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Canne : échantillonnage, richesse, rémunération… la Chambre veut revoir le modèle

Ecrit par P.M. – le vendredi 28 août 2026 à 16H45
La coupe manuelle ne garantit pas, ou plus, de bonnes richesses pour la chambre verte : "Dans les deux cas, on n'a pas de richesse", résume son secrétaire, Emmanuel Taïlamé (à droite).

Si l'objectif de 1,4 million de tonnes est jugé atteignable cette année par la Chambre d'agriculture, les niveaux de richesse inquiètent son président, Olivier Fontaine, sur fond de mécanisation croissante dans la filière. Méthode de calcul, échantillonnage, répartition de la valeur… Pour la chambre verte, c'est le modèle dans son ensemble qui doit évoluer. La mission d'expertise obtenue de l'État et attendue à La Réunion en septembre doit justement apporter des réponses à ces questions.

À première vue, les chiffres sont plutôt encourageants. Au 27 août, 356 718 tonnes de cannes ont été livrées sur l'ensemble de l'île, contre 234 043 tonnes au même stade en 2025. La richesse moyenne s'établit également à 11,94, contre 11,17 l'année dernière.

De quoi voir le verre presque à moitié plein pour le président de la chambre verte, Olivier Fontaine, avec toutefois un gros bémol : celui d'une richesse qui reste faible et ne décolle pas.

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Une richesse qui inquiète

À Bois-Rouge, elle s'établissait à seulement 10,95 lors des deux premières semaines de campagne avant de remonter à 11,61. Au Gol, elle est passée de 12,13 la première semaine à 11,54, avant de remonter à 12,21.

"On est aujourd'hui à 350 000 tonnes de cannes livrées, avec une richesse qui pose beaucoup de sujets. 11,94 de moyenne, c'est très faible", estime Olivier Fontaine. Un sujet de tension sur le terrain et dans les plateformes.

Et les tonnes déjà livrées pèseront sur le résultat final : "Malheureusement, les 350 000 tonnes qui ont été livrées à 11,90, ça va être difficile à rattraper jusqu'à la fin de campagne."

La chambre verte appelle à faire évoluer le statut du CTICS, ses méthodes et son protocole.

Coupe mécanique ou manuelle : "dans les deux cas, on n'a pas de richesse"

Pour la Chambre, ces résultats doivent surtout conduire à s'interroger sur le modèle lui-même.

La mécanisation est régulièrement avancée pour expliquer une partie de la baisse des richesses. Dans l'Est, 69 % des cannes réceptionnées à l'usine de Bois-Rouge sont issues de la mécanisation, chiffre la Chambre d'agriculture.

Mais, face aux faibles niveaux de richesse rencontrées cette année, les cannes récoltées mécaniquement ne sont pas les seules concernées pour l'institution. À ses yeux, la coupe manuelle ne garantit pas, ou plus, de bonnes richesses.

"Dans les deux cas, on n'a pas de richesse", résume son secrétaire, Emmanuel Taïlamé.

Des infrarouges à Maurice, des outils "vieillissants" à La Réunion

Ce dernier pointe notamment le protocole d'échantillonnage. Pour la Chambre, il devient "urgent d'engager une réforme rapide du protocole d'un CTICS aux outils vieillissants". En comparaison, son président évoque le cas de Maurice, qui a recours à la technologie des infrarouges "pour mesurer avec précision le taux de sucre".

"D'autres pays du monde ont changé complètement de méthode d'échantillonnage et de calcul de la richesse, notamment avec de nouvelles technologies, dont l'infrarouge, l'IA, etc. Maurice aujourd'hui n'utilise plus les mêmes méthodes que nous, ou le Brésil n'utilise plus les mêmes méthodes que nous", appelle Olivier Fontaine.

Un protocole et des outils de mesure de la richesse accusés d'être "défavorables aux planteurs dans un contexte où les travaux des États généraux de la canne se poursuivent à moins de 2 ans de la prochaine Convention Canne, en 2028". Olivier Fontaine évoque l'organisation en cours d'ateliers thématiques "sur tous les sujets" évoqués lors des États généraux.

"C'est tout le modèle qui est à revoir"

Pour la Chambre, le débat ne peut donc plus se limiter à opposer coupe mécanique et coupe manuelle, ni même à la seule méthode d'échantillonnage. C'est désormais la manière dont la canne est évaluée et rémunérée qu'elle veut remettre à plat.

Pour Olivier Fontaine, c'est tout le modèle qui est à revoir. Un modèle jugé d'une autre époque, en rappelant que la formule d'achat actuelle remonte au début des années 80.

"Aujourd'hui, cette formule date de 1982. Les conditions étaient différentes. Depuis, la filière a évolué vers plus de mécanisation. Quand en 1982, on finissait une campagne sucrière à 13,80, aujourd'hui on est plutôt à 11,92, voire même pire pour beaucoup d'agriculteurs."

La richesse de référence elle-même mérite, selon lui, d'être interrogée : "En 1982, quand on a mis 13,80 comme richesse de référence, c'est parce que c'était la moyenne de l'île à l'époque." Or, les moyennes observées aujourd'hui sont nettement inférieures.

Pour lui, l'évolution de la mécanisation doit également être intégrée au calcul : "Le sucre est toujours dans la canne. [...] Faisons évoluer aussi la façon de calculer la richesse."

La mission du CGAAER attendue en septembre

Des questions qui seront justement au menu de la mission d'expertise obtenue par la Chambre d'agriculture auprès de l'État. Les experts du CGAAER sont attendus à La Réunion dans la semaine du 20 au 25 septembre.

Pour rappel, leur feuille de route, fixée par le ministère de l'Agriculture, porte notamment sur les méthodes de calcul du prix de la canne, la répartition de la valeur au sein de la filière, les aides publiques ou encore la possibilité d'indexer une partie du prix sur les cours mondiaux du sucre brut.

La question de l'instauration d'un prix plancher figure également sur l'ordre de mission des experts du ministère de l'Agriculture.

Lire aussi : Canne : prix plancher, formule d'achat, aides... la Chambre d'agriculture obtient de l'État une "mission d'expertise"

Les travaux autour des États généraux de la canne et de la mission d'expertise doivent aider à préparer d'ores et déjà la prochaine convention canne pour la Chambre d'agriculture.

La Chambre souhaite également que soit mieux prise en compte la valeur tirée des différents débouchés de la canne. "Aujourd'hui, on est quand même payé seulement sur des bases de sucre brut, alors qu'on valorise beaucoup plus en sucre spécial", souligne le secrétaire de la chambre verte, Emmanuel Taïlamé, qui cite également le rhum et l'énergie.

À l'orée des négociations de la prochaine convention canne, le constat d'Olivier Fontaine est clair : "Il faut créer un nouveau modèle pour la canne."

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