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Municipales à Saint-André : l’étau financier se resserre sur Joé Bédier, privé du remboursement de son compte de campagne

Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 1 octobre 2026 à 16H29

En plus de l’annulation des municipales de mars dernier, Joé Bédier doit faire face au rejet de son compte de campagne, qui le prive du remboursement d’une majeure partie de ses dépenses. Un coup dur alors que se profile une nouvelle joute électorale à Saint-André, que seule une décision contraire du Conseil d’État peut désormais empêcher.

Ils ne se quittent décidemment plus. Joé Bédier et Laurent Virapoullé ont déjeuné dans le même restaurant de Saint-Denis – mais bien sûr pas à la même table –, ce jeudi 1er octobre, quelques heures après l’annonce de l’annulation des opérations électorales de mars dernier par le tribunal administratif de la Réunion. Un simple hasard malicieux, ou un goût culinaire partagé qui rassemble les deux rivaux de la scène politique saint-andréenne.

Au menu de Joé Bédier, une soupe à la grimace : outre l’annulation de l’élection, le maire sortant devra gérer une difficulté financière de taille. Les magistrats du tribunal administratif ont conclu au rejet de son compte de campagne, considérant qu’il devait y intégrer 33.000 euros supplémentaires correspondant au coût des cinq émissions « Saint-André droit devant » de cinq minutes diffusées sur Antenne Réunion durant la période des six mois précédant le scrutin.

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Selon le jugement du tribunal, certaines de ces émissions de communication sur la ville, payées par les deniers publics, « ont une tonalité ouvertement laudative notamment dans les secondes conclusives de l’émission, mais également au cours de ces dernières par l’interview d’agents de la commune pour remercier le maire de son action ». À cela s’ajoute, toujours selon les magistrats, une forte ressemblance des sujets abordés dans l’émission avec les thématiques de campagne de Joé Bédier.

Pas de manœuvres frauduleuses retenues contre Joé Bédier

Mais ce n’est pas tout : les juges épinglent aussi le communiqué de presse « au ton polémique et accusatoire » publié par la mairie le 22 mars 2026, jour du second tour, pour alerter sur de possibles manœuvres visant à altérer la sincérité du scrutin. En l’occurrence, de supposés transports organisés d’électeurs vers les bureaux de vote. « Les électeurs et électrices de Saint-André ne pouvaient que comprendre que le communiqué désignait la liste conduite par M. Laurent Virapoullé », lit-on dans le jugement.

Pour ces deux motifs, et sans que le tribunal juge nécessaire de se pencher sur les possibles irrégularités dans les signatures d’émargement des électeurs, lesquelles avaient été soulevées par les frères Laurent Virapoullé et Jean-Marie Virapoullé et retenues par le rapporteur public dans ses conclusions, les opérations électorales de mars dernier sont annulées. Dans l’attente d’un possible pourvoi en appel de Joé Bédier, les administrés de Saint-André peuvent se préparer à vivre une nouvelle campagne électorale animée dans leurs quartiers.

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Si les magistrats ne retiennent aucun caractère frauduleux dans la propagande électorale déguisée du maire sortant, ce dernier doit assumer l’échec de sa communication intentionnelle et en tirer les conséquences pour la campagne qui se profile. Surtout, il devra en payer le prix : privé de remboursement de ses dépenses, il doit désormais gérer une obligation de paiement de la totalité des frais de sa précédente campagne, le seuil de dépenses autorisées de 88.362 euros pour le second tour étant largement franchi dès lors qu’il doit y ajouter la somme de 33.000 euros correspondant aux émissions diffusées pendant la période de réserve électorale sur Antenne Réunion.

L'enjeu des présidentielles derrière les municipales

De quoi, peut-être, entamer sérieusement les capacités financières du candidat avant une bataille électorale dans laquelle le clan Virapoullé s’investira à plein. Même si, derrière l’affichage de l’union familiale retrouvée, pointent des désaccords sur la composition de la liste. Certains anciens colistiers de Jean-Marie Virapoullé, encartés chez LR, auraient toujours du mal à digérer le fait de se ranger derrière Laurent Virapoullé, qui s’était élancé au premier tour sous la bannière du RN.

De fait, le calendrier électoral risque de s’entrechoquer ces prochains mois à Saint-André, avec le double scrutin portant sur les muncipales et la présidentielle. Aux rumeurs de la venue dans l’île de Marine Le Pen s’accompagnent celles d’un meeting à Saint-André de la favorite pour la succession d’Emmanuel Macron.

« Nous allons être patients, nous ne sommes pas maîtres du calendrier, ni des décisions de Joé Bédier, ni de celles du Conseil d’État. Nous pensons néanmoins que pour une bonne administration de la justice, il faudrait que ce contentieux soit réglé le plus rapidement possible pour que nous abordions les présidentielles avec une majorité municipale bien installée. Car comme vous le savez, c’est le maire qui organise les élections », commente Laurent Virapoullé.

Les enjeux d'un pourvoi devant le Conseil d'État

Joé Bédier, lui, devrait communiquer dans les prochains jours pour préciser s’il maintient, ou non, sa récente déclaration selon laquelle il fera appel devant le Conseil d’État de la décision du tribunal administratif. Dans le camp du maire de gauche soutenu par la majorité régionale, certains seraient enclins à ne pas perdre de temps et à se lancer sans tergiverser dans la campagne électorale, pour éviter une période de flottement entre le délai de recours d’un mois devant le Conseil d’État, le rendu de la décision et l’organisation de nouvelles opérations électorales.

« Le jugement devra désormais être analysé précisément avec mes avocats, notamment sur l’appréciation juridique portée sur ces émissions et sur le compte de campagne. À l'issue de cette analyse, nous déciderons de l’opportunité de saisir le Conseil d’État afin que ces questions de droit puissent être définitivement tranchées. Je suis serein et déterminé. Je n’exclus aucune hypothèse, y compris celle de retourner devant les électeurs si une nouvelle consultation devait finalement avoir lieu. Je n’ai pas peur du vote des Saint Andréennes et des Saint-Andréens. Je leur fais confiance », indique le maire sortant dans un communiqué.

Mais se pourvoir devant le Conseil d’État comporte un risque pour Joé Bédier : celui de se voir infliger la peine d’inéligibilité que le tribunal administratif n’a pas considéré devoir prononcer.

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