Revenir à la rubrique : Société

Ravine Sèche : 5,1 millions d’euros pour protéger le littoral de l’ancienne décharge

Ecrit par P.M. – le vendredi 2 octobre 2026 à 08H47
À quelques mètres de l’océan, le chantier de réhabilitation de l’ancienne décharge de Ravine Sèche vise à stabiliser le massif de déchets et à limiter leur dispersion en mer.

Fermée depuis 2005, l’ancienne décharge de Ravine Sèche, à Saint-Benoît, conserve près de 500.000 m³ de déchets à quelques pas de l’océan. Sa réhabilitation doit limiter leur dispersion en mer et sécuriser ce lourd héritage environnemental. L’opération doit s’achever en 2027.

Autres époques, autres pratiques, autre cadre réglementaire. Installer une décharge au bord de l’océan paraît aujourd’hui impensable, alors que la protection du littoral, la montée des eaux et le recul du trait de côte occupent une place croissante dans les décisions d’aménagement. À Ravine Sèche, entre la RN2 et la mer, Saint-Benoît et la Cirest doivent pourtant composer avec les conséquences de ces choix anciens.

C’était le temps des décharges communales : Ravine Sèche à Saint-Benoît, Mare à Poule d’Eau à Salazie, Grand Brûlé à Sainte-Rose, Cressonnière à Saint-André… La gestion des déchets s’est ensuite progressivement organisée à l’échelle intercommunale, avec la fermeture des sites locaux et le recours à l’installation de stockage de déchets non dangereux de Bel-Air, à Sainte-Suzanne (ISDND). Mais fermer une décharge ne suffit pas à faire disparaître ce qu’elle contient.

La visite de chantier organisée ce jeudi 1er octobre par la Cirest en apporte la preuve. Bien que fermée depuis 20 ans, on estime à pas moins de 500.000 m³ la masse de déchets encore présente sur le site qui s'étire sur plus de cinq hectares, installé en bordure immédiate du littoral. Par endroits, on atteint 25 mètres au-dessus du niveau marin.

Une présentation du chantier a eu lieu jeudi matin en présence des élus de la Cirest et du sous-préfet de Saint-Benoît.

D’une carrière à une montagne de déchets

Le site servait à l'origine, dans les années 1970, à l’extraction de galets et de matériaux. La décharge s’est ensuite implantée dans l'ancienne carrière, avec une autorisation préfectorale délivrée le 18 avril 1986.

Pendant près de vingt ans, elle a accueilli les déchets ménagers et assimilés du territoire bénédictin. Une digue en enrochements a été construite sur sa face nord au début des années 1990, puis l’exploitation s’est poursuivie par surélévation successive, jusqu’à l’arrêt définitif en 2005.

Lire aussi : Ancienne décharge de la Jamaïque : 920.000 m3 de déchets à sécuriser pour effacer les errements du passé

À la fermeture, les déchets ont simplement été recouverts de matériaux terreux. Selon Antea, maître d’œuvre du chantier actuel, le site n’avait jamais fait l’objet d’une véritable réhabilitation. Une inspection en 2011, puis des prescriptions de l’État en 2012 et de nouvelles procédures en 2014 ont jalonné cette longue période d’après-exploitation.

Cette vue par drone donne la mesure du site : plus de cinq hectares entre la RN2 et l’océan, où près de 500.000 m³ de déchets se sont accumulés durant vingt ans d’exploitation.

10.000 m³ de déchets récupérés sur le littoral

L’enjeu dépasse largement le seul aspect paysagé. La houle, les fortes pluies et l’érosion marine ou fluviale peuvent fragiliser le massif et entraîner des déchets ou des polluants vers l’océan.

Un risque déjà visible sur le terrain. Antea a indiqué qu’environ 10.000 m³ de déchets présents sur le littoral, notamment près de la bordure de la ravine, avaient été excavés puis réintégrés dans le massif principal. Un nettoyage destiné à soustraire ces matériaux à leur exposition directe aux éléments, avant leur confinement.

"Il ne s’agit pas simplement de traiter une ancienne décharge. Il s’agit de réparer un héritage environnemental du passé et de prendre aujourd’hui nos responsabilités vis-à-vis des générations futures", a déclaré le président de la Cirest, Joé Bédier.

"La présence d’anciennes décharges en front de mer sur notre littoral constitue évidemment une menace environnementale majeure", rappelle de son côté Fabrice Bonicel, le sous-préfet de Saint-Benoît. Le représentant de l’État souligne que l’élévation du niveau de la mer pourrait accentuer les phénomènes d’érosion côtière et de submersion et donc le risque d'emporter une partie de l'ex-décharge.

Ravine Sèche fait partie des cinq sites réunionnais retenus dans le plan national de résorption des décharges littorales historiques, lancé en 2022. Les quatre autres sont la Jamaïque à Saint-Denis, la Caverne des Hirondelles à Saint-Joseph, la Cressonnière à Saint-André et la Bergerie au Tampon.

"À La Réunion, le littoral constitue un espace à fort enjeu, soumis aux pressions de l’urbanisation, de l’érosion marine et des impacts du changement climatique", insiste le sous-préfet.

Projection du site après réhabilitation : le massif de déchets sera remodelé, recouvert et végétalisé, avec des enrochements pour le protéger de l’érosion. Le site restera fermé au public.

Stabiliser et confiner les déchets sur place

Le projet prévoit de conserver le massif sur place. Retirer la totalité des 500.000 m³ nécessiterait des transports considérables, entraînerait des coûts très élevés et créerait de nouveaux risques liés à la manipulation des déchets.

Les entreprises remodèlent donc les pentes pour stabiliser l’ensemble. Des enrochements protègent les pieds de talus côté ravine et côté mer. Une couverture comprenant notamment une couche d’argile peu perméable doit limiter les infiltrations d’eau, tandis que des dispositifs de drainage et des ouvrages hydrauliques organiseront l’évacuation des eaux pluviales.

Antea indique ne pas observer d’émissions importantes de biogaz, compte tenu de l’ancienneté des déchets, mais prévoit une surveillance après les travaux pour contrôler d’éventuels dégagements.

La végétalisation viendra compléter ces aménagements, avec une couverture herbacée adaptée au contexte local et une haie arbustive le long de la RN2.

Un suivie pendant trente ans

Le coût prévisionnel global atteint environ 5,1 millions d’euros pris en charge en grande partie par l'Etat, via l’ADEME, à hauteur de 91 %, le solde revenant à la Cirest.

Engagés au printemps 2026, les travaux principaux doivent se terminer fin avril 2027. Les aménagements paysagers prendront ensuite le relais, pour un achèvement prévisionnel de l’opération en septembre 2027.

La fin du chantier ouvrira une nouvelle étape : celle du contrôle environnemental, prévu pendant au moins trente ans. Les eaux souterraines et superficielles, l’air et la biodiversité feront notamment l’objet d’une surveillance pour vérifier l’efficacité des protections.

Aucun usage public ou ouverture du site n’est prévu à ce stade. Sous sa future couverture végétale, Ravine Sèche restera une ancienne décharge dont il faudra maîtriser durablement les conséquences.

La réhabilitation en chiffres

  • Environ 500.000 m³ de déchets à confiner sur plus de 5 hectares.
  • Environ 10.000 m³ de déchets récupérés sur le littoral et réintégrés dans le massif, selon Antea.
  • 5,1 millions d’euros HT de coût prévisionnel global, études, travaux et suivi compris.
  • 91 % de financement annoncé par l’État via l’ADEME, 9 % à la charge de la Cirest.
  • Avril 2026 : démarrage des travaux de réhabilitation.
  • Avril 2027 : fin prévue des travaux principaux.
  • Septembre 2027 : achèvement prévisionnel de l’opération, aménagements paysagers compris, selon le dossier de presse.
  • 30 ans minimum de surveillance environnementale après les travaux.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :