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CHU de La Réunion : pourquoi le redressement financier semble enfin crédible

Ecrit par S.I. – le mercredi 24 juin 2026 à 10H40
Photo : Alexandre Robert

Le CHU de La Réunion a-t-il enfin trouvé la recette pour sortir durablement de la spirale des déficits ? Les résultats financiers présentés ce mardi 23 juin invitent en tout cas à l'optimisme. En un an, le déficit est passé de 69,1 à 40,3 millions d'euros, soit une baisse de 42 %. Surtout, plusieurs indicateurs évoluent désormais dans la même direction, laissant entrevoir un retour à l'équilibre en 2028.

Jusqu'ici, les plans de redressement successifs du CHU de La Réunion peinaient à produire des effets durables. Cette fois, la situation paraît différente. La capacité d'autofinancement redevient positive, les recettes progressent grâce à une activité soutenue, les dépenses sont maîtrisées malgré un contexte inflationniste, tandis que les délais de paiement des fournisseurs commencent à diminuer.

Autrement dit, ce n'est plus seulement le déficit qui recule : c'est l'ensemble des fondamentaux financiers qui évolue dans le bon sens. "On ne réduit pas un déficit de 42 % en une année sans une mobilisation constante, organisée, collective, interne et externe", déclare Lionel Calenge, directeur général du CHU.

"C'est toute la communauté hospitalière qui est mobilisée"

La véritable rupture réside dans la méthode employée. Contrairement à ce que l'on observe souvent dans les plans de retour à l'équilibre, le directeur du CHU de La Réunion assure "ne pas avoir bâti son redressement sur une logique d'austérité". Les effectifs continuent d'augmenter, avec 32 postes non médicaux créés en 2025, une cinquantaine de praticiens hospitaliers titularisés chaque année et un plan exceptionnel de 101 titularisations supplémentaires. L'établissement met également en avant une baisse de 12 % de l'absentéisme, présentée par Lionel Calenge comme "la plus forte enregistrée" parmi les CHU français.

Le plan de retour à l'équilibre (PRE) repose davantage sur la transformation des pratiques que sur des coupes budgétaires : meilleur codage des actes médicaux, optimisation des prescriptions, suivi mensuel des dépenses ou encore amélioration des circuits administratifs. "Ce n'est pas sur un tableur Excel qu'on fait le PRE dans le bureau du directeur général. C'est toute la communauté hospitalière qui est mobilisée", résume Lionel Calenge.

Lire aussi : Moins 42 % de déficit, près de 29 millions d'euros de pertes effacés : comment le CHU de La Réunion s'est donné de l'air

Cette nouvelle trajectoire explique également pourquoi l'État poursuit son accompagnement financier. Après près de 25 millions d'euros d'aides accordés en 2025, le directeur général de l'Agence régionale de santé, Jean-Jacques Coiplet, a annoncé une enveloppe supplémentaire de 11 millions d'euros destinée à soutenir la trésorerie et les investissements.

Au-delà du redressement des comptes, l'enjeu est désormais de permettre au CHU de poursuivre un vaste programme d'investissements. Plusieurs projets visent à répondre aux difficultés capacitaires de l'établissement, notamment dans les services d'urgence, mais aussi à renforcer des secteurs stratégiques comme la santé mentale, la cancérologie ou les activités de greffe. "Nous avons une difficulté capacitaire chronique, notamment en médecine d'urgence. Le redressement doit nous permettre de poursuivre près de 420 millions d'euros d'investissements pour répondre à ces besoins, mais aussi dans le domaine de la santé mentale, de la cancérologie et de la greffe", précise Lionel Calenge.

Au-delà des comptes, le message est clair : le CHU est désormais considéré comme un établissement stratégique. Il concentre les enjeux liés à la formation des futurs médecins, à la recherche, à l'innovation et à l'organisation de l'offre de soins pour l'ensemble de La Réunion et de la zone océan Indien.

Le plus difficile commence maintenant

Les dirigeants refusent pourtant de parler de victoire. Avec plus de 40 millions d'euros de déficit, le retour à l'équilibre financier à l'horizon 2028 reste un objectif, pas une réalité.

Pour Huguette Bello, le redressement des comptes ne doit pas faire oublier les fragilités structurelles auxquelles reste confronté le CHU. La présidente du conseil de surveillance, nouvellement réélue, estime notamment que le développement des études de médecine passe par un renforcement significatif des effectifs hospitalo-universitaires.

"Avec un effectif de 24 titulaires et 24 contractuels, le nombre d'hospitalo-universitaires est très en deçà de la moyenne nationale. Les CHU d'Amiens, Limoges, Poitiers ou encore Saint-Étienne disposent de près de 80 titulaires et environ 60 non-titulaires. Et ça, je trouve que ce n'est pas acceptable", a-t-elle souligné.

Elle souligne également le paradoxe auquel l'établissement reste confronté. "Le CHU de La Réunion doit répondre à une demande de soins en constante augmentation, alors même qu'il enregistre le taux d'emploi hospitalier le plus faible de France, hors Mayotte, et que ses capacités hospitalières sont moindres que la moyenne nationale." Elle rappelle notamment que le déficit de capacités atteint 31 % en psychiatrie et 30 % en soins médicaux et de réadaptation.

Pour répondre à ces besoins, plusieurs investissements structurants doivent entrer dans leur phase opérationnelle, à commencer par le futur bâtiment Femme-Parent-Enfant du CHU Nord, dont les travaux débuteront dès le mois de juillet.

Le redressement financier constitue donc moins une ligne d'arrivée qu'un point de départ. Pour la première fois depuis longtemps, le CHU de La Réunion ne semble plus seulement chercher à combler ses pertes. Il retrouve progressivement les moyens d'investir, de moderniser son offre de soins et de préparer l'avenir. C'est sans doute ce qui donne, cette fois, davantage de crédibilité à la perspective d'un retour à l'équilibre en 2028.

Etiquettes : CHU | PU1 | Santé

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