"Les agriculteurs se sentent étouffés" : pourquoi La Réunion sonne l’alerte au Salon international de l'agriculture à Paris

Paris, Porte de Versailles. La musique résonne dans les allées, les stands rivalisent d’animations, et le village de La Réunion ne déroge pas à l’ambiance. "C’est un moment privilégié", sourit Olivier Fontaine, venu représenter la Chambre d’agriculture. "Le Salon permet de montrer notre savoir-faire à travers les exposants, véritables ambassadeurs de l’agriculture réunionnaise."
Oui, l’heure est festive. Mais pas insouciante. "Il ne faut pas oublier les difficultés que connaît le monde agricole", tempère Olivier Fontaine, président de la Chambre d'agriculture de La Réunion. Car le Salon est aussi un espace stratégique. Dès les premières heures, les échanges s’enchaînent : la ministre de l’Agriculture, le président de la République, et toute une série de décideurs politiques croisés au fil de la semaine. "C’est l’occasion de faire valoir nos difficultés, de dire ce dont La Réunion a besoin pour continuer à produire."
Les défis sont nombreux. Le changement climatique d’abord, qui fragilise les plantations au-delà des seuls cyclones et sécheresses. Les tensions économiques ensuite, avec "une concurrence parfois totalement déloyale". Les normes, jugées toujours plus contraignantes. Les démarches administratives, de plus en plus complexes. "À un moment, les agriculteurs se sentent étouffés", constate Olivier Fontaine. Notre rôle, c’est de proposer des solutions, d’accompagner et de défendre notre agriculture."
À l’horizon 2028, la gestion des aides agricoles doit passer du Département à la Région. Sur ce point, le président de la Chambre d’agriculture se veut pragmatique : "Ce qu’on espère, c’est que ce soit efficace. La priorité, c’est que les aides arrivent directement aux agriculteurs, de manière simplifiée." Car, insiste-t-il, aucune agriculture moderne ne peut se passer de soutien public. "Tous les pays du monde aident leur agriculture, notamment pour garantir la souveraineté alimentaire."
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Justement, La Réunion n’est pas encore autosuffisante. Mais l’objectif reste clair. "On doit se donner les moyens d’y arriver, et il faut qu’on nous donne ces moyens." Le plan de souveraineté alimentaire signé en 2023 avec l’État a posé un cadre. "Je l’ai rappelé à la ministre : les outils et les moyens ne sont pas toujours arrivés avec les annonces."
Les exemples prouvent pourtant que les résultats sont possibles. La production d’oignons est passée de 800 à 1.200 tonnes grâce à un accompagnement ciblé. "Quand on donne les moyens aux agriculteurs, on sait faire. On peut le faire pour toutes les filières. Mais il faut arrêter de nous mettre des bâtons dans les roues."


