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Campagne sucrière : (enfin) un rebond attendu en 2026 pour la canne

Ecrit par Philippe Madubost – le lundi 22 juin 2026 à 12H14
Selon les premières estimations du CTICS, les tonnages devraient repartir à la hausse cette année.

Après plusieurs campagnes marquées par une baisse continue des tonnages, la filière canne devrait retrouver un peu de souffle en 2026. Selon les premières estimations du CTICS, la récolte pourrait repasser au-dessus de la barre des 1,311 million de tonnes de cannes, contre un peu plus de 1,13 million de tonnes réceptionnées l'an dernier. Un rebond qui resterait toutefois encore loin des niveaux de production moyens observés avant 2020.

Alors que les planteurs se préparent à l'ouverture de la campagne sucrière, les premières projections du Centre technique interprofessionnel de la canne et du sucre (CTICS) apportent une note d'optimisme prudente. Réalisées à partir du premier réseau de prélèvements effectué en juin, elles font état d'un potentiel de production de 1,311 million de tonnes à l'échelle de l'île cette année, soit près de 176 000 tonnes supplémentaires par rapport à la récolte 2025.

Cette progression représenterait une augmentation d'environ 15 % en un an. Un résultat encourageant pour une filière qui sort de plusieurs campagnes difficiles, sans mettre fin à des difficultés structurelles profondes auxquelles les Etats généraux de la canne doivent apporter des réponses.

Si elles se confirment, les prévisions de campagne marqueraient un rebond - même timide - de la production après des années de baisse.

Une amélioration après les effets du cyclone Garance

Reste un premier rebond positif pour la filière, même si certains espéraient un tonnage encore supérieur cette année, de par l'absence de cyclones et autres tempêtes en début d'année.

Pour rappel, la filière fait face depuis 2020 à une chute quasi sans discontinuer de ses tonnages jusqu'à tomber dans des plus bas historiques en 2024 et 2025. A des causes structurelles s'était ajouté le passage de deux cyclones. 

La dernière campagne s'est ainsi déroulée dans un contexte exceptionnel marqué par les conséquences du cyclone Garance sur une grande partie des bassins canniers du Nord et de l'Est. Les dégâts provoqués sur les cultures avaient entraîné une dégradation profonde du poids moyen des cannes observé lors des prélèvements de début de campagne.

Finalement, la filière avait réussi à maintenir sa production juste au-dessus du seuil du million de tonnes, avec un peu plus de 1,13 million de tonnes réceptionnées dans les deux usines de l'île. Un résultat meilleur que les scénarios les plus pessimistes envisagés en début de campagne, mais qui confirmait malgré tout le maintien de la production à des niveaux historiquement faibles.

Les observations réalisées en 2026 témoignent cette fois d'une situation bien différente. Sur la majorité des secteurs étudiés, les techniciens du CTICS constatent une nette amélioration du poids moyen des cannes. Dans plusieurs bassins de production, les valeurs enregistrées dépassent même celles observées en 2024, pourtant considérée comme la dernière campagne de référence avant cyclone.

Le phénomène est particulièrement visible dans les secteurs du Nord et de l'Est, où les cannes avaient été les plus affectées l'an dernier. Le CTICS y voit la preuve de la capacité de résilience de la culture cannière ainsi que des efforts réalisés par les planteurs pour remettre leurs parcelles en état de production.

Pour la campagne 2026, le CTICS table sur une production en hausse de près de 176 000 tonnes supplémentaires par rapport à 2025.

Une progression dans les deux bassins industriels

Les deux usines de l'île devraient bénéficier de cette amélioration.

Pour le Gol, dans le Sud-Ouest, les prévisions atteignent 623 000 tonnes contre 569 660 tonnes réceptionnées en 2025. Tous les bassins affichent une progression : Grand-Pourpier, Tamarins-Stella, le bassin du Gol ou encore Grand-Bois.

Dans le Nord-Est, l'usine de Bois-Rouge enregistrerait la plus forte hausse. La récolte est estimée à 688 000 tonnes, contre 565 593 tonnes l'an dernier. Le bassin de Beaufonds pourrait à lui seul atteindre 368 000 tonnes, tandis que celui de Bois-Rouge-La Mare remonterait à 320 000 tonnes.

Cette reprise repose principalement sur l'amélioration du poids des cannes. Dans plusieurs secteurs, les gains sont particulièrement marqués. À Tamarins, le poids moyen passe ainsi de 1,29 kg en 2025 à plus de 2 kg cette année. À Beaufonds, il progresse de 0,95 à 1,30 kg. À Bois-Rouge-La Mare, il retrouve pratiquement son niveau d'avant Garance.

Le poids des cannes est en hausse dans la plupart des bassins canniers, Beaufonds notamment.

Une récolte toujours faible à l'échelle historique

Malgré cette embellie attendue (et espérée), la prévision reste encore loin des standards qui prévalaient encore il y a moins d'une décennie.

La filière réunionnaise produisait encore plus de 1,7 million de tonnes de cannes en 2017. Même si la prévision actuelle se concrétise, l'écart resterait donc supérieur à 400 000 tonnes par rapport aux niveaux observés à cette époque.

Le constat est partagé par l'ensemble des acteurs de la filière : les difficultés ne relèvent plus uniquement des aléas climatiques. Elles sont désormais aussi structurelles.

Le CTICS rappelle notamment la diminution progressive des surfaces cultivées, la pression foncière qui s'exerce dans plusieurs zones cannières ainsi que la progression des adventices. Ces dernières années, la réduction du nombre de matières actives disponibles pour le désherbage a rendu la maîtrise de l'enherbement de plus en plus complexe pour les exploitants. Or, une parcelle envahie par les mauvaises herbes se traduit directement par une baisse du rendement.

Les difficultés économiques rencontrées par de nombreux planteurs pèsent également sur les itinéraires techniques. Le CTICS souligne que les contraintes financières ont parfois limité les apports en fertilisants, même si les parcelles observées conservent globalement un potentiel satisfaisant.

L'usine de Bois-Rouge enregistrerait la plus forte hausse. La récolte est estimée à 688 000 tonnes, contre 565 593 tonnes l'an dernier.

Une campagne qui dépendra encore de la météo

L'autre inconnue concerne les conditions climatiques des prochains mois.

La saison des pluies 2025-2026 s'est achevée sur un déficit pluviométrique particulièrement important. Selon les données citées par le CTICS, le manque de pluie atteint près de 45 % par rapport aux normales saisonnières.

Pour l'instant, les cannes de début de campagne ont bénéficié de conditions suffisamment favorables pour exprimer leur potentiel. Mais la situation reste plus incertaine pour les cannes de milieu et de fin de campagne, qui auront besoin de conditions météorologiques adaptées pour poursuivre leur croissance.

Le CTICS insiste d'ailleurs sur le caractère encore provisoire de ses estimations. Comme chaque année, le second réseau de prélèvements permettra d'affiner la projection et de mesurer l'impact réel des conditions climatiques sur les derniers mois de croissance.

Preuve du dynamisme de la filière, des centaines de planteurs ont participé hier à la 2ème édition des Agrofert'îles, à Sainte-Marie.

Le défi de la richesse

Au-delà du tonnage, les planteurs auront également les yeux tournés vers la richesse en sucre des cannes.

La campagne 2025 a été marquée par des niveaux particulièrement faibles, notamment dans l'Est où la richesse moyenne s'est établie autour de 10,35, très en dessous des standards habituels. Le revenu des planteurs dépendra aussi fortement de la capacité des cannes à accumuler du sucre durant la maturation.

Pour la filière, l'enjeu sera donc double : confirmer durant cette campagne le rebond des volumes observé lors de ce premier réseau de prélèvements et retrouver des niveaux de richesse plus conformes aux moyennes historiques tout en trouvant des solutions aux grandes difficultés qui impactent la filière. 

Etats généraux : un plan d'action attendu pour la rentrée

Tout l'enjeu des Etats généraux de la canne dont les travaux, il y a un an, doivent se transformer dans les prochains mois en plan d'action, comme l'a rappelé le préfet la semaine dernière à tous les acteurs. Ils doivent se retrouver en septembre pour valider une véritable feuille de route.

Le rebond attendu des tonnages cette année ne doit pas masquer le décrochage historique de la production cannière réunionnaise initiée depuis 2020. Après le passage de Fakir en 2018, la récolte avait dépassé la barre des 1,4 million de tonnes de cannes. Un jamais vu historique à l'époque...

Etiquettes : Canne à sucre | PU1

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