Canne : prix plancher, formule d'achat, aides... la Chambre d'agriculture obtient de l'État une "mission d'expertise"

Comment mieux rémunérer les planteurs ? Faut-il instaurer un prix plancher ? Le système actuel de calcul de la richesse est-il toujours adapté ? Les aides publiques à la filière sont-elles correctement réparties ? La Chambre d'agriculture a annoncé, ce mardi en session plénière, avoir obtenu de l'État le lancement d'une "mission d'expertise", axée notamment sur la question de la répartition de la "valeur" au sein de la filière.
Pilotée par les experts du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), ses conclusions sont attendues d'ici la fin de l'année et appelées à éclairer l'avenir de l'ensemble de la filière canne-sucre ultramarine. Tout particulièrement La Réunion, à l'orée des prochaines négociations de la convention canne, dont la prochaine devra être signée en 2028.
L'annonce du lancement de la mission, validée par le ministère de l'Agriculture, a été faite à l'issue de la session plénière de la Chambre d'agriculture ce mardi, durant laquelle l'institution a adopté un budget rectificatif "de nouveau positif malgré les difficultés", s'est félicité son président, Olivier Fontaine.
Dans une vidéo publiée hier soir sur la page Facebook de la chambre verte, l'agriculteur de Saint-Benoît a partagé une autre bonne nouvelle : la réalisation d'une expertise indépendante sur le fonctionnement de la filière et, en particulier, sur les conditions d'achat de la canne.
"Nous avions demandé par le passé, à travers deux motions, la réalisation d'une expertise sur le prix de la canne, la méthode d'échantillonnage et, plus généralement, sur l'ensemble de la filière. Aujourd'hui, nous avons obtenu gain de cause", s'est félicité Olivier Fontaine.
Une demande portée depuis 2024
La démarche remonte au 2 octobre 2024. La date de l'adoption d'une motion en session plénière à travers laquelle les élus de la Chambre d'agriculture avaient réclamé "de manière urgente" une étude sur les conditions d'achat de la canne aux planteurs, avec notamment une analyse de la formule de calcul et de toutes les phases de mesure de la richesse.
La motion demandait également une refonte des statuts du CTICS afin d'améliorer sa "gouvernance et sa visibilité pour les planteurs", ainsi que l'organisation d'États généraux de la canne et du sucre pour préparer la prochaine convention canne.
À l'époque, la Chambre mettait déjà en avant la baisse structurelle des tonnages, la perte de foncier, les difficultés de main-d'œuvre, mais aussi les problèmes de revenus et de trésorerie rencontrés par les exploitants.
La demande avait ensuite été relancée lors de la session plénière du 24 juillet 2025. Guillaume Sellier, vice-président de la Chambre, avait alors interrogé l'État sur l'avancée de cette étude. Le représentant de la DAAF avait confirmé que le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) avait bien été saisi, tout en indiquant ne pas savoir précisément où en était le dossier.
Près de deux ans après sa première motion, la Chambre d'agriculture peut donc se prévaloir d'avoir obtenu de l'État la mission d'expertise qu'elle réclamait.

Le prix plancher mis à l'étude
La lettre de mission a été adressée le 8 avril 2026 au CGAAER par le cabinet du ministère de l'Agriculture. Signée par Grégoire Halliez, alors directeur de cabinet de la ministre, elle définit un champ d'investigation large mais avec un axe central bien défini. Les experts du ministère ont comme principale feuille de route d'examiner de près la répartition de la valeur au sein de la filière et au-delà "les intérêts et limites du cadre contractuel mobilisé".
Les experts devront notamment "objectiver les indicateurs et modalités de calcul des prix de la canne", avec une attention particulière portée au lien entre le "prix d'achat et le taux de sucre".
Surtout, deux pistes susceptibles de modifier le modèle de rémunération seront explicitement analysées : l'indexation d'une partie du prix d'achat de la canne sur les variations des cours mondiaux du sucre brut et la mise en place d'un prix plancher.
La mission devra également s'intéresser aux spécificités de la filière bio et sa place dans le modèle de la filière, dans un contexte où les conditions de production et de rémunération peuvent différer de celles de la canne conventionnelle.
Pour Olivier Fontaine, l'objectif est de "mieux répartir la richesse de la canne aux planteurs" et de "mieux utiliser les fonds publics".

Les aides à l'industriel (re)passées au crible
Car l'expertise ne portera pas uniquement sur la manière dont la canne est achetée aux planteurs. Les aides et leur répartition au sein de la filière feront également partie des sujets examinés avec comme objectif de déterminer "les évolutions qui permettront de gagner en efficacité dans la redistribution des aides publiques". Cela "au vu des baisses de production et des différents dispositifs existants".
Des aides dont le ministère veut étudier les "marges d'amélioration au niveau des conditions d'attribution" et dont le "niveau de consommation peut varier et donner lieu à la constitution d’une réserve chez certains opérateurs", souligne la lettre de mission.
Le ministère rappelle que la filière canne-sucre bénéficie d'environ 75 millions d'euros par an au titre de trois aides du POSEI et de près de 150 millions d'euros d'aides nationales, hors dispositifs fiscaux.
Les experts devront notamment analyser l'opportunité et les possibilités de reconduire les aides à l'adaptation des entreprises sucrières, mises en place à la fin des quotas. Une aide destinée aux industriels qui avait déjà été placée dans le viseur d'un précédent rapport conjoint de l'Inspection générale des finances, du CGAAER et de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable, publié en 2021.
Ce rapport proposait, pour rappel, de remplacer l'aide annuelle de 38 millions d'euros à l'adaptation des entreprises à la fin des quotas, versée depuis 2017, par un dispositif dégressif sur sept ans, assorti de conditions liées notamment aux cours du sucre et aux investissements de diversification. Une proposition restée ensuite au placard.
Loin d'être un détail : l'aide doit faire l'objet d'une nouvelle notification auprès de la Commission européenne à l'échéance 2028, tout comme l'aide nationale destinée aux planteurs pour compenser les surcoûts de production agricole.

Une mission en pleine contestation du modèle
Le lancement de cette expertise intervient dans un contexte particulièrement tendu à La Réunion. Les premières semaines de la campagne sucrière sont marquées par de faibles taux de richesse et une nouvelle contestation du modèle de rémunération de la canne.
L'UPNA, avec le soutien de la CGPER, appelle notamment les planteurs à se mobiliser ce mercredi matin devant l'usine de Bois-Rouge. Outre les tableaux d'amortissement de la précédente campagne toujours réclamés à Tereos, les deux organisations remettent au premier plan la question d'un revenu minimal garanti aux producteurs.
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Jean-François Sababady, nouveau coprésident du CPCS pour le collège des planteurs, a ainsi prévenu qu'il entendait faire du prix plancher un préalable à la prochaine convention canne. "Le point numéro un de la convention 2028 sera le prix plancher. S'il n'y a pas de prix plancher, il n'y aura pas de convention-cadre 2028-2033", a-t-il déclaré lors du rassemblement organisé mardi à Beaufonds.
Une revendication qui se retrouve donc désormais parmi les scénarios que la mission mandatée par l'État devra expertiser.
"Apporter plus de revenus aux planteurs"
Le calendrier de la mission est serré. Un premier point d'étape doit être présenté rapidement au ministère et les travaux de la mission doivent s'achever avant la fin de l'année. Des premières demandes d'informations ont été lancées par le CGAAER auprès des différents acteurs de la filière.
Avec la convention canne en ligne de mire, la mission devra déterminer si le modèle actuel peut être simplement ajusté ou s'il doit être plus profondément revu. Une réflexion que la Chambre d'agriculture revendique avoir contribué à mettre sur les rails et dont Olivier Fontaine attend qu'elle permette de "faire perdurer la filière et apporter plus de revenus aux planteurs".


