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Soficoop : la direction dénonce le plan Terracoop et redoute un « démantèlement » du groupe

Ecrit par J.D. – le mercredi 4 mars 2026 à 18H56
(La direction de Soficoop lors d'une audience du tribunal de commerce / photo d'archives)

Après le dépôt d’un plan alternatif de redressement par Terracoop, la direction de Soficoop sort du silence. Elle critique un projet qui, selon elle, fragiliserait l’équilibre économique du groupe et pourrait conduire à la disparition d’Urcoopa, pilier historique de la filière agricole réunionnaise.

Le dépôt d’un plan de redressement concurrent par Terracoop dans la procédure collective de Soficoop ravive les tensions au sein de la filière agricole réunionnaise. Au cœur du projet : un rapprochement avec les opérateurs privés Duchemann et Grondin. Pour la direction de Soficoop, ce plan alternatif marque une rupture dans l’équilibre historique de la filière. Elle y voit la tentative de prise de contrôle d’un outil stratégique et alerte sur le risque d’une intégration verticale de toute la chaîne avicole, de l’alimentation animale jusqu’à l’abattage.

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Permise par le droit des entreprises en difficulté, la démarche consiste pour un actionnaire ou un créancier à proposer un projet alternatif à celui du débiteur. Mais du côté de la direction de Soficoop, l’initiative est accueillie avec une vive réserve.

« Nous avons été stupéfaits d’apprendre au dernier moment le dépôt de ce plan », confie-t-on en interne. Terracoop, coopérative historiquement liée à l’Urcoopa et membre fondateur du groupe depuis plus de quarante ans, avait pourtant participé aux discussions engagées ces derniers mois autour de la restructuration financière.

Selon la direction, un accord avait même été recherché avec le groupe Duchemann pour sortir par le haut de la crise. Des réunions de travail se sont succédé en février. « Lors de la réunion du 17 février, Terracoop s’était dite prête à signer l’accord. Elle a demandé quelques jours supplémentaires. Et entre-temps, un plan concurrent a été déposé », explique la direction du groupe.

Lire aussi : Urcoopa : un plan concurrent s’invite dans la procédure de redressement de la Soficoop

Un projet jugé « très capitalistique »

Le plan porté par Terracoop prévoit notamment la reprise de Soficoop via une augmentation de capital d’environ 14 millions d’euros complétée par un emprunt obligataire de 10 millions d’euros souscrit par un investisseur tiers. L’opération permettrait de recapitaliser la société et de restructurer sa dette.

La direction conteste la logique industrielle et financière. « Aujourd’hui Soficoop est une structure très endettée. Le plan Terracoop propose de reprendre l’ensemble à l’euro symbolique et d’ajouter de nouvelles charges financières avec un emprunt obligataire. »

La crainte d’un groupe « cassé en deux »

Le principal point de friction concerne l’organisation industrielle du groupe. Selon la direction de Soficoop, le projet impliquerait une séparation entre certaines activités, notamment autour de Proval, acteur clé de l’alimentation animale.

« Si l’on retire Proval de l’ensemble, Urcoopa perdrait une part majeure de son chiffre d’affaires, qui passerait d’environ 115 millions à 65 millions d’euros. Avec une telle chute d’activité, la structure de coûts ne tiendrait plus », estime la direction. Le scénario pourrait entraîner la suppression d’une quarantaine d’emplois sur les 82 que compte aujourd’hui le groupe.

Au-delà de l’impact social, Soficoop redoute une recomposition profonde de la filière. « Ce plan revient à casser le groupe en deux et pourrait conduire à la disparition pure et simple d’Urcoopa. »

Un outil stratégique au cœur des tensions

Pour la direction, l’enjeu dépasse largement la seule procédure judiciaire. Selon elle, le projet porté par Terracoop avec Duchemann et Grondin pourrait conduire à une prise de position dominante sur l’ensemble de la filière avicole réunionnaise. « Si un même ensemble contrôle à la fois l’alimentation animale, le couvoir, l’abattage et la valorisation des sous-produits, on se retrouve dans une logique d’intégration verticale totale », estime la direction. Une configuration qui, selon elle, poserait la question de l’équilibre de la concurrence au sein de la filière.

Le plan Terracoop est désormais entre les mains des créanciers et des juridictions. L’administrateur judiciaire l’a transmis pour examen dans le cadre de la procédure, au même titre que le projet défendu par la direction actuelle.

Décisions attendues dans les prochaines semaines

Plusieurs échéances judiciaires doivent encore intervenir avant toute décision. Une audience de la cour d’appel est attendue d’ici la fin du mois et une réunion avec les banques créancières, qui jouent un rôle clé dans le processus, est prévue le 27 mars.

Dans ce contexte, la direction estime qu’aucune décision définitive n’interviendra avant plusieurs semaines. « Nous sommes dans une procédure longue. Il y a des dimensions juridiques, financières mais aussi sociales. Ce sont ces trois éléments que le tribunal devra apprécier. »

Une chose est certaine : la bataille autour de l’avenir de Soficoop ne fait que continuer.

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