Voie urbaine du Tampon : "Les travaux démarrent avant la fin de l’enquête publique", dénonce un collectif

Le collectif opposé à la nouvelle voie urbaine du Tampon déplore que les engins de chantier soient déjà entrés en action sur le tracé du projet, alors que l’enquête publique et la procédure de déclaration d’utilité publique (DUP) ne sont pas encore terminées.
Nouvelle Voie urbaine du Tampon aujourd'hui projet de Rocade hier, l'axe routier de 5 km, partant du rond-point des Azalées à la RN3 du 14ᵉ km, en passant par la RD3 du secteur de Trois-Mares, ne passe toujours pas pour les propriétaires et les riverains concernés par le tracé du projet.
Ce chantier, estimé à plus de 55 millions d’euros, est porté par la CASUD en maîtrise d’ouvrage opérationnelle et par la commune du Tampon en maîtrise foncière. Son financement repose sur la CASUD, la mairie du Tampon, le Département et la Région Réunion, avec une participation du FEDER attendue.
Des riverains inquiets
"Il y aura un rond-point dans ma cour", témoigne Marie-Jeanne Fumar, propriétaire d’une maison sur une parcelle de 227 m² dont 119 m² sont impactés.
"Si on énumère toutes les situations auxquelles les gens vont être confrontés, j’espère que les tractopelles vont s’arrêter", déplore, à ses côtés, Émilie Ah Hot, initiatrice du collectif et déjà mobilisée contre la première version du projet en 1998.
Alors que des courriers déposés par huissiers ont déjà été envoyés aux propriétaires en juillet dernier et que la procédure d'enquête publique et la déclaration d'utilité publique se termine ce mercredi 27 août (inclus), le défrichage sur une partie du tracé a été autorisé et a commencé. Pelleteuses, tractopelles et broyeuses sont entrées en action à l'assaut de la végétation.
Pour Émilie Ah Hot, “tout se passe dans le fou”. Le collectif déplore le manque de communication des porteurs de projet. Installée dans la première section du tracé, Émilie Ah Hot devrait perdre 138 m² dont 44 seraient indemnisés, assure-t-elle, ne pas avoir reçu davantage d'explications sur les conditions et les critères d'indemnisation. “Et je ne suis qu'un exemple parmi d'autres”. 93 propriétaires seraient potentiellement concernées par le projet, indique le collectif.
Des critiques sur le fond
Au-delà des indemnisations et risques d’expropriation, le collectif conteste la pertinence même de la voie urbaine. Ses membres pointent les nuisances sonores, la pollution et une dégradation du cadre de vie.
Ils doutent aussi de l’efficacité annoncée en termes de fluidité routière et de mobilité durable. "Les voies réservées aux modes doux ne sont prévues que sur une partie du tracé : 2,2 km pour le TCSP et 3 km pour la voie verte. Cette discontinuité va justement créer des embouteillages", estime Jacques Aulet, du collectif.
Les avis réservés des autorités
Le collectif s’appuie sur plusieurs avis officiels. L’ARS a rendu le 30 janvier dernier un avis sanitaire réservé, assorti de recommandations pour protéger les populations riveraines exposées aux nuisances sonores et à la pollution de l’air.
La Mission régionale d’autorité environnementale, dans son avis du 5 juin 2025, a listé de nombreux enjeux, notamment l’efficacité des ouvrages de franchissement hydraulique, la stabilité des quantités importantes de remblais de la nouvelle chaussée, l'efficience du comblement en partie de la ravine du Bras de Douane et la protection de la biodiversité.
Des études géotechniques et des relevés topographiques
Contactée, la CASUD n’a pas souhaité faire de déclarations avant la clôture de l’enquête publique "pour ne pas en influencer son déroulé". La DEAL a ainsi autorisé "le débroussaillage sur toute la partie du projet mais nous n'intervenons que sur certaines parties", précise Pasquin Paradis, responsable du pôle aménagement à la SPL Maraïna, mandataire pour la mise en œuvre de l’opération. Un débroussaillage afin de "libérer de l'emprise et permettre des études géotechniques et des relevés topographiques". Quant à la présence d'espèces protégées, la SPL assure être assistée dans ces travaux par un écologue.
En fonction de l'enquête publique, les travaux de la vie urbaine du Tampon pourraient commencer en cette fin d'année et être livrés dans un peu plus d'un an.


