[Pierrot Dupuy] Saint-Pierre : trois candidats à la succession, et un favori

La dépouille de Michel Fontaine, maire de Saint-Pierre, a à peine été déposée dans le cimetière que déjà les tractations ont commencé pour sa succession. Trois noms émergent, sans que l’on puisse dire pour le moment qui l’emportera.
Les négociations ont en fait commencé dès l’annonce de la disparition du maire de Saint-Pierre. Mais période de deuil oblige, elles étaient très discrètes et feutrées. Elles ont gagné en intensité depuis hier et devraient aller crescendo jusqu’à l’élection du nouveau maire jeudi prochain.
Cette élection offrira une particularité. Pour une fois, ce ne sont pas l’ensemble des électeurs et électrices de la commune qui seront appelés aux urnes. Seuls pourront voter les membres actuels du conseil municipal.
Dans mon article de vendredi soir, je vous avais fait une liste des candidats qui pourraient légitimement briguer la succession de Michel Fontaine. J’en avais dénombré quatre. Honneur aux femmes : la sénatrice Viviane Malet, Béatrice Sigismeau, ainsi que l’ancien député David Lorion et l’actuel premier adjoint qui assure l’intérim du poste de maire, Stéphano Dijoux.
Les deux premières citées n’ont pas souhaité briguer le siège. Restent donc David Lorion et Stéphano Dijoux, chacun présentant ses atouts et ses handicaps.
Trois candidats tiennent la rampe
David Lorion a, à n’en pas douter, la carrure pour occuper le poste. Ancien député, ancien premier adjoint, homme de dossiers, il offrait toutes les qualités. Il n’a qu’un seul défaut : il a déjà perdu deux fois face à Émeline K/Bidi, lors des deux dernières législatives. Nombreux sont les élus et militants qui craignent que ça ne lui donne une image de perdant, un handicap difficile à surmonter à moins d’un an des élections. D’autant que la durée réelle du mandat sera beaucoup plus courte, la campagne électorale démarrant très probablement dès la fin de l’année.
Stéphano Dijoux, qui ne souhaitait dans un premier temps qu’assurer un intérim d’une semaine, semble avoir pris goût au poste et se verrait bien prolonger le mandat jusqu’à mars 2026. Plusieurs de nos interlocuteurs, qui ont une bonne mémoire, se souviennent cependant qu’il était auparavant un ancien communiste, avant d’être débauché par Michel Fontaine et de devenir son homme de confiance.
Et comme souvent, quand aucun candidat ne s’impose naturellement, ça donne des idées à d’autres personnalités qui se verraient bien jouer les hommes providentiels. C’est ainsi que le nom de l’avocat Bernard Von Pine revient de plus en plus souvent dans les conversations entre élus. Candidat malheureux aux élections législatives de juin 2017, il est actuellement conseiller municipal délégué à l'artisanat et aux professions libérales.
Même si son nom est parfois cité comme une alternative en cas de blocage, il ne semble pas, en l’état actuel des négociations, qu’il soit en mesure de faire office d’outsider.
Deux candidats dans la dernière ligne droite
Le duel à Saint-Pierre devrait donc se focaliser entre David Lorion et Stéphano Dijoux.
La messe de cet après-midi a peut-être eu un rôle déterminant. Les élus et les centaines de militants ont tous entendu les appels à l’unité lancés par l’ensemble des orateurs et il semblerait que le message ait été entendu.
Tout le monde est ressorti de l’église avec une ferme volonté de trouver un accord, pour se montrer dignes de la mémoire de Michel Fontaine et avoir une chance de poursuivre son œuvre au-delà de mars 2026.
Les négociations continuent
Rien n’est figé et les heures qui viennent vont se montrer déterminantes, même si Stéphano Dijoux, à l’heure où nous écrivons ces lignes, semble bénéficier d’une légère avance, les proches de Michel Fontaine qui le soutiennent mettant en avant un argument simple : "Demandez-vous pourquoi Michel l'a mis comme premier adjoint. S'il l'a fait, c'est qu'il devait avoir ses raisons et il savait ce qu'il faisait. Si nous voulons lui rester fidèles, nous devons respecter son choix".
Mais répétons-le : vérité de mardi soir n'est peut-être pas vérité de jeudi. Seul le décompte des bulletins glissés dans l'urne pourra nous donner une réponse ferme.
Plusieurs de nos interlocuteurs ont cité en exemple la mairie du Tampon où les deux prétendants, Patrice Thien-Ah-Koon et Jacquet Hoarau, avaient pu trouver un accord équitable : au premier la mairie et au second la CASUD. Avec un binôme somme toute très complémentaire et qui fonctionne depuis parfaitement.
Peut-être s’achemine-t-on vers une solution de ce type avec un partage des fonctions entre maire de la commune d'un côté et président de la CIVIS de l'autre.
Juliana M'Doihoma se verrait bien dans le fauteuil de présidente de la CIVIS
Puisqu’on parle de la CIVIS, restons-y quelques instants pour évoquer là aussi la succession de Michel Fontaine à la tête de cette intercommunalité.
Il se dit que Juliana M’Doihoma, la maire de Saint-Louis, qui assure l’intérim de la présidence en tant que 1ère vice-présidente, se verrait bien continuer à occuper le fauteuil au-delà des élections qui se dérouleront normalement la semaine prochaine.
Preuve en est, elle s’est empressée d’occuper son bureau dès hier, alors même que le maire de Saint-Pierre n’était pas encore enterré, et a immédiatement commencé à donner des ordres au personnel. Mais plusieurs éléments font qu’elle a peu de chances d’y parvenir.
D’abord, elle était une farouche opposante à Michel Fontaine. Elle a essayé à plusieurs reprises de réaliser un putsch en le mettant en minorité afin de prendre sa place.
Pas plus tard qu’il y a quelques semaines encore où elle s’était fortement opposée à lui sur le dossier de la SEMITEL. Des tentatives qui ont à chaque fois piteusement échoué, la maire de Saint-Louis se heurtant à un bloc solide composé des élus de Saint-Pierre, l’Étang-Salé et Petite-Île.
La deuxième raison est purement arithmétique. Ces trois communes comptent une large majorité d’élus : Saint-Pierre est représentée par 34 conseillers (dont certains d’opposition), l’Étang-Salé par 5 et Petite-Île par 4.
En face Saint-Louis ne peut aligner que 21 conseillers.
Eric Ferrère, le maire des Avirons qui a toujours été plutôt favorable à Michel Fontaine, a cependant rejoint Juliana M’Doihoma sur le dossier de la SEMITEL. Il ne peut cependant s’appuyer que sur 4 conseillers. Et Cilaos sur 2.
Autant dire qu’il y a fort à parier que le rêve de Juliana M’Doihoma de s’asseoir dans le fauteuil de Michel Fontaine à la CIVIS ne restera qu’un... rêve.


