Croix Marine : Des élus du CSE ont fait un signalement à la procureure de la République

C'est par un long courrier daté du 13 août dernier que des élus du CSE et des représentants syndicaux de l'association ont alerté la procureure de la République de Saint-Denis. Reprenant la chronologie des faits, depuis la dénonciation d'actes frauduleux par le directeur ayant conduit le préfet Jérôme Filippini à suspendre le 27 mai l'agrément de la Croix Marine, jusqu'aux négociations houleuses avec l'administratrice Michelle Narayanin dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) annoncé mais semble-t-il avorté, le courrier détaillé retrace les derniers mois avant fermeture d'une structure qui, il y a peu encore, avait la responsabilité 1.500 personnes placées sous tutelle ou curatelle.
« Le courrier de signalement a aussi été adressé au préfet, au Défenseur des droits, à l’IGAS, au Ministère de la justice, aux juges, à la Direction du travail et à la médecine du travail. Il dénonce un arrêté discriminant pour les salariés fondé sur des faits inexacts, la violation des droits fondamentaux du CSE, des délits d’entrave et des manquements à l’obligation de sécurité, avec mise en danger du personnel et des usagers, et s’interroge sur les comptes 2023 qui n'ont pas été présentés au CSE », informe une des sept personnes ayant signé le courrier de signalement adressé à la procureure Véronique Denizot.
Concernant les présumés faits délictueux de mars et octobre 2023, des vols d'argent au détriment de personnes placées sous la responsabilité de la Croix Marine, « Ils n'ont pas été dénoncés par la présidente mais par le directeur, par mails adressés à la Deets et au Procureur, dès la commission des faits. Il n’y a eu aucune dissimulation sur ces faits et sur les comptes des majeurs, contrôlés chaque année par le Tribunal », ajoute cette élue du CSE, qui interroge le processus ayant conduit aux nominations successives de deux administrateurs « proches de la présidente ».
Le 26 juillet dernier, l'administratrice provisoire Michelle Narayanin s'est présentée à une réunion du CSE qu'elle préside accompagnée de l'avocate Me Léopoldine Settama, ce qui n'a pas manqué de choquer les élus et représentants syndicaux présents.
« On a le sentiment d'avoir été roulé dans la farine »
« Contrairement à la promesse faite par le préfet le 10 juin, assurant qu’il n’y aurait pas de casse sociale, les 57 salariés n’ont pas été reclassés dans les autres associations par la Deets. Il leur sera très difficile de retrouver un emploi, vu le discrédit dont ils ont fait l’objet. Alors que l’administratrice s’était engagée à mettre en place un PSE, qui est obligatoire dès que plus de 9 licenciements sont envisagés, avec un travail fait par le CSE sur les formations à financer permettant le reclassement des salariés, elle a finalement annoncé que le PSE serait mis en place par le liquidateur », s'offusque cette même source.
Sur la radio Freedom, les appels matinaux de personnes placées sous tutelle ou curatelle et en proie à d'importantes difficultés liées à l'impossibilité de percevoir les sommes d'argent auxquelles elles ont droit, sont récurrents. Désormais presque tous replacés sous la responsabilité d'autres associations qui n'ont pas forcément les moyens humains pour traiter leur dossier, ces majeurs protégés ignorent parfois même qu'ils ne doivent plus s'en remettre à la Croix Marine. Ou à quelle personne habilitée s'adresser pour retirer de l'argent à leur place.
« On est en colère avec la CFDT, on a le sentiment d'avoir été roulé dans la farine », confirme Yannick Galais, secrétaire général Santé-sociaux du syndicat. « Le CSE a voté un PSE, madame Narayanin a signé la lettre de mission. C'est scandaleux ce qui se passe, les salariés vont tout perdre alors qu'il y avait moyen de négocier, notamment pour les plus anciens, qui voulaient partir dignement après plus de 30 ans de carrière. Le comptable avait fait le travail sur la base de la trésorerie, mais il n'y a jamais eu de négociation et la trésorerie est en train de fondre. Les licenciements se feront au minimum légal. »
La CFDT consulterait elle aussi un avocat et envisage de donner des suites éventuelles à ce que le syndicat considère comme un délit d'entrave manifeste. Sollicitée, l'administratrice provisoire de la Croix Marine n'a pas donné suite à notre demande.


