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Comores : Deux jeunes femmes renvoyées en correctionnelle pour acte à caractère sexuel contre nature

Placées sous mandat de dépôt depuis le 8 juin après avoir été dénoncées comme étant lesbiennes, deux jeunes femmes d'une vingtaine d'années vivant en Grande Comore ont appris ce jeudi 5 septembre qu'elles seront jugées en correctionnelle pour « acte à caractère sexuel contre-nature et contraire aux bonnes mœurs ».
Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 6 septembre 2024 à 10H32

Elles sont âgées respectivement de 20 et 24 ans, jouent au foot au club de Ngaya où les garçons aiment venir assister à leurs matches. L'une est commerçante, l'autre étudiante en droit. Le 4 juin dernier, ces deux jeunes comoriennes ont été placées en garde à vue durant quatre jours (le délai légal aux Comores est de 48 heures), puis sous mandat de dépôt sur la base de deux témoignages les accusant de vouloir se marier, en pleine polémique sur l'union d'une Comorienne et d'une Réunionnaise sur l'île voisine de Mayotte.

Leur avocat, Me Kaambi Mze Soilihi, a reçu ce jeudi 5 septembre une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Moroni pour le chef d'accusation d' « acte à caractère sexuel contre-nature et contraire aux bonnes mœurs ». Les deux amies, qui contestent les faits et parlent d'un règlement de compte, encourent de six mois à deux ans de prison.

Si le parquet n'a pas encore fixé la date de l'audience au tribunal, Me Kaambi Mze Soilihi confie garder la conviction que ses deux clientes pourront comparaître libres. Mercredi 4 septembre, l'avocat a déposé une seconde demande de remise en liberté, la première ayant été rejetée par le juge d'instruction après avis défavorable du procureur de la République des Comores.

Ces dernières semaines, la militante féministe Biheri Said Soilihi, fondatrice et présidente de l'association Bora, a pu visiter à deux reprises les deux femmes dans leur centre de détention fraîchement inauguré. Le même centre de détention pour femmes dans lequel a été emprisonnée récemment la Franco-Comorienne Fatima Mze Said.

 

« Le tribunal populaire les a déjà jugées coupables »

 

« Il y a une volonté de faire d'elles un exemple, alors qu'en réalité le dossier est complètement vide. Il y a eu des perquisitions, les téléphones ont été fouillés, ils n'ont rien trouvé. Ce sont deux amies du même village, l'une a été adoptée par la famille de l'autre parce qu'elle est en rupture familiale. C'est la famille qui l'héberge qui paie ses frais de justice, c'est une famille pauvre, musulmane conservatrice », témoigne Biheri Said Soilihi.

La militante féministe, qui s'attache avec son association à « debunker » le cliché d'une société comorienne matriarcale bienveillante avec les femmes, ajoute : « L'accusation d'avoir voulu se marier dans un pays où le droit s'appuie sur la religion musulmane, il n'y avait aucune chance que ce soit vrai. On ne peut pas priver de liberté deux jeunes filles sans défense sur la base de rumeurs. Elles sont trop pauvres pour organiser une fuite, elles ne représentent aucun danger pour la société : il n'y a matériellement aucune raison pour les maintenir enfermées. »

Selon la présidente de Bora, les deux amies accusent le coup psychologiquement et vivent isolées, ne recevant que très peu de visites, en dehors de celles de leur mère, qui n'a pas les moyens financiers de se rendre souvent à Moroni, et de leur avocat. Le manque d'eau potable constitue une difficulté quotidienne qui s'ajoute à la lourdeur de l'enfermement et à la crainte d'une condamnation.

« C'est extrêmement dur, chaque jour qui passe est un cauchemar, elles ont du mal à croire que ça continue. Tous les jours, elles s'attendent à sortir, elles se disent que c'est un malentendu », relate Biheri Said Soilihi. « Même si nous avons réussi à préserver leur anonymat, dans leur village, elles sont connues. Il va y avoir un problème le jour où elles sortiront, car le tribunal populaire les a déjà jugées coupables. C'est un sujet sur lequel nous réfléchissons avec l'association. »

Une cagnotte en ligne a été mise en place pour venir en soutien des « deux Comoriennes victimes de la rumeur ».

 

Biheri Said Soilihi, présidente de l'association Bora.

Etiquettes : Comores | LGBTQIA+

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