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Quartier-Français : l’ancienne usine va être reconvertie en pôle culturel

Ecrit par P.M. – le dimanche 10 août 2025 à 14H25

La Cinor prévoit de transformer l’ancienne friche industrielle en un vaste pôle culturel et nouveau lieu de vie pour le quartier. Le démarrage des travaux est prévu en septembre 2026. D’ici là, une phase de présentation et de « co-conception » avec les habitants est prévue à partir du mois d’août.

Bien qu’en mauvais état, ce qui reste de la charpente métallique des halles de l’ancienne usine, hautes de plus de 12 mètres, continue d’en imposer, plus de quarante ans après la fermeture du site.

Avec la cheminée, elles sont les vestiges d’une histoire industrielle et sucrière débutée au XIXe siècle et qui a pris fin en 1982 avec la fermeture de l’usine, depuis laissée à l’abandon. Un site emblématique de l’histoire sucrière de La Réunion, mais aussi syndicale, appelé à renaître via un projet de reconversion de grande ampleur mené par la Cinor en collaboration avec la mairie de Sainte-Suzanne et la société Quartier-Français Aménagement.

En mauvais état, les anciennes halles métalliques seront reconstruites à l'identique.

La Cinor prévoit la création d’un pôle culturel “structurant”. Le terrain, propriété de Téréos, est en cours d’acquisition par la communauté d’agglomération. Le démarrage du chantier est annoncé pour septembre 2026, après une phase de dépollution. La livraison est prévue pour mai 2028.

Une histoire débutée au XIX èle siècle

L’histoire industrielle du site remonte au début du XIXe siècle. Une première sucrerie, dite « usine Brun », y est mentionnée dès 1816. Elle sera transformée en usine centrale à partir de 1852, sous l’impulsion de la famille Kervéguen. Plusieurs agrandissements suivront, notamment avec l’édification d’une halle en fer et d’une cheminée monumentale, encore visibles aujourd’hui. L’usine, devenue coopérative au début du XXe siècle, connaît deux grandes phases de modernisation avant sa fermeture. Le site est ensuite laissé à l’abandon et partiellement démoli à partir des années 2010. La cheminée et son terrain sont inscrits à l’inventaire des Monuments historiques depuis 2002.

Sucrerie de Sainte-Suzanne en 1903 (archives la Dépêche coloniale illustrée).

Trois halles et un parc public

Le projet porté par la Cinor prévoit la réhabilitation de l'ensemble pour en faire un équipement culturel de proximité. Trois structures principales composeront le futur site : un parc public traversant, un pavillon des arts sous les halles historiques, et une rue centrale piétonne permettant de relier les différents espaces, notamment la future mairie annexe et centre social qui sera créée à l’entrée du site, dans un ancien entrepôt lui aussi à l’abandon.

Les halles, pour la plupart très endommagées, seront démontées et reconstruites à l’identique. Elles sont jugées à 80 % en mauvais état. L’une accueillera un jardin intérieur ; les deux autres seront dédiées aux activités culturelles : une salle de spectacle de 200 places, des studios de musique et de danse, des ateliers numériques (dont un espace e-sport), une bibliothèque d’instruments, et un rond de moringue. Une place centrale, dénommée « Kour du sucre », doit également être aménagée.

Le projet repose sur une architecture bioclimatique, intégrant ventilation naturelle, ombrages, matériaux biosourcés et plantations endémiques. Une attention particulière sera portée au réemploi des matériaux d’origine (aciers, bétons, gravats) et à la préservation des éléments patrimoniaux, dont la cheminée, qui sera mise en lumière.

La future "Kour du sucre".

Une maison du projet pour associer les habitants

Afin d’informer et d’associer les habitants, une maison du projet ouvrira ses portes le 13 août 2025, dans le local du comité citoyen du quartier. Elle servira de lieu d’échange et de suivi du chantier, mais aussi de support à des ateliers participatifs autour des usages futurs du site et de la conception des espaces extérieurs. Ces derniers seront conçus avec les habitants et les acteurs culturels, en lien avec des artistes locaux. Cette démarche de coconstruction est présentée comme une composante importante du projet.

L'investissement est aussi privé. Quartier-Français Aménagement prévoit en parallèle la création d’espaces de bureaux et de commerces de proximité. Un nouveau sens de circulation liera le tout. 

La "Kour des arts" permettra de recevoir jusqu'à 200 personnes pour des spectacles.

Créer une “nouvelle centralité” dans le quartier

L’opération s’insère dans une stratégie plus large de requalification du secteur de Quartier-Français. À proximité immédiate, le pôle d’échange multimodal doit voir le jour dans le cadre du projet Baobab. Pour la Cinor, il s’agit de créer une "nouvelle centralité" dans un quartier jusque-là très résidentiel, en renforçant l’offre de services et d’équipements publics.

Lire aussi : Cinor : Le projet Baobab veut mettre fin aux bouchons dans le Nord de La Réunion d'ici 2030

Le groupement d’architectes retenu pour ce projet a été sélectionné à l’issue d’un concours de maîtrise d’œuvre réunissant 32 candidatures. Son approche a notamment séduit par l’intégration du parc, la valorisation du patrimoine industriel, et la place accordée à la participation des usagers.

La mairie annexe, futur centre social, sera relocalisée dans un ancien entrepôt situé à l'entrée du site.

Financement et calendrier

Le budget total est estimé à 12,5 millions d’euros. La Cinor en est le maître d’ouvrage. Le projet bénéficie du soutien de la Direction des affaires culturelles de l’océan Indien (DAC OI). Des demandes de cofinancement ont été adressées à la Région Réunion et à l’Union européenne.

Si le calendrier est respecté, les travaux commenceront fin 2026. La phase de dépollution et les études techniques sont en cours. La livraison est prévue pour mi-2028.

Les halles et la cheminée sont les vestiges de l'ancienne usine, fermée en 1982.


Etiquettes : CINOR | Patrimoine | Sainte-Suzanne

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