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Un félin aux 235.000 abonnés : l'histoire très sérieuse derrière les pronostics du chat du Premier ministre belge à la Coupe du monde 2026

Ecrit par Mehdi Bednarek – le vendredi 10 juillet 2026 à 13H58
Capture d'écran X.

En pleine Coupe du monde, Maximus, le chat de refuge recueilli par le Premier ministre belge Bart De Wever, livre ses pronostics à 235.000 abonnés. Derrière le gag se cache une mécanique de communication parfaitement huilée, celle d’un porte-parole à quatre pattes qui dit tout haut ce que le pouvoir ne peut pas assumer lui-même.

Avant le quart de finale entre la Belgique et l’Espagne, vendredi 10 juillet, les supporters belges ne guettent pas seulement la cote des bookmakers. Ils attendent aussi le verdict de Maximus.

Depuis le coup d’envoi du Mondial nord-américain, le chat gris du Premier ministre Bart De Wever publie ses “prédictions” match après match, rebaptisé pour l’occasion « Maximus Octopus », clin d’œil assumé à Paul le poulpe. Le rituel est immuable : trois coupelles de croquettes présentées au félin, puis on attend qu’il désigne son favori.

Dans le sillage de Paul le poulpe

Un oracle animal en 2026 n’a plus rien d’inédit. Depuis Paul le poulpe et sa série de prédictions quasi parfaites lors du Mondial 2010, chaque tournoi a produit son devin à poils, à plumes ou à nageoires : le cochon d’Inde Kevin en 2014, le chat sourd Achille en 2018, le faucon équatorien Neyar en 2022. Tous partageaient un point commun : ils ne servaient personne.

Maximus, lui, travaille pour quelqu’un.

Car le pensionnaire du 16 rue de la Loi n’est pas un animal de compagnie ordinaire. Recueilli dans un refuge à l’été 2025 par le dirigeant nationaliste flamand, ce Scottish Fold au nom faussement latin a vu son compte Instagram s’envoler en quelques mois.

À 235.000 abonnés, il talonne désormais son maître et constitue le deuxième compte politique le plus suivi de Belgique. Porteur du virus de l’immunodéficience féline, condamné à vivre à l’intérieur, il règne sur les couloirs du pouvoir bruxellois.

Un porte-parole que l’on ne peut pas contredire

C’est ici que la comparaison sportive s’arrête et que commence la vraie partie. Comme l’analyse France Info, ces pronostics ne sont que la vitrine sympathique d’une stratégie de communication parfaitement rodée.

Le reste de l’année, Maximus commente l’actualité belge en bulles de bande dessinée, en néerlandais, et avec humour : la valse budgétaire sans fin de la coalition, les grèves contre l’austérité, le nouveau service militaire volontaire.

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Un jour de mobilisation nationale contre les coupes, le chat lâche un « encore une grève » excédé. Un dimanche de négociations, il soupire de voir « ces gêneurs » de ministres débarquer jusque chez lui. Le procédé est plus subtil qu’un simple exercice d’attendrissement. En prêtant sa voix au chat, De Wever se dote d’un porte-parole que personne ne peut vraiment prendre en défaut.

Là où une déclaration officielle l’exposerait à la polémique, la bulle du félin autorise l’ironie, le second degré, le tacle discret à l’opposition. Quand un projet d’attentat au drone contre le Premier ministre est déjoué, à l’automne, c’est encore le chat qui répond, par un jeu de mots : non, il ne sait pas attraper les drones, mais il attrape les rêves. La menace la plus grave se dissout dans un gag. C’est de la ventriloquie politique : le maître pense, le chat parle, et la responsabilité se dilue quelque part entre les deux.

Deux façons d’être un chat de pouvoir

On a beaucoup rapproché Maximus de Larry, l’illustre félin de Downing Street, à Londres. Le rapprochement flatte, mais il trompe. Larry réside au 10 depuis 2011, a survécu à six Premiers ministres et cumule près de 900.000 abonnés sur X : c’est une institution, officiellement apolitique, dont le compte n’est pas piloté par les équipes du gouvernement.

Maximus, lui, est un instrument. Ses publications sont rédigées par l’assistante personnelle du Premier ministre, qui les relaie ensuite dès qu’il veut adopter un ton plus léger. Larry incarne la permanence de l’État par-delà les majorités ; Maximus, lui, est né avec un mandat et sert une ligne. Le premier est un chat de la nation. Le second est un chat de camp.

La rigueur, en plus mignon

Reste le paradoxe le plus savoureux. Bart De Wever, premier nationaliste flamand à diriger la Belgique, architecte d’un budget de rigueur qui lui vaut grèves et manifestations à répétition, a choisi le vecteur le plus doux qui soit pour faire passer sa politique : une boule de poils tirée d’un refuge.

Le politologue bruxellois Dave Sinardet y voit une "opération de communication redoutablement efficace". Elle réchauffe l’image d’un homme perçu comme brillant mais froid, et distille en creux un message subliminal : celui d’un De Wever bosseur, penché sur ses dossiers un samedi soir, son chat à ses côtés.

Elle piège même ses adversaires : ceux qui s’agacent d’un chat passent pour des rabat-joie. Le socialiste qui a résumé une vidéo du Premier ministre jouant de la cornemuse avec la queue de Maximus par un cinglant « du bruit et du vent » n’a récolté que des moqueries. 

Et la Coupe du monde, dans tout ça ?

Elle fait office de phase de recrutement. À chaque pronostic viral, le compte gagne des abonnés qui, le tournoi terminé, resteront exposés aux bulles budgétaires. La popularité de Maximus a d’ailleurs franchi les frontières : le nouveau Premier ministre hongrois Péter Magyar l’a caressé lors d’une rencontre et a partagé la scène, offrant au chat flamand une audience internationale.

Reste à savoir si l’oracle tiendra la distance. Le cabinet de De Wever a prévenu, non sans malice : si Maximus se révèle un vrai devin, il reste ouvert aux offres lucratives des médias sportifs. Sinon, il retournera à son vrai poste, celui de conseiller en communication.

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