Harcèlement moral et sexuel et agression sexuelle: L'ex-salariée d'Yves Ethève entendue

Fin 2020, une ancienne cadre du multiplexe Ciné Cambaie portait plainte contre son ancien patron, Yves Ethève, pour harcèlement moral et sexuel et pour agression sexuelle. Cette plainte était déposée devant le Doyen des juges d'instruction, l'affaire ayant déjà été portée devant la justice en 2018. Mais, "parce que les faits n'étaient pas suffisamment caractérisés" à l'issue d'une enquête menée à l'époque par les gendarmes de la Compagnie de St-Paul, le procureur de la République Eric Tufféry avait classée sans suite.
Au moment du dépôt de la deuxième plainte, le conseil de la plaignante décrivait une cliente "démolie et en grande souffrance" et des "faits graves" qui nécessitaient que la justice se penche une nouvelle fois sur ce dossier. Employée par Mauréfilms, l'intéressée a passé sept années aux côtés de son patron. Elle dénonce des méthodes de management douteuses - propos rabaissant, pression, humiliation publique, attitude et demande sexualisée - pratiquées par Yves Ethève au sein de son personnel.
Accès de colère réguliers
Selon ses dires, Marie* n'a pas été la seule victime de ces actes et souhaite faire également entendre la voix de ses ex-collègues à travers la sienne. Le médecin psychiatre l'ayant examinée pendant le déroulement de la première enquête aurait estimé que les allégations de la plaignante "étaient sincères". Marie explique dans ses deux plaintes qu'Yves Ethève lui aurait "mis la main aux fesses", lui aurait "caressé les cheveux " en ajoutant à son geste des remarques à caractère sexuel notamment "au sujet de son décolleté". Par ailleurs, Yves Ethève est décrit dans cette procédure comme un homme ayant "une attitude agressive" envers ses salariés, utilisant souvent "des cris et des insultes" lors d'accès de colère réguliers maniant "les injonctions contradictoires" et faisant régner un climat "tendu et oppressant" au sein de son entreprise.
Un système de défense sévère préconisé
Plusieurs salariés ayant travaillé longtemps chez Mauréfilms ont été entendus au cours de l'enquête préliminaire pilotée en 2018 par le parquet de Saint-Denis. Selon nos informations, ils auraient étayé cette description peu avantageuse en donnant de nombreux exemples. Certains auraient attesté que la plaignante était devenue "la souffre douleur" du patron.
Par peur de représailles ou d'être purement et simplement licencié, aucun n'aurait souhaité à l'époque porter plainte. Entendu à la fin de l'enquête en 2019, Yves Ethève avait reconnu "avoir du caractère" tout en réfutant en bloc les allégations de son ancienne cadre partie, selon lui, "brutalement à la suite d'un refus d'augmentation de salaire". Les témoignages recueillis avaient été jugés sérieux par l'avocat du mis en cause qui préconisait à son client d'adopter "un système de défense sévère".
En janvier 2021, lors de sa réélection à la tête de la Ligue réunionnaise de football , Yves Ethève, au bord des larmes, avait déclaré : "On n'a pas le droit d'insulter et de dénigrer. Ça fait mal parce qu'on ne peut pas répondre. On fait confiance à la justice. On a gagné aujourd’hui, on va gagner devant la justice".
Le journaliste Romain Molina en diffamation
Les scandales concernant Noël Le Graët en janvier dernier ont remis un coup de projecteur sur le patron de la LRF par la voix de Romain Molina sur Youtube. Ni une ni deux, plainte en diffamation était déposée par Yves Ethève contre le journaliste indépendant dont les propos le concernant durent 15 secondes. Le tribunal a relaxé Romain Molina en mars 2024.
Quant à Yves Ethève, il pourrait très prochainement arpenter à son tour la salle des pas perdus de Champ Fleuri, direction le cabinet de la juge d'instruction pour y être entendu.
* Prénom d'emprunt


