"Le silence protège les bourreaux, pas les enfants" : Devant le tribunal de Saint-Pierre, victimes et citoyens refusent de se taire

Citoyens, associations, professionnels et victimes se sont réunis lundi soir 23 juin devant le tribunal judiciaire de Saint-Pierre. Un rassemblement marqué par les témoignages, l'émotion et la volonté de ne pas laisser retomber la mobilisation après la mort de Lyhanna.
Comme lors des précédents rassemblements, son plaidoyer "Je t'accuse" ouvre la mobilisation organisée devant le tribunal judiciaire de Saint-Pierre. Face aux grilles du palais de justice, une vingtaine de personnes se sont réunies ce lundi soir 23 juin pour demander une meilleure protection des enfants après l'affaire Lyhanna.
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À 18 heures, le jour décline déjà. Dans la pénombre, seul le palais de justice et quelques les pancartes éclairées aux bougies LED se détachent. "Le silence protège les bourreaux, pas les enfants", "Plus jamais ça" peut-on y lire. Une grande fresque a été attachée aux grilles du tribunal pour que les enfants puissent dessiner.
La veille, les premiers éléments du pré-rapport de l'Inspection générale de la justice ont été rendus publics. Des "défaillances graves" ont été relevées et le garde des Sceaux a annoncé des sanctions.
"Je suis là pour mes filles"
Un cercle se forme dans la rue. Associatifs, enseignants, médecins, avocates ou simples citoyens prennent place côte à côte. Chacun est invité à s'exprimer. Certains racontent leur incompréhension face à des signalements restés sans suite. D'autres partagent leur sentiment d'impuissance ou leurs réflexions pour tenter de trouver des solutions. "Il faut un sacré sentiment d'impunité pour continuer à agir alors que les victimes ont osé parler", lance l'un des participants.
Parmi eux, Cathy s'était préparée toute la journée à prendre la parole en public. "Je suis là pour mes filles, pour que des drames comme l'histoire de Lyhanna s'arrêtent." La mère de famille raconte son parcours et celui de ses enfants. Elle évoque des violences intrafamiliales et des faits d'inceste. "Le pire dans tout ça, c'est de ne pas être écoutée, que mes enfants soient vues comme des menteuses." Devant les grilles du tribunal, Cathy est ce lundi soir entendue et écoutée.
"Ces dysfonctionnements sont systémiques"
"Comment peut-on vous aider ?", lui demande alors Me Brigitte Hoarau. Depuis le début de la mobilisation, l'avocate est l'une des figures de ce mouvement citoyen né après la mort de Lyhanna. Pour elle, les défaillances mises en lumière par cette affaire dépassent un dossier particulier. "Ces dysfonctionnements, ils sont systémiques, c'est-à-dire que dans la chaîne de la plainte, à chaque niveau, il y a des difficultés, que ce soit pour l'affaire Lyhanna ou pour d'autres affaires que nous connaissons."
L'avocate défend la mise en place d'une loi intégrale contre les violences sexuelles. Un cadre globale pour davantage de prévention, notamment dans les établissements scolaires, un meilleur accompagnement des victimes et des moyens renforcés pour les institutions chargées de les protéger. "Ce n'est plus possible de laisser nos enfants dans un danger constant de rencontrer la mauvaise personne, d'être à côté de la mauvaise personne."


