Le braqueur frappe à la porte d’une victime qui le reçoit à coups de sabre

Ce jeudi, le parquet général a requis cinq ans de prison dont deux avec sursis probatoire à l’encontre d’un Tamponnais de 23 ans. En novembre 2024, Mamode A. avait frappé à la porte d’une connaissance en pleine nuit avant de le mettre en joue avec un revolver. La victime avait riposté avec un sabre à cannes.
La scène se déroule en pleine nuit quelque part sur la commune du Tampon, le 15 novembre 2024. Peu avant 1 h du matin, deux silhouettes passent par-dessus le portail d’une maison endormie. Le propriétaire dort paisiblement au fond de son lit, mais pas pour longtemps. Brusquement, il est tiré de son sommeil par du bruit. Manifestement, on tambourine à la porte.
Comme l’homme n’attend personne, il se méfie. Et il a bien raison. Il traverse sa cuisine et ramasse un sabre qui traîne sur la table, au cas où. Il allume la lumière puis ouvre sa porte. Là, stupeur : deux silhouettes sont plantées devant lui. Tout de noir vêtus des pieds à la tête, les deux inconnus portent une cagoule et des gants.
Mis en joue, il riposte avec un sabre
L’un est en possession d’un couteau à cran d’arrêt. L’autre serre la crosse d’un pistolet qu’il braque en un éclair sur la tête du propriétaire en tenue de nuit. Ce dernier riposte immédiatement en portant deux coups de sabre à son agresseur. Tous se retrouvent au sol. Le type au pistolet frappe la victime de toutes ses forces, à coups de crosse et de poing. Puis il s’enfuit avec son complice en sautant par-dessus le portail comme ils étaient entrés.
Il est 1 h du matin quand les gendarmes du Tampon se présentent sur les lieux de l’attaque. À leur arrivée, le propriétaire hurle de douleur. Il a le visage en sang, une plaie à l’œil gauche, des traces d’abrasion. Il souffre aussi d’une luxation et d’une fracture à l’épaule, ainsi que de contusions au thorax et au pied. Bilan : 30 jours d’arrêt de travail.
Un bon samaritain issu d’une riche famille
L’enquête permet de confondre les deux mystérieux agresseurs. Il s’agit d’un jeune couple que la victime connaît bien, pour les avoir accueillis chez lui à plusieurs reprises quand ils étaient à la rue. Le bon samaritain, issu d’une illustre et riche famille réunionnaise, vit de ses rentes en recueillant de temps à autre ceux qui sont dans la panade.
La complice de l’agresseur, une mineure de 17 ans, est la première à être interpellée par les militaires. Cinq jours après l’agression, elle a été trahie par son ex-petit ami à qui elle s’était confiée. En garde à vue, elle avoue sa présence passive sur les lieux. Elle indique que Mamode A. lui avait donné l’ordre de poignarder la victime si ça tournait mal, ce qu’elle n’a pas fait. Elle précise encore qu’il l’avait menacée de représailles si elle le dénonçait.
L’espoir d’une PS5, d’un pied de zamal et d’un coffre-fort
Quant au mobile de l’agression, il était crapuleux. Mamode A., à court d’argent, comptait voler la PS5 de la victime mais aussi le pied de zamal qu’il cultivait. Cerise sur le gâteau, le couple pensait trouver de l’argent sur place. Pas seulement en faisant les poches du propriétaire, mais aussi en dérobant un magot qui aurait été dissimulé dans un coffre-fort. Car la légende voulait, à tort ou à raison, que le rentier possède un paquet de billets derrière une porte blindée.
Les gendarmes vont devoir patienter avant d’interroger Mamode A. Le jeune homme a subitement mis les voiles pour s’installer à Roissy. Contacté, il fait tout de même fissa pour rentrer à La Réunion. Il assure que le pistolet était factice, bien qu’il s’en soit débarrassé dans un gouffre. En garde à vue, il tente d’inverser la vapeur. Il aurait seulement cherché « à faire peur » à la victime « car il avait des vues sur sa copine et parce que son comportement était raciste et qu’il les prenait pour ses esclaves ».
Une victime généreuse et accueillante
Une version que rien ne corrobore par ailleurs. Les témoins brossent le portrait d’une victime généreuse et accueillante. « S’il était tel que vous le dites, vous n’étiez pas obligé de revenir chez lui », rétorque pour sa part l’avocate générale. Mamode A. tentera finalement de plaider la légitime défense en expliquant que la victime l’a agressé à coups de sabre en premier, même s’il l’avait d’abord mis en joue. Des deux coups de sabre qu’il a reçus, l’un porté au corps a été amorti par l’épaisseur de sa tenue et l’autre lui a éraflé la tête sans gravité.
L’avocate générale souligne la gravité des faits pour justifier que le parquet de Saint-Pierre ait fait appel de la condamnation de Mamode A. à deux ans de prison dont un avec sursis probatoire, prononcée en première instance. Le procureur avait, pour sa part, requis cinq ans dont 18 mois avec sursis. Cette fois, la représentante du ministère public réclame cinq ans de prison dont deux avec sursis et mandat de dépôt à l’encontre du prévenu.
« Il n’est pas ancré dans la délinquance »
En défense, Me Gabriel Rodier rappelle que son client « reconnaît les faits et qu’il n’a pas cherché à échapper à ses responsabilités en se mettant en cavale ». Il précise aussi qu’il « a conscience de la gravité de ses actes ». L’avocat porte encore au crédit de Mamode A. le fait qu’il a fait des études et obtenu deux CAP tout en faisant des efforts d’insertion professionnelle. « Il n’a pas perdu contact avec le corps social et il n’est pas ancré dans la délinquance », poursuit-il. Pour lui, le tribunal de première instance, sous la forme d’une comparution immédiate, n’a pas rendu une décision en forme « de peloton d’exécution ». Et il souhaite que la cour d’appel adopte le même état d’esprit « pour lui donner une chance d’éviter l’incarcération ».
À l’issue de la plaidoirie de la défense, le président Jacques Rousseau a laissé entrevoir une petite lueur d’espoir en demandant à Mamode A. s’il était prêt à effectuer un travail d’intérêt général en complément de sa peine principale. Une question à laquelle Me Rodier s’est empressé de répondre par l’affirmative, après que son client interloqué eut cherché ses mots. Délibéré le 9 octobre prochain.


