Garance : plus de 160 millions d'euros de pertes agricoles à La Réunion

Le passage du cyclone Garance et la sécheresse qui l’a précédée ont provoqué des dégâts considérables sur l’agriculture réunionnaise. Cultures ravagées, élevages sinistrés, infrastructures détruites : la Chambre d’Agriculture de La Réunion chiffre ces pertes à 160 millions d’euros, un record. Face à l’ampleur du désastre, les agriculteurs attendent des aides urgentes et adaptées.
Le passage du cyclone tropical intense Garance a laissé des traces indélébiles sur l’agriculture réunionnaise. Après une semaine de recensement des dégâts sur le terrain, la Chambre d’Agriculture de La Réunion et le Département ont présenté, ce mercredi 12 mars, un premier bilan des pertes. Le verdict est accablant : l’impact financier de cette catastrophe est estimé à 160 millions d’euros, un niveau jamais atteint selon Olivier Fontaine, président de la Chambre verte. Entre cultures ravagées, élevages sinistrés et infrastructures détruites, toutes les filières sont touchées, mettant en péril la survie de nombreuses exploitations.
Olivier Fontaine ne cache pas son inquiétude. "Aujourd’hui, nous faisons face à un record dramatique. On n’a jamais connu autant de dégâts sur l’île. Il faut remonter au cyclone Jenny de 1962 pour trouver un phénomène comparable. Après Bélal l’année dernière et la sécheresse qui a suivi, Garance vient encore aggraver une situation déjà critique. L’ensemble du secteur agricole est en détresse."
Une catastrophe aux conséquences majeures pour toutes les filières
L’addition est lourde pour les agriculteurs réunionnais. En plus des dégâts causés par le cyclone, la sécheresse qui l’a précédée a également eu un impact significatif. Selon les chiffres communiqués par la Chambre d’agriculture, les pertes sont estimées à 11 millions d’euros pour la sécheresse, un chiffre qui ne prend pas en compte les pertes liées à la canne à sucre et au fourrage.
Le cyclone Garance a, quant à lui, causé 60 millions d’euros de pertes sur l’ensemble du secteur agricole, incluant l’agriculture, l’élevage et l’apiculture. La filière canne à sucre, déjà fragilisée par des conditions climatiques extrêmes ces dernières années, est la plus durement touchée, avec 80 millions d’euros de pertes. En raison des vents violents et des pluies torrentielles, 700.000 tonnes de cannes ont été détruites, soit 50 % de la production annuelle. En plus de cette perte quantitative, la qualité du sucre sera également affectée, ce qui aura des répercussions sur toute la filière.
Les cultures maraîchères et fruitières ont également été ravagées. Les pertes agricoles directes sont évaluées à 47,1 millions d’euros, avec certaines exploitations, notamment en bananes et légumes, totalement détruites. L’élevage est aussi durement frappé avec une estimation de 12,2 millions d’euros de pertes, affectant aussi bien les stocks de fourrage que la production laitière et bovine. L’apiculture, bien que moins visible, subit également une lourde perte financière, chiffrée à 637.875 euros.
Outre les pertes de production, de nombreuses infrastructures agricoles ont été endommagées ou détruites. Les dégâts sur les serres, les bâtiments d’élevage et les équipements sont estimés à 6,7 millions d’euros, compliquant encore davantage la relance des exploitations.
Des indemnisations insuffisantes, la Chambre d’agriculture réclame des évolutions
Face à cette situation dramatique, la Chambre d’agriculture appelle à une mobilisation rapide des dispositifs d’aide pour permettre aux exploitants de redémarrer leur activité. Mais pour Olivier Fontaine, le régime des calamités agricoles actuel est obsolète et inadapté. "Trop peu d’agriculteurs peuvent réellement accéder aux indemnisations, et quand ils y ont droit, les montants sont souvent dérisoires. Aujourd’hui, nous demandons un forfait basé sur les productions mises en place pour garantir un soutien plus équitable et plus efficace aux exploitants", insiste-t-il.
Le gouvernement a annoncé une enveloppe exceptionnelle de 200 millions d’euros pour les territoires ultramarins sinistrés, mais son affectation reste encore floue. "Pour l’instant, nous n’avons aucune information précise sur la part qui sera attribuée à l’agriculture réunionnaise", regrette Olivier Fontaine. Il ajoute : "Il est impératif que l’État clarifie rapidement la répartition de cette aide et assure une prise en charge adaptée à la situation. Nous travaillons en lien avec les services de l’État pour que ces aides soient versées le plus rapidement possible, mais il faut que cela soit fait de manière concrète et efficace."
Un défi colossal pour la reconstruction des infrastructures agricoles
Au-delà de la relance des productions, la reconstruction des infrastructures agricoles représente un défi majeur. De nombreux bâtiments d’exploitation, serres et ateliers de production, ont été détruits ou gravement endommagés. "Il est urgent de reconstruire ces installations, explique Olivier Fontaine. Mais pour l’instant nous manquons de visibilité sur les dispositifs qui seront mobilisés pour y parvenir. Est-ce que ce sera pris en charge par le FEADER ou par d’autres fonds spécifiques ? Nous attendons des précisions de l’État et du Département sur ce point car il est crucial d’apporter des réponses adaptées aux réalités des agriculteurs réunionnais."
Avec un secteur agricole en détresse et des incertitudes sur l’ampleur des aides qui seront mises en place, la situation reste préoccupante. Dans les semaines à venir, la Chambre d’agriculture poursuivra ses actions pour défendre les exploitants "et obtenir des engagements clairs des autorités", conclut Olivier Fontaine.


