone. Le dispositif repose aussi sur un réseau de référents agricoles, des exploitants formés pour relayer les informations entre producteurs et forces de l’ordre.
Dans certaines régions de métropole, une interface numérique interne est utilisée pour gérer les échanges, avec des projets de développement d’applications.
Un outil numérique déjà très utilisé par les agriculteurs, qui se retrouvent par secteurs via des groupes sur les réseaux sociaux pour se prévenir et agir en cas de vol, notamment.
Porter plainte systématiquement
Le sous-préfet et la gendarmerie ont insisté sur la nécessité pour les agriculteurs de porter plainte à chaque vol, condition indispensable pour enclencher les enquêtes et accéder aux images de vidéosurveillance des caméras déployées dans les champs.
Pour faciliter les démarches, les gendarmes s’engagent à se déplacer sur le terrain lorsque cela est possible, afin d’éviter aux agriculteurs de quitter leurs exploitations. Deux référents agricoles ont été désignés dans les brigades de Sainte-Rose et de Sainte-Anne pour centraliser les plaintes et accompagner les producteurs.
Les victimes peuvent également déposer plainte en ligne sur le portail officiel :
👉 https://plainte-en-ligne.masecurite.interieur.gouv.fr

Audits de sécurité et diagnostics préventifs
Autre mesure concrète : la mise en relation des exploitants avec le référent sécurité de la gendarmerie, basé à la caserne Vérine. Ce spécialiste, déjà mobilisé auprès des entreprises, réalisera des audits de sécurité dans les exploitations agricoles.
Objectif : identifier les points à risque et conseiller sur les installations à renforcer (éclairage, alarmes, systèmes de fermeture). Des réunions d’information par secteur seront organisées, et des visites sur site pourront être demandées par les agriculteurs.
Patrouilles renforcées et contrôles des circuits de vente
Autre mesure : les forces de l’ordre renforceront leur présence sur le terrain pendant les récoltes, notamment dans les zones les plus exposées. Des patrouilles ciblées seront mises en place autour de certaines exploitations sous tension.
En parallèle, des contrôles renforcés auront lieu sur les marchés forains et auprès des revendeurs itinérants afin de vérifier l’origine des produits vendus. Les bazardiers devront désormais être en mesure de justifier l’achat et la provenance des fruits proposés à la vente.
Vers une coordination durable
Pour Sarah Salah Aly, présidente de l’Association des agriculteurs de l’Est Réunion, cette rencontre a permis de clarifier les rôles de chacun :
« C’était important de savoir jusqu’où nous pouvons aller et ce que nous avons le droit de faire. »
De son côté, Jean-Michel Moutama, président de la CGPER et lui-même victime de vols récents sur son exploitation, a salué des mesures « appelées à être dupliquées sur l’ensemble de l’île ».
L’annonce du plan d’action va se traduire par des interventions ciblées dans les exploitations au cours des prochaines semaines.


