Le Réunionnais agressé au cutter à New York témoigne : "J’ai compris qu’il venait de me trancher la gorge"

Gabriel Bascou a vécu l'horreur à l'état pur ce 14 février à Harlem, New York, alors qu’il marchait dans la rue avec sa copine. Ce Réunionnais de 27 ans a failli perdre la vie, ne sachant sur le moment ni comment, ni pourquoi.
Toujours hospitalisé et ne pouvant parler, le jeune homme nous raconte le drame par écrit : "Je suis arrivé le 13 au soir à Harlem directement en taxi depuis l’aéroport. Le lendemain matin nous nous sommes arrêtés dans un restaurant pour déjeuner. En sortant du resto, nous marchions main dans la main. Et au bout de 50 mètres, un homme m’a doublé par la gauche et m’a donné un violent coup au visage. Je n’ai rien vu venir puisqu’il m’a tapé alors qu’il était dans mon angle mort. J’ai cru qu’il m’avait donné un coup de poing. Il s’est retourné, nous a regardés dans les yeux et est parti en courant. J’ai alors senti une énorme quantité de sang couler à l’intérieur de mon manteau. J’ai compris qu’il venait de me trancher la gorge. Par réflexe pour ralentir l’hémorragie, j’ai posé un genou au sol et j’ai comprimé comme j’ai pu ma plaie. De peur de m’évanouir, j’ai indiqué à Manon de demander d’appeler le 911. Je lui ai donné mon groupe sanguin et mes allergies. Les gens autour ne se sont pas approchés directement, ils avaient l’air sous le choc. Les secours sont arrivés en 10 minutes je pense. Un cycliste a appelé les secours et un prêcheur a commencé à prier pour moi".
La gorge tranchée depuis l’oreille gauche jusqu’à l’avant
Gabriel est hospitalisé en urgence dans un état grave. Sa gorge a été tranchée depuis l’oreille gauche jusqu’à l’avant. Heureusement, il s’en sortira. "Aujourd’hui mon état est stable, nous affirme-t-il. Mais je suis loin d’être sorti d’affaire. J’ai une plaie très profonde et très étendue. Le cartilage de ma trachée a été tranché ainsi qu’une partie de la thyroïde et de nombreux nerfs superficiels. J’ai perdu la sensibilité d’une partie de mon visage. J’ai également des troubles de déglutition qui m’empêchent à ce jour de pouvoir manger ou boire depuis mon attaque. C’est épuisant. J’ai également une trachéotomie qui m’empêche de parler". Et ce n’est pas fini. Gabriel a également souffert d’une infection pulmonaire. Il doit donc conserver cette trachéotomie pendant deux semaines supplémentaires, le temps de guérir. Il évoque également les complications administratives auxquelles on ne pense pas nécessairement. "Je suis en contact permanent avec l’ambassade de France, la ville de New York et la mutuelle pour savoir quand est ce que je pourrai être rapatrié".
"J’ai l’immense chance d’être accompagné de ma chérie"
Mais sa force se fait ressentir dans nos échanges, seulement deux jours après les faits. "Malgré tout cela, j’ai l’immense chance d’être accompagné 24 heures sur 24 de ma chérie. Ma mère infirmière et ma grand-mère ont fait le déplacement depuis Montpellier en moins de 24 heures et me sont d’une aide absolue. Ma belle-famille me rejoint également ce jour pour prendre soin de Manon qui est encore trop considérée comme témoin et non pas comme une victime". Il est en effet préoccupé par l’effet de l’incident sur ses proches.
Son sentiment aujourd’hui, malgré son quotidien à l’hôpital, est le soulagement. "L’acte semble être celui d’un déséquilibré qui a agi de manière totalement aléatoire. Je ne l’ai pas vu venir, je n’ai donc pas subi de stress. C’était très soudain. Je suis content qu’il s’en soit pris à moi et non à Manon, dont le gabarit plus petit aurait peut être encaissé le choc différemment. Je suis très soulagé que la police l’ait arrêté au bout de seulement trois jours. Apparemment l’homme, qui a le même âge que moi, n’en n’est pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà commis une violence similaire en 2017. J’espère que cette fois-ci il ne ressortira plus de prison".
Ce sera à la justice américaine d’en décider. Pour ce qui est de Gabriel, difficile pour le moment d'évaluer les séquelles que l'agression laissera. Dans deux semaines, le photographe de 28 ans pourra être rapatrié à Montpellier où il continuera ses soins.


