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Pompiers vieillissants, engins indisponibles, incertitude budgétaire… malgré des progrès, le Sdis de La Réunion encore fragile face aux grands enjeux de sécurité civile

Ecrit par Sébastien Gignoux – le vendredi 2 octobre 2026 à 06H21

Dans un rapport portant sur la période 2020-2025, la chambre régionale des comptes pointe des fragilités persistantes au sein du Sdis 974, de plus en plus sollicité à l’aune du changement climatique qui impacte La Réunion. Malgré des améliorations notables, les magistrats financiers formulent plusieurs recommandations pour faire face aux enjeux futurs de sécurité civile.

On n’en est plus à « nettoyer les écuries d’Augias » comme l’avait dit un préfet de La Réunion en son temps. Mais le Sdis 974 a encore de nombreux chantiers à mener pour être à la hauteur des enjeux de sécurité civile auxquels l’île intense est et sera confrontée dans les prochaines années, alors que l’impact du changement climatique commence déjà à se faire ressentir sur l’activité.

C’est, en substance, le message adressé par la chambre régionale des comptes dans un double rapport portant sur les enjeux et la gestion financière de l’établissement public pour les années 2020-2025 et examiné lundi 28 septembre en conseil d’administration.

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Des améliorations mais des fragilités persistantes

Sans éluder les nombreuses améliorations réalisées sur la période, les magistrats financiers pointent des fragilités persistantes, dans un contexte d’augmentation notable de l’activité : en cinq ans, le nombre d’interventions a progressé de + 13,9 % pour s’approcher des 60 000 en 2025. Principalement du secours à personnes (80 % des sorties), mais aussi des opérations en lien direct avec le changement climatique : feux de forêt plus fréquents, précipitations plus intenses et événements météo plus violents, qui soumettent « la réponse opérationnelle à de fortes tensions. »

Dans ce contexte, et malgré la mise en place fin 2025 d’un nouveau système de gestion des alertes/système de gestion des opérations (SGA/SGO) ayant permis, après une phase de rodage, une amélioration des délais d’intervention quoique toujours bien inférieure à la moyenne nationale (3’33’’ contre 2’33’’), la CRC s’inquiète tout particulièrement « des difficultés structurelles de la gestion des ressources humaines » qui pèsent sur l’activité opérationnelle.

Une pyramide des âges "déséquilibrée"

Ainsi, le Sdis 974 présente toujours « une pyramide des âges déséquilibrée », avec des effectifs vieillissants et des jeunes sous-représentés. 50 % des 877 sapeurs-pompiers professionnels ont entre 50 et 59 ans, soit le double de la moyenne nationale ! Et ce ne sont pas les derniers concours de caporaux, ouverts sans limite d’âge, qui ont favorisé un rajeunissement de l’effectif.

Conséquence : des arrêts maladie longue durée voire des cas d’inaptitude au travail bien supérieurs à la moyenne nationale, et un taux d’absentéisme deux fois plus important. Ce qui n’est pas sans conséquence sur les quelque 1.200 sapeurs-pompiers volontaires en risque de « sursollicitation. » Aussi la chambre recommande-t-elle de revoir la politique de recrutement et de mieux utiliser le levier des jeunes sapeurs-pompiers afin de préparer la relève.

Faible taux de disponibilité des véhicules

Autre inquiétude majeure sur la réponse opérationnelle : le vieillissement du parc de véhicules et son faible taux de disponibilité. Pointant « le suivi très partiel de la disponibilité du matériel roulant » ainsi que des véhicules « très sollicités et vieillissants », la chambre suggère « un suivi consolidé et partagé. »

Bien sûr, les conditions d’utilisation en milieu tropical et de stationnement des véhicules ont un effet sur l’usure précoce des véhicules, et les délais de livraison de nouveaux engins sont plus importants qu’en France hexagonale. À souligner aussi « le renouvellement du parc » engagé, avec notamment l’acquisition d’une colonne de feux complète de 26 véhicules pour 5,3 millions d’euros, à laquelle l’État participe à hauteur de 65 %.

"Absence d’intérêt opérationnel" à l’achat d’un Dragon

En revanche, la chambre se montre dubitative sur le souhait parfois affiché de voir le Sdis 974 se doter de son propre moyen aérien léger, un hélicoptère de type Dragon. Considérant « l’absence d’intérêt opérationnel avéré » eu égard aux nombreux autres moyens aériens sur l’île (Smur, Section aérienne de gendarmerie) et le « coût disproportionné », la CRC incite plutôt le Sdis à se rapprocher des Fazsoi pour un « protocole d’emploi » des deux hélicoptères Cougar attendus par l’armée en 2028, et qui pourraient servir au largage d’eau en cas d’indisponibilité du Dash-8 envoyé depuis l’Hexagone lors de la saison des feux de forêt.

17 casernes sur 28 encore inadaptées

Si les pompiers et les véhicules sont vieillissants, les casernes ne le sont pas moins : selon le Schéma départemental d’analyse et de couverture des risques 2023-2027 (SDACR), document « ambitieux correspondant aux enjeux », seuls 11 centres de secours sur 28 sont « adaptés à l’exercice des activités de secours. » Parmi les 17 autres, 11 nécessitent un changement de localisation, deux doivent être reconstruits et deux autres n’ont pas encore de solution foncière en vue. Malgré la livraison d’un centre à Saint-Benoît en 2024 et un plan immobilier pluriannuel pour plus de 100 millions d’euros avec dix centres à livrer d’ici 2035 (4 le sont déjà), la chambre pointe « des capacités de réalisation limitées », freinées par « des contraintes foncières, financières et organisationnelles. »

A ce titre, l’ambitieux projet d’un site regroupant à la fois un état-major dispersé et un nouveau centre de secours sur Saint-Denis Est (un terrain est disponible dans la ZI du Chaudron) parait « financièrement difficilement soutenable pour le Sdis », qui a jusqu’à novembre 2028 pour saisir cette opportunité unique sur le chef-lieu.

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"Manque de visibilité financière"

Ce qui rejoint l’un des points majeurs soulevés par la chambre : « l’incertitude budgétaire » qui fragilise le Sdis. Contrairement à ce que prévoit le code général des collectivités territoriales, le SDIS 974 ne dispose plus de convention financière pluriannuelle avec son principal financeur, le Conseil départemental.

Depuis 2021, face au besoin de « fiabiliser les données financières du SDIS » et arguant d’une plus grande « souplesse dans la gestion de sa dotation », la collectivité privilégie un renouvellement à l’année. Ce qui se traduit par « un manque de visibilité financière pour le Sdis », notent les magistrats, invitant le Département et le Sdis « à élaborer et signer, fin 2026 », une convention financière pluriannuelle en conformité avec les textes de façon à assurer « une trajectoire lisible des recettes. »

Une gouvernance stabilisée mais "un déficit de pilotage"

Dans un second volet plutôt consacré à la gestion de l’établissement, la CRC note certes des « progrès » et « des améliorations » après des années marquées par une « instabilité de la gouvernance » (4 présidents depuis 2018) et des « dysfonctionnements graves », en particulier en matière de gestion des ressources humaines. Héritage d’années d’une « gestion erratique », ce secteur a fait l’objet de multiples contentieux administratifs en défaveur du Sdis et est toujours sous le coup d’une enquête judiciaire ayant donné lieu en juin 2021 à la saisie par la gendarmerie de 150 dossiers de carrière. Désormais encadrée par une sous-direction, la partie RH semble désormais en bonne voie, souligne néanmoins la chambre.

Pour autant, les magistrats soulèvent des lacunes persistantes dans l’organisation : absence de projet d’établissement, règlement intérieur obsolète, dialogue social insuffisant, masse salariale non-maîtrisée ou encore une insécurité juridique du fait de l’« oubli » du conseil d’administration d’avoir adopté une délégation de compétences à la présidente nommée en 2023, Sophie Arzal. Bref, « un déficit de pilotage », alors que seulement 20 % des objectifs du précédent SDACR ont été mis en œuvre.

"Nous avons pris les bonnes décisions" dit le Casdis

Au final, la chambre formule onze recommandations, dont certaines à mettre en œuvre si possible d’ici la fin de l’année. Dans un communiqué, le Sdis s’est félicité « d’avoir engagé ou anticipé depuis 2023 la quasi-totalité des préconisations de la chambre », défendant « un assainissement financier », « un saut technologique majeur » avec le nouveau SGA/SGO et une « reprise en main des RH », affirmant avoir déjà effectué un retour à l’équilibre comptable en 2024 et renouvelé son règlement intérieur en mai dernier, tandis que le projet d’établissement réclamé est en train d’être finalisé sous la houlette du directeur du SDIS Bertrand Vidot, qui a pris ses fonctions en novembre 2025.

Résolument optimiste au regard des nombreuses observations de la chambre, la présidente Sophie Arzal estime que ce rapport « marque une étape franchie. Il confirme que nous avons pris les bonnes décisions pour réparer ce qui était cassé et moderniser notre institution » et que le Casdis a « désormais les coudées franches pour construire l’avenir. »

"Nos alertes se traduisent en recommandations" pour les syndicats

Un satisfecit toutefois tempéré par le syndicat majoritaire Avenir Secours/Action Catégorie C (CFE-CGC). « Ce débat a permis de rappeler que les partenaires sociaux ont subi depuis cinq ans une confiscation du dialogue social (…) », alors que « nos alertes écrites et objectivées (…) qui étaient inaudibles pour les autorités se traduisent en analyses et recommandations de la CRC », souligne son président Michel Gonot. Qui attend désormais « des actes plutôt que des éléments de langage », tout en appelant à « jouer collectif face aux enjeux colossaux auxquels nous sommes confrontés. »

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