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Sécheresse : déjà à sec, le Grand Étang affichait encore 5,30 mètres d'eau il y a un an

Ecrit par P.M. – le vendredi 10 juillet 2026 à 17H53
Photo prise le 2 juillet par M. Christophe Lacaze et publiée sur le site Eau Réunion. A la même période, l'année dernière, 5,30m de profondeur d'eau était mesurée sur le site, précise l'Office de l'eau.

Le plus grand plan d'eau naturel de La Réunion est déjà totalement asséché. Si le Grand Étang connaît régulièrement d'importantes variations de niveau, le voir vide dès le mois de juillet reste un événement rarissime. Pour les habitués du site, c'est seulement la deuxième fois en plus de quarante ans d'observation. Un symbole de plus de la sécheresse historique qui frappe l'île.

Le paysage est toujours rare et saisissant. Malgré les averses tombées ce matin et ces derniers jours, c'est bien un Grand Étang totalement vide qui s'offre, depuis quelques jours, au regard des promeneurs et amoureux du site.

À la place de la vaste étendue d'eau ne subsistent plus que quelques flaques isolées. L'Office de l'eau a d'ailleurs publié cette semaine une photographie aérienne du site, prise le 2 juillet, illustrant l'ampleur de l'assèchement.

Le contraste avec l'an dernier est spectaculaire. À la même période en 2025, les instruments de suivi relevaient encore 5,30 mètres de profondeur d'eau.

Malgré des averses aujourd'hui et hier le Grand Etang est à sec beaucoup plus tôt que prévu.
Le Grand Etang vu du même endroit quand il est en eau... (archives).

Un phénomène connu... mais rarement aussi tôt

Le Grand Étang n'est pas un plan d'eau comme les autres. Alimenté uniquement par les pluies et les eaux de ruissellement, il est naturellement soumis à de fortes variations de niveau. Les inventaires réalisés pour la DEAL comme le Parc national ont rappelé que son niveau peut gagner plusieurs mètres en quelques heures lors d'épisodes cycloniques... mais aussi disparaître totalement lors des périodes sèches.

Son assèchement n'a donc rien d'inédit. En revanche, sa précocité, oui.

"Moi, en quarante-six ans, c'est seulement la deuxième fois que je le vois complètement sec au mois de juillet", témoigne Rico Nourry, le propriétaire bien connu de la ferme équestre voisine et l'un des meilleurs connaisseurs et défenseurs du site.

Lire aussi : Eau : avec 45 % de pluie en moins, La Réunion aborde la saison sèche avec des réserves insuffisantes

Habituellement, le phénomène intervient plutôt en fin d'année, entre septembre et novembre, lorsque la saison sèche est bien installée.

Dans des articles de 2020, on trouvait d'ailleurs déjà précoce le phénomène alors que ce dernier avait eu lieu en… octobre.

En fouillant dans ses archives, Rico Nourry a retrouvé la trace d'un précédent épisode comparable remontant au 9 juillet 2014.

D'après Rico Nourry, grand connaisseur du site, c'est seulement la deuxième fois en plus de 40 ans que le plan d'eau est à sec en juillet (archives).

Une saison des pluies historiquement déficitaire

Une illustration de plus de la situation hydrique historique que connaît l'île.

Météo-France souligne également que les pluies de 2025-2026 ont été inférieures de 45 % aux normales 1991-2020, ce qui en fait la deuxième saison des pluies la plus sèche en cinquante ans de mesures. L'organisme explique ce déficit notamment par l'absence de systèmes tropicaux actifs à proximité de La Réunion, les épisodes pluvieux ayant été moins nombreux et moins réguliers.

Lire aussi : Comité Sécheresse du 8 juillet 2026 : la situation se dégrade sur l’ensemble de La Réunion. Préserver l’eau devient une responsabilité collective.

Les six premiers mois de l'année affichent plus de 50 % de déficit pluviométrique, avec des manques particulièrement marqués dans l'Est, notamment à Saint-Benoît, Bras-Panon, Salazie ou encore La Plaine-des-Palmistes.

L'Office de l'eau constate une situation globalement déficitaire pour les nappes et les cours d'eau. Plusieurs rivières de l'Est, comme les Marsouins, les Roches, Bras-Noir ou la rivière Saint-Jean, ont enregistré leur mois de juin le plus sec depuis le début des mesures hydrologiques.

Une sécheresse qui s'installe de plus en plus tôt

Pour Rico Nourry, cette évolution est visible depuis plusieurs décennies.

Le professionnel est directement concerné. Pour continuer à alimenter ses chevaux, il a dû réaliser des travaux afin de mieux capter une source située sur son exploitation.

"Je n'avais jamais eu besoin de faire ça auparavant. Aujourd'hui, il faut récupérer toute l'eau possible."

Selon lui, le changement climatique s'ajoute à une pression croissante sur la ressource. "Il y a vingt ou vingt-cinq ans, il y avait moins d'habitants et beaucoup moins de consommation d'eau. Aujourd'hui, on est près d'un million sur l'île, les usages ont changé, tout cela joue aussi."

Un appel à l'adaptation à ce changement climatique.

Source VigieEau.

La faune aquatique sous pression

L'assèchement du Grand Étang n'est pas sans conséquences pour la petite faune aquatique.

Rico Nourry observe déjà des mortalités chez certains petits poissons.

"Cette année, il ne reste même plus la boue où les œufs pouvaient survivre. Avec trois mois de sécheresse, ils risquent de ne pas éclore."

Les spécialistes se veulent toutefois rassurants sur le long terme. Lors d'un précédent épisode, l'ingénieur écologue Bernard Anamparela expliquait que les espèces présentes dans le Grand Étang possèdent une forte capacité de résilience. Les œufs peuvent rester enfouis dans la vase pendant de longues périodes avant d'éclore lorsque les pluies reviennent.

Si la pluie est annoncée dans les prochains jours, il faudra du temps pour que le Grand Étang retrouve son niveau d'eau habituel alors que nous ne sommes qu'à la moitié de l'année…

Etiquettes : GU | Saint-Benoît | Sécheresse

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