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Yves Ethève, patron « alcoolisé » qui met des mains aux fesses et traite ses employées de « salopes »

Yves Ethève est une personnalité à La Réunion. Président de la Ligue Réunionnaise de Football, il est aussi et surtout le patron de la chaîne de cinémas MauRéfilms qui comprend le Multiplexe Ciné Cambaie à Saint-Paul, le Ciné Lacaze Saint-Denis et le Ciné Plaza à Saint-Louis. Au total, il emploie une cinquantaine de personnes. Une de ses employées, que nous appellerons Catherine*, a porté plainte le 22 mai 2018 contre lui pour harcèlement moral et sexuel. La gendarmerie a fait un remarquable travail en entendant plusieurs autres employés. Leurs témoignages sont accablants. On apprend par exemple qu'Yves Ethève est quelqu'un de colérique, qu'il est tout le temps énervé, souvent alcoolisé, et qu'il a déjà posé plusieurs fois les mains sur les fesses de ses collaboratrices...

Ecrit par – le jeudi 10 décembre 2020 à 17H37

Quand Catherine* se présente le 22 mai 2018 à 10h05 à la brigade de gendarmerie de Bois de Nèfles à Saint-Paul, elle est à la veille de quitter définitivement La Réunion. Elle explique à l’officier de police judiciaire qui la reçoit avoir besoin de se « reconstruire » après avoir subi un harcèlement moral de son employeur, Yves Ethève, dès son embauche en juillet 2011.

La liste des reproches est longue comme le bras. Le rapport d’audition fait 6 pages, qui ne sont qu’une longue succession de faits de « dénigrement« , d' »humiliations« , de « remises en cause quasi constantes de mes compétences professionnelles, des cris, des consignes pas claires et contradictoires qui me poussaient à la faute« . Catherine* ajoute « des reproches, des cris au point que parfois, je tremblais et que je ne pouvais plus rien faire. J’en venais à pleurer sur mon lieu de travail« . Et elle conclut ce chapitre en révélant qu’elle « n’avait pas accès à des éléments importants pour mener à bien (son) travail« .

Beaucoup plus grave encore, Catherine* narre au gendarme un incident survenu en décembre 2016 : « J’étais au deuxième étage du cinéma, je sortais du bureau de Mme L. J’étais avec Mme Y. (NDLR : nous avons volontairement anonymisé les noms des protagonistes puisqu’ils n’étaient que témoins et ne sont donc nullement responsables de l’incident). M. Ethève était aussi présent. On s’est dirigé tous les trois vers son bureau (…). D’un coup, M. Ethève m’a mis la main aux fesses devant Mme Y« .

Sous le choc, Catherine* avoue avoir « fait comme si de rien n’était » et n’avoir rien dit. « Je me suis sentie mal et j’ai pleuré au retour chez moi en m’en voulant de ne pas avoir agi sur le coup et de n’avoir rien dit« .

C’était « une main appuyée » qui est « restée longtemps »

Le gendarme cherche à avoir plus de précisions pour vérifier s’il ne s’agit pas d’un simple accident.

« Pouvez-vous me préciser si la main a juste été déposée ou bien s’il s’agissait d’un coup, ou au contraire d’une caresse?« , demande-t-il. Réponse de Catherine* : « Pas un coup. C’était une main appuyée. Elle est restée assez longtemps pour que je puisse bien la sentir et savoir ce qu’il se passait« .

Une fois qu’elle a retrouvé ses esprits, Catherine* en parle avec Mme Y., une des témoins de l’incident. Celle-ci concède que « la limite était franchie » et que « je devais lui en parler« .

Un peu plus tard, elle revient sur l’incident avec elle et prend le soin de l’enregistrer à son insu. Mme Y. confirme avoir vu la main aux fesses et ajoute qu’Yves Ethève lui avait fait une fois une remarque sur « le haut de Catherine* qui mettait bien en valeur sa poitrine« . Elle se souvient également qu’il avait une fois caressé sa queue de cheval en sa présence.

Mme Y, dans l’enregistrement qui a été confié aux gendarmes, s’étonne que « M. Ethève fasse ces gestes amicaux mais, qu’en même temps, il avait une attitude aussi agressive et hostile » envers Catherine*.

Décompression anxio-dépressive et burn out

A la suite de ces faits qu’elle qualifie de harcèlement et aux insultes, Catherine* a été mise en arrêt maladie par son médecin traitant pour « une décompression anxio-dépressive suite à des problèmes professionnels » et « burn out« , arrêt prolongé à plusieurs reprises par un psychiatre pour les mêmes motifs.

Au final, le médecin du travail a émis un certificat d’inaptitude qui a entrainé son licenciement en février 2018.

Impossible de se confier : les cadres de l’entreprise étaient de la famille d’Yves Ethève

Suite à une question du gendarme, Catherine* révèle également qu’il lui était impossible d’évoquer ses problèmes avec les autres cadres de la société. En effet, Mme L. est « l’ex-compagne » d’Yves Ethève et la conseillère juridique et la conseillère générale sont deux de ses filles.

« Je ne pouvais pas leur parler de mes problèmes. Ce sont des choses qu’elles n’auraient pas acceptées dans d’autres circonstances, mais là c’était contre leur père; ca aurait empiré la situation« .

« Moukate« , « salope« , « bâtarde parisienne« , « petite pute« , « putain« …

Suite à cette déposition, les gendarmes ont fait leur travail et entendu plusieurs sept autres employés (ou ex-employés) des cinémas d’Yves Ethève. Leurs témoignages sont accablants pour le président de la Ligue de Football.

Tous confirment, à l’exception de son ex-femme, les humiliations qu’a subies Catherine. L’une par exemple précise qu' »elle était tout le temps dénigrée, moquée devant tout le monde« .

Yves Ethève semble être un adepte des insultes. Une fois, il a traité un de ses employés de « moukate« , une autre de « salope« . et une dernière de « bâtarde » avant d’ajouter devant ses protestations « bâtarde parisienne« , ce qui selon lui semblait être beaucoup plus grave que d’être une simple « bâtarde« .

Une autre fois, il avait demandé à une de ses employées d’écrire un courrier traitant une concurrente de « petite pute« , ce qu’elle avait refusé de faire.

Enfin, pour clore ce registre des insultes, il avait traité une fois une de ses employées de « putain« , l’accusant de coucher avec des fournisseurs.

Bonjour l’ambiance !

Des menaces physiques

Encore plus grave, il a aussi semble-t-il voulu frapper une employée. Il se serait approché d’elle « le poing levé pour la frapper » mais il ne l’aurait finalement pas fait. « Elle avait eu très peur« , selon ce témoin.

Yves Ethève ne se contente pas de menacer physiquement ses employées. L’une d’elle raconte au gendarme qu’il aurait déclaré un jour vouloir « engager des gros bras contre telle » ou telle personne.

Plusieurs autres mains aux fesses

Le même témoin évoquera une autre main portée aux fesses d’une employée de caisse. La victime en aurait parlé à une des filles d’Yves Ethève. Elle aurait « quitté la société tout de suite après et je ne l’ai jamais revue« .

Une autre fois, le témoin raconte avoir elle-même subi le même sort à l’occasion « d’un match de foot à Saint-Pierre, « en 2010 ou 2011« . « Je ne voulais pas en parler car mon mari ne le sait pas. On avait installé des buvettes à l’entrée du stade et on vendait des boissons. M. Ethève était venu alors que je me trouvais avec N. (NDLR : qui était responsable d’une agence d’hôtesses) et il a tapé de sa main au niveau de mes fesses. Je me suis retournée en lui disant ‘ça ne va pas ?’ puis il était reparti. N. a été « surprise et elle m’avait dit ‘non mais je rêve ou il t’a mis la main aux fesses?’ On était surprises et choquées toutes les deux« .

Un patron que ses employés décrivent comme « souvent alcoolisé »

L’explication à ces crises de colère subites serait peut-être à chercher du côté du penchant d’Yves Ethève pour l’alcool.

Une des personnes entendues à la gendarmerie précisera qu’il « était très énervé et agressif parce que alcoolisé« .

Une autre précisera qu’il « était très souvent alcoolisé l’après-midi avec ses déjeuners avec la Ligue de football entre autres. Je lui ai déjà servi son Chivas dans son bar dans son bureau. Il y a aussi du Black Label, j’allais chercher du Perrier pour boire avec, à la Mauricienne. Des fois, il sentait l’alcool, son comportement ne faisait aucun doute« …

La même personne révèlera avoir fait un faux à la demande d’Yves Ethève pour éviter d’avoir à indemniser un concurrent et évoquera également l’existence d’une caisse noire…

Toujours dans le registre de l’alcool, une autre employée raconte s’être vu demander par le médecin du travail si son patron buvait toujours, quand elle lui avait décrit ce qu’elle subissait…

Plainte classée sans suite

Au début de cet article, nous vous révélions que Catherine* avait porté plainte. Que pensez-vous qu’il arriva? Le parquet a classé sa plainte sans suite.

C’est La Fontaine qui écrivait déjà au 17ème siècle : « Selon que vous serez puissant ou misérable Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

 

* prénom d’emprunt

 

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