Anniversaire de Gandhi : “Inspirons-nous de sa non-violence”

À l’occasion du 157e anniversaire de la naissance de Gandhi, Tamij Sangam organise un hommage ce vendredi 2 octobre à Saint-Denis. Face aux violences, son président, le docteur Selvam Chanemougame, appelle à diffuser son message dans la société, voire à l'enseigner dès le plus jeune âge. À Saint-André, un concours sur la paix et la non-violence a réuni quelque 200 dessins d’enfants.
Dans un monde traversé par les guerres et les violences, le message de Gandhi conserve plus que jamais toute sa force.
Le Mahatma aurait eu 157 ans ce vendredi 2 octobre. Assassiné le 30 janvier 1948 à New Delhi, à l’âge de 78 ans, Gandhi a disparu depuis plus de trois quarts de siècle. Son message de non-violence résonne toujours, face aux guerres comme aux violences du quotidien.
Pour Tamij Sangam, cet anniversaire doit permettre d'aller au-delà de la simple commémoration. “Cette année, avec la résurgence de la violence et du vandalisme dans plusieurs quartiers de Saint-Denis et d’ailleurs, il nous paraît primordial d’aborder ce sujet sous l’angle spirituel à travers la promotion de la non-violence et de ahimsa par un élan citoyen, au-delà des appels aux sanctions et suppressions des aides sociales”, lance son président, le docteur Chanemougame Selvam.
Un rassemblement est prévu ce vendredi à 17 heures au parc de la Trinité, à Saint-Denis, avec un dépôt de gerbe au pied de la statue de Gandhi. Derrière cet hommage annuel, le responsable associatif défend une conviction : les sanctions seules ne suffiront pas à résoudre les violences et le climat qui l'entoure.

Transmettre plutôt que (seulement) sanctionner
“Par rapport aux événements récents, on pense que la répression va résoudre le problème en supprimant ceci, en supprimant cela, en menaçant”, observe le docteur Chanemougame. Il se dit “plutôt pessimiste” sur les résultats de cette réponse, qu’il considère comme “une goutte d’eau dans ce phénomène de malaise de la société”.
À ses yeux, c'est dès le plus jeune âge que les notions de respect de l’autre, du sens du bien commun et de la capacité à résoudre un désaccord autrement que par les coups ou les insultes doit être inculqué et l'image du Mahatma Gandhi peut être un tuteur.
Une responsabilité qui concerne l’ensemble de la société. “C’est à nous, les citoyens, de prendre ce problème-là à bras-le-corps”, insiste-t-il, voyant dans la pensée de Gandhi un point d’appui intemporel.
Une pensée qui repose notamment sur l’ahimsa, le refus de nuire, et le satyagraha, une résistance fondée sur la vérité et la non-violence. Par la désobéissance civile et la non-coopération, Gandhi a montré qu’il était possible de combattre l’injustice sans chercher à détruire l’adversaire. Refuser la violence suppose alors du courage et de la détermination, plutôt qu’une résignation face à l’injustice.
Pour Selvam Chanemougame, cette manière d’agir doit s’apprendre tôt. Il rappelle cette phrase du Mahatma : “Si nous voulons enseigner la vraie paix dans le monde… nous devrons commencer par les enfants.”

Enseigner la non-violence
Le président de Tamij Sangam se souvient d’une collaboration menée il y a une vingtaine d’années avec les services culturels du rectorat. Les écoliers participaient à des concours de dessin sur la non-violence, les collégiens rédigeaient des dissertations et les lycéens proposaient des créations littéraires.
La démarche avait duré sept à huit ans, avant de s’interrompre après un changement d’équipe. Les travaux les plus méritants étaient récompensés lors de rencontres réunissant les enfants et leurs parents.
Il souhaite aujourd’hui renouer avec cette mobilisation et donner davantage de place à la non-violence dans les établissements. “C’est très important de travailler dans l’éducation plutôt que de venir faire des cours de morale”, souligne-t-il.

À Saint-André, 200 dessins sur la paix
L'association est passée de la parole aux actes en organisant cette semaine un concours de dessin sur la paix et la non-violence qui a été proposé aux enfants de maternelle et de primaire de quatre écoles : Jacques-Fayard, Suzy-Bomel, Docteur-Martin et Petit-Bazar en collaboration avec l'association Ka'Fet Familiale. Elle est un espace d'écoute et de soutien à la parentalité basé à Saint-André, dans le quartier de Fayard et qui accompagne les familles réunionnaises à travers des projets éducatifs, culturels et de proximité. Pas moins de 200 dessins ont été réunis.
A l'origine, Daou Rayza, stagiaire à la Ka'Fet Familiale, lycéenne à Mahatma-Gandhi en a fait son projet de stage. “On avait constaté qu’il y avait beaucoup de violence entre les enfants eux-mêmes”, explique-t-elle.
Le concours a permis de partir de leurs expériences. “Ils ont exprimé leurs émotions, comment ils voyaient la paix, qu’est-ce que c’était pour eux la non-violence.” Des coloriages ont également été proposés aux enfants moins à l’aise avec le dessin, afin que chacun puisse participer.
Les enfants découvrent qui était Gandhi, quelqu’un à qui s’identifier pour apprendre à exprimer leur colère ou leurs désaccords avec des mots, sans frapper ni insulter.
Un apprentissage de chaque jour
Enseigner la non-violence prônée par Gandhi à l’école ? L’idée trouve un écho favorable auprès de Gillette, enseignante à Jacques-Fayard et proche de la retraite. Elle constate que les enfants sont plus facilement énervés et que leurs comportements sont devenus plus violents au fil des années. “Ça a beaucoup changé”, témoigne-t-elle. Il faut “régulièrement ramener le calme et revenir avec eux sur ce qui s’est passé”.
Dans les échanges, les enseignantes présentent lors du concours rappellent dans le même temps que l’école aborde déjà ces questions, notamment à travers les séances de prévention du harcèlement. Le respect, l’empathie et la bienveillance se transmettent aussi quotidiennement, à la récréation comme pendant la pause méridienne.
Une mobilisation autour de Gandhi pourrait renforcer ce travail, à condition de le prolonger toute l’année et d’y associer les parents, juge Selvam Chanemougame, les enfants reproduisant souvent des comportements observés dans leur entourage, dans la rue ou sur les écrans : “ce qui se construit à l’école a besoin de relais”.
“Au-delà de la pose des statues, ce qui est important, c’est le message véhiculé”, rappelle-t-il.



