Le "coupeur" de chien est-il un monstre ? … Ou un pauvre gars "à la ramasse" ?

Pour les faits : l’histoire, en juin 2017, avait défrayé grave la chronique. Notre collègue Prisca avait raconté comment un éleveur de cabris d’Étang-Salé avait assaisonné à coups de sabre un petit Royal-Bourbon qui ne lui avait rien fait, le laissant gravement blessé dans l’herbe. La petite bête avait dû être amputée d’une patte, celle-ci ne tenant plus, c’est le cas de le dire, que par un fil.
"Lu la morde le zépaule mon bouc"
L’auteur, P.L., petit rasta barbu sans profession, éleveur de cabris, se présentait ce matin à la barre du tribunal de Saint-Pierre. Son attitude ne plaide guère en sa faveur : mauvaise volonté (ou incapacité ?) à répondre à la présidente Dinot, tic consistant à triturer sans cesse une barbe très fournie, "pose" nonchalante, tout ça exaspère manifestement. Son CV judiciaire ? Plein de condamnations pour usage de zamal, violences, dégradations, violences avec armes, etc.
Pourtant, au fil des débats, on est bien forcé de se demander si cet irascible petit bonhomme est vraiment conscient de la gravité de ses actes ?
P.L. n’a jamais travaillé. Jusqu’ici, pour vivoter, il élevait des cabris, qu’il emmenait régulièrement en promenade avec un sabre à cannes très affûté, outil, dit-il, pour couper de l’herbe et des acacias pour ses bêtes.
Ce jour du 26 juin 2017, du côté de l’étang du Gol, coin de fourrés et de hautes herbes, il croise la route de P.C., lequel, membre d’une société de protection des animaux, promène les chiens qu’il a chez lui car il est "famille d’accueil" pour clebs abandonnés ou martyrisés.
Ce n’est pas la première fois que les deux troupeaux et leurs deux gardiens se croisent. Mais cette fois, cela va virer à l’aigre. Puis à l’amer carrément.
"Mwin té veux jus’ fé court le bébête"
P.C. laisse musarder, sans laisse, les quelque 5 ou 6 chiens qu’il a avec lui. Alors que les deux compagnies viennent de se croiser, il entend des hurlements de douleur ; il se précipite et trouve un de ses petits copains couché dans les hautes herbes, les pattes avant sérieusement endommagées.
N’écoutant que son bon coeur, il se précipite dans un coupe-gorge… Oups ! Je voulais dire "chez un vétérinaire".
Lequel, lui ayant fait comprendre qu’une des pattes du chien ne pouvait être sauvée, va la lui amputer. Pour le "prix d’ami" de 375 euros. Gasp ! On se demande combien cela aurait coûté pour "un prix d’ennemi" ? Re-oups ! Je veux dire un "prix normal"…
Il faut savoir que la violence des coups de sabre a tranché les muscles et cassé les os d’une des pattes avant de "Charlotte", la petite victime.
Pour sa défense, P.L. prétend qu’il n’a fait "que lancer un galet". Drôlement tranchant, le silex, vulgaire galet bord-de-mer comme dans toute la région.
"Akoz chien-là la porsu toute mon bade zanimo, mon 50 cabris. Lu la minm morde le zépaule mon gros bouc. Mwin té veux pas blesse à lu, mwin, jus’ fé court le bébête. Mwin la envoye le galet, lu la crié et lu la chapé. Le reste mi conné pas".
"Vous êtes violent. - Pas tout le temps !"
Toutes ces explications ne tenant vraiment pas la distance, le prévenu explique qu’il y a beaucoup de chiens errants dangereux dans la forêt d’Étang-Salé, ce qui est vrai. Mais ne justifie en rien les cruautés envers les animaux.
N’ayant pas assisté à la scène, P.C. ne peut que répéter qu’il a entendu les hurlements de douleur de son chien et aperçu P.L. s’éloignant tranquillement, sans doute l’âme en paix. Il l’a juste traité d’enculé (sic !), ce qui dénote un certain courage face à quelqu’un armé d’un rasoir king size.
"L’enquête de proximité vous donne pour un homme violent. Vous avez du mal à vous contrôler Quand vous perdez tout contrôle, vous tapez sur les gens, sur les choses à votre portée".
"Pas tout le temps", réplique seulement l’intéressé.
Les médecins, ayant pris acte de la dangerosité latente de l’accusé, l’ont placé dans une famille d’accueil depuis 2 ans ; il semble que son caractère se soit grandement amélioré depuis. Alors se pose la question : cet homme souffrait-il seulement de trop de solitude ?
Ses antécédents familiaux sont évoqués par le tribunal et P.L. précise :
"Je me suis retrouvé seul, à la rue, quand mon frère m’a flanqué à la porte de la maison familiale en me disant qu’il allait me tuer si je restais là". Ce que personne n’a nié.
La partie civile a retracé les faits sans cacher que les chiens n’étaient pas en laisse. Et évoqué "les maltraitances animales émergentes". Elle voulait certainement parler des milliers de massacres récents d’animaux de ferme par les chiens errants ?
"Ma payé èk koué ?"
Au titre de l’association de protection à laquelle appartient P.C., la partie civile a réclamé 375 euros pour les frais de véto (quand on parlait de coupe-gorge… car cette somme pour une piqûre anesthésiante et un coup de cutter, c’est bien payé !) ; plus 1 euro symbolique pour P.C. et 400 pour l’avocat.
La procureur Simbille a noté que le prévenu semblait en très bonne voie de réinsertion et n’a sollicité qu’une amende de 300 euros.
P.L. se présentait sans avocat. Il a juste dit, répondant à la présidente Dinot :
"Ma paye èk koué?"
Finalement, le tribunal, conscient que le prévenu est totalement démuni ; mais qu’il n’était pas non plus aussi responsable, comme le laisse entendre son état cérébral, lui a imposé une amende de 200 euros seulement et, hélas, l’addition de 375 euros… disons "la douloureuse", jamais si bien nommée, exigée par le véto coupeur. Et 400 pour les frais d’avocat.


