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Guerre de la volaille : la Soficoop garde la main sur l'abattoir Evollys

Ecrit par Julien Delarue – le jeudi 3 juillet 2025 à 17H37

Au terme d’une longue bataille judiciaire opposant l’Urcoopa au groupe Duchemann et Grondin, la cour d’appel a rendu un arrêt décisif en confirmant le maintien de la Soficoop aux commandes de l’abattoir de l’Étang-Salé, infirmant une décision précédente du tribunal de commerce de Saint-Denis. Cette décision invalide le transfert prévu par le protocole de 2017 et redonne aux éleveurs coopérateurs la maîtrise d’un outil stratégique.

Dans le bras de fer qui agite la filière avicole réunionnaise, la cour d’appel a tranché. La Soficoop, bras financier du groupe Urcoopa, conserve le contrôle de l’abattoir de l’Étang-Salé, exploitée sous l’enseigne Evollys. Cette décision intervient après une procédure dense, marquée par la contestation d’un protocole d’accord signé en 2017 entre la Soficoop et ADG, société liée au groupe Duchemann et Grondin. Ce texte, qualifié de trop contraignant par l’administrateur judiciaire, Me Langet, prévoyait notamment la rétrocession de l’abattoir à Duchemann et Grondin à hauteur de 50 % des titres pour un prix avoisinant dix millions d’euros.

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« Pour nous, c’est une victoire »

Désormais, ce scénario est caduc : la cour d’appel a infirmé un jugement du tribunal de commerce de Saint-Denis et décidé de l’annulation de la cession. Cela permet à la Soficoop de récupérer l’intégralité des titres de propriété de l’abattoir. Dans les couloirs de l’Urcoopa, l’heure est au soulagement : « Pour nous, c’est une victoire. Cette décision rend aux éleveurs un outil qui leur appartient et met fin à une injustice », commente-t-on.

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Il faut dire que l’avenir de la Soficoop, elle-même en procédure de redressement judiciaire après une année de sauvegarde, se jouait en grande partie sur ce dossier. Dès avril dernier, la société avait alerté sur la menace que faisait peser le protocole de 2017 sur sa continuité d’exploitation. Estimé à près de 73 millions d’euros en 2021 par un cabinet indépendant, l’abattoir Evollys représentait un actif majeur. Sa perte aurait contraint la Soficoop à assumer environ 39 millions d’euros d’abandons de comptes courants, en plus d’un passif global approchant 120 millions d’euros. Une perspective jugée intenable pour une société déjà fragilisée, au risque d’anéantir son plan de continuation, actuellement en cours d’élaboration.

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Sur la gestion des marques, Duchemann et Grondin conforté

Me Langet, administrateur judiciaire de la Soficoop, avait donc demandé la résiliation du protocole au juge-commissaire, arguant de l’atteinte excessive portée à l’intérêt de la procédure collective. S’il avait été débouté dans un premier temps, il avait pris soin de suspendre unilatéralement le protocole, en attendant la décision de la cour d’appel. Celle-ci vient donc confirmer que la Soficoop peut poursuivre son redressement en conservant la pleine maîtrise d’Evollys.

En parallèle, la cour d’appel a également rendu une décision sur la société EDG, issue du même accord de 2017. EDG, détenue majoritairement par le groupe Duchemann et Grondin et chargée de la commercialisation des volailles réunionnaises sous des marques connues comme Ti Gayar, Crête d’Or ou encore Grand Matin, voit son pacte de gestion maintenu. Grant Thornton, mandaté par l’Urcoopa en 2023 pour une revue indépendante, avait pourtant relevé un déséquilibre notable dans la répartition de la valeur ajoutée entre EDG et Evollys Production, au détriment de cette dernière. La redevance payée pour l’usage des fonds de commerce n’aurait pas reflété la véritable valeur des marques, selon les auditeurs. Mais sur ce point, la cour d’appel n’a pas modifié la situation, validant la poursuite du contrat de management confié à EDG.

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La décision d’annuler la promesse de transfert de titres au sein de la holding HEP, qui organisait le basculement de 50 % des parts d’Evollys à Duchemann, reste toutefois la pièce maîtresse de cet arrêt. La Soficoop redevient pleinement propriétaire, et se voit donc en capacité de garantir à l’Urcoopa et à ses adhérents la poursuite d’une activité essentielle à la filière avicole locale.

Reste à finaliser le plan de continuation que la Soficoop entend présenter au tribunal de commerce. Il devrait s’étaler sur dix ans et intégrer près de 18 millions d’euros de dettes à court terme, incluant notamment les PGE (prêt garanti par l'État) et les découverts bancaires. Une restructuration financière suivie de près par le Crédit Agricole, contrôleur de la procédure, puisqu'une réunion s'est tenue à ce sujet en fin de semaine dernière.

Pour autant, l’épisode judiciaire de l’abattoir Evollys n'est pas fini. Le feuilleton judiciaire est susceptible de se poursuivre devant la cour de cassation.

La réaction de l'Urcoopa :

Nous sommes pleinement satisfaits par la décision rendue par Cour d’Appel de Saint -Denis ce mercredi 2 juillet.

Le pacte signé en 2027 organisait le transfert de l’abattoir de l’Etang-Salé en faveur du groupe DUCHEMANN à des conditions outrageusement avantageuses.

En prononçant la résiliation de ce pacte, la Cour a, non seulement, réparé une profonde injustice mais elle a surtout rendu à l’ensemble des éleveurs un outil industriel qui leur appartient.

Nous y voyons surtout la victoire du modèle coopératif qui est un modèle de solidarité et de partage qui profite à tous les adhérents sur le système capitalistique dans lequel les profits bénéficient à quelques-uns

Etiquettes : Evollys | Urcoopa

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