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Une agricultrice sans revenus depuis Garance : "Je suis face au ciel et à la terre"

Ecrit par Philippe Madubost – le samedi 24 mai 2025 à 11H50

Depuis le passage du cyclone Garance, Marie Lebon, maraîchère à Saint-Benoît, n’a plus aucun revenu. Ses quatre serres ont été détruites et, malgré les promesses d’aides d’urgence, elle n’a toujours rien perçu. Soutenue par l’UPNA, elle lance un appel à l’aide.

Le cyclone Garance n’a duré que quelques heures, mais il a suffi à balayer cinq années de travail et d’investissements. À Saint-Benoît, Marie Nicole Lebon n’a plus rien à récolter et plus aucun revenu depuis le 28 février, date du passage du météore.

Lire aussi : Aides agricoles après Garance : lourdeurs administratives et impatience

Ses quatre serres ne sont plus aujourd’hui que des barres d’acier tordues et des trous béants, sous lesquels ses melons et tomates ont rapidement pourri sous le soleil.

Depuis 2020, l’agricultrice cultive dans les hauts de Saint-Benoît  3.100 m² de serres maraîchères spécialisées, où elle produisait melons, tomates et poivrons. Un investissement de 250.000 euros qui avait jusque-là résisté aux tempêtes, notamment au cyclone Belal. Mais cette fois, avec des rafales à plus de 250 km/h, les structures n’ont pas tenu. Un investissement parti en fumée mais sur lequel il lui reste encore 70.000 euros à rembourser… malgré une production aujourd’hui totalement à l’arrêt.

Le recours aux colis alimentaires

Avec son mari, elle cultive une autre serre anti-cyclonique d’un peu plus de 400 m² à la Plaine-des-Cafres - où la famille vit avec ses deux enfants - mais la culture de tomates, lancée après le passage du cyclone, n’est pas encore arrivée à maturité.

Résultat : aucune rentrée d’argent pour faire vivre la famille de quatre personnes. Une équation impossible. Alors qu’il faut faire face aux charges du quotidien, elle doit dans le même tenter de relancer à minima son exploitation.

Pour se nourrir, la famille a dû recourir aux colis alimentaires et aux épiceries solidaires. Elle a même frappé à la porte de la CAF : "Mais on me proposait au mieux 200 euros, et à condition de présenter tous mes bilans, qui se font en fin d’année…"

"Je suis face au ciel et à la terre, je ne sais plus quoi dire", se désole l’agricultrice. Elle se demande si elle doit continuer son activité. L’idée d’un dépôt de bilan la hante, face à l’accumulation des difficultés.

Plus de 200.000 euros seraient nécessaires pour rebâtir ses serres. "Mais c’est hors de question de reprendre un crédit alors que j’ai encore 70.000 euros à payer." Face à des cyclones de plus en plus violents, "il faudrait une serre anticyclonique, mais elles coûtent beaucoup plus cher."

Et impossible, selon elle, de vivre uniquement de la production de tomates de la Plaine-des-Cafres. D’où l’investissement dans les terres de l’Est. Un cercle vicieux s’est installé : sans argent, impossible de replanter pour espérer un revenu ; et sans abri pour ses cultures, difficile de relancer quoi que ce soit.

L'acier des serres a été tordue par la puissance du vent.

Pour une "caisse de portage"

Elle exprime sa colère face aux annonces de l’État et au système d’indemnisation. Depuis la catastrophe du cyclone Garance, Marie Lebon, comme de nombreux agriculteurs, n’a reçu aucune aide d’urgence. Et pourtant, elle a monté un dossier avec l’appui de la cellule Réagir de la Chambre d’agriculture : "Ils l’ont transmis à la DAAF dès la semaine après la parution de l’arrêté. Mais rien n’a bougé depuis. Sur 2 000 dossiers déposés, seuls 50 ont été payés. Bientôt 250, mais sans savoir si je suis dedans. C’est scandaleux, le système est défaillant. Des gens comme moi n’ont plus rien, et les aides n’arrivent pas. Je suis dépitée et déprimée. Il faudrait tout revoir."

Une aide lui permettrait de payer ses charges (eau, CGSS, assurances, intrants) et de relancer une production minimale.

Marie est soutenue par l'UPNA qui appelle à la création d'une "caisse de portage".

Pour l’UPNA, qui la soutient, le modèle actuel est à bout de souffle. "Depuis Garance, Marie n’a touché aucune aide, aucun soutien, et pas de salaire. Elle ne sait plus quoi faire, ni qui alerter", clame Dominique Clain, son président.

Il appelle à la création d’une "caisse de portage portée par la Région ou le Département pour que, dès qu’un cyclone frappe, il y ait une prise en charge immédiate. Aujourd’hui, les fonds de secours sont trop longs à arriver et trop faibles au niveau des montants. Quatre mois sans toucher aucune aide de l’État et du Département… Comment veut-on relancer une filière comme ça ?"

Un exemple parmi tant d’autres, qui interroge une nouvelle fois sur la pertinence du modèle actuel de secours pour l’agriculture ultramarine.

Les personnes souhaitant apporter une aide à Marie sont invitées à se rapprocher du syndicat.

Etiquettes : Agriculture | Garance

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