Urcoopa : un plan concurrent s’invite dans la procédure de redressement de la Soficoop

Alors que le plan de redressement de la Soficoop (structure financière du groupe Urcoopa) reste suspendu à plusieurs décisions judiciaires, un projet alternatif porté par Terracoop associé au groupe Duchemann-Grondin vient rebattre les cartes. Les représentants du personnel du groupe Urcoopa se mobilisent pour défendre la solution initiale.
Le dossier Soficoop prend une nouvelle tournure. Un plan concurrent a été examiné lors d’un conseil d’administration de l’Urcoopa. Il est porté par Terracoop, actionnaire fondateur, associé au groupe Duchemann et Grondin, actuellement en conflit larvé avec la holding financière.
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Rappel du plan porté par la Soficoop
Fin septembre, la Soficoop avait présenté un projet de plan de continuation qualifié de « robuste » par sa direction. Il reposait sur plusieurs leviers financiers : un accord bancaire de 15 millions d’euros ; une augmentation de capital d’environ 30 millions d’euros pour absorber notamment les prêts garantis par l’État ; une contribution financière de la Coopérative des Producteurs de Porcs de la Réunion (CPPR) et de la Sicalait afin de participer au remboursement d’une dette intragroupe estimée à 17,2 millions d’euros.
Pour rappel, le passif global de la Soficoop s’élève à 115 millions d’euros, dont près de 53 millions en dettes internes au groupe. L’architecture du plan vise à maintenir la holding à 100 % dans le giron de l’Urcoopa.
Mais ce plan est aujourd’hui contesté. Une audience est prévue devant la cour d'appel et le juge commissaire doit rendre une décision concernant une requête déposée par la Soficoop. De quoi largement retarder - une nouvelle fois - l'examen du plan de redressement initial de la Soficoop, auquel s'ajoute aujourd'hui celui de la Terracoop associée à Duchemann et Grondin.
Un plan alternatif rendu possible par la procédure
La spécificité du dossier tient à l’application du mécanisme des « classes de parties affectées ». Ce dispositif regroupe créanciers et actionnaires par catégories économiques — banques, créanciers ordinaires, détenteurs de capital — chacune appelée à voter le plan.
Dans ce cadre, une partie concernée peut proposer un plan alternatif. C’est ce qu’a fait Terracoop, en s’alliant au groupe Duchemann et Grondin. Selon une source proche du dossier, ce projet « tiendrait techniquement la route » et s’inscrirait dans un esprit coopératif. À l’inverse, le plan Urcoopa serait davantage structuré autour d’une logique capitalistique et bancaire, comme la direction nous l'avait précédemment mentionné.
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Que prévoit ce plan ?
De son côté, Terracoop défend un « plan ambitieux et pacificateur » pour la Soficoop et l’ensemble de la filière agricole réunionnaise, indique-t-elle dans un communiqué. La coopérative, qui affirme représenter près de 80 % des exploitants de l’île, propose notamment de rendre la société Proval autonome afin de réintroduire une concurrence sur le marché de l’alimentation animale, aujourd’hui concentré au sein du groupe. Son projet prévoit un engagement financier global de plus de 100 millions d’euros, dont un apport immédiat en fonds propres, ainsi qu’un plan d’investissement annoncé de 175 millions d’euros sur dix ans. Terracoop met également en avant un accord conclu avec le groupe Duchemann et Grondin visant à éteindre les contentieux en cours et à abandonner des créances litigieuses, tout en garantissant le maintien de l’ensemble des emplois.
Une sortie du bois qui n'étonne pas vraiment. Les relations entre Terracoop et la Soficoop ne se sont pas tendues du jour au lendemain. En juin 2025, Terracoop avait déjà engagé une procédure en référé pour obtenir la communication de documents dans le cadre du suivi de la situation financière. La démarche s’était finalement soldée par un retrait de la demande, mais elle témoignait déjà d’un climat de défiance entre les deux structures.
Ce précédent montre que la confrontation actuelle autour du plan de redressement s’inscrit dans une séquence plus ancienne, marquée par des tensions juridiques et stratégiques.
Mobilisation des représentants du personnel
La Soficoop ne compte pas de salariés en propre. Ce sont donc les CSE des filiales et de l’Urcoopa qui ont pris la parole. Mardi, les représentants du personnel ont organisé un débrayage à l’occasion d’un conseil d’administration qui devait examiner le plan concurrent.
Dans leur communiqué, ils affirment vouloir défendre« l’intérêt collectif » et l’« esprit coopératif » du groupe, qu’ils présentent comme un pilier historique de l’économie réunionnaise. L’intersyndicale insiste sur la préservation des emplois et sur la stabilité du modèle coopératif construit depuis plus de quarante ans.
Au-delà du soutien affiché au plan porté par l’Urcoopa, les représentants du personnel cherchent aussi à peser dans la séquence en cours. Car si la Soficoop n’emploie pas directement de salariés, les décisions prises pour la holding auront des répercussions potentielles sur l’ensemble des filiales. La mobilisation vise donc à envoyer un signal aux administrateurs, mais aussi aux créanciers appelés à voter dans le cadre des classes affectées.
Un calendrier encore incertain
Placée en procédure collective depuis le mois d'avril 2024, la Soficoop évolue désormais hors délai dans une procédure classique (18 mois de période). Signe de l'enjeu important autour de cette structure, mais aussi du modèle coopératif réunionnais. À court terme, peu de décisions définitives sont attendues avant la fin mars. Le dossier, désormais à double lecture — judiciaire et stratégique — se joue autant dans les audiences que dans les discussions entre créanciers et actionnaires.
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