Dans les profondeurs de l'océan Indien, les scientifiques tombent sur un cimetière de baleines vieux de cinq millions d'années

Des centaines de squelettes, cinq carcasses récentes et des espèces inconnues. Dans les profondeurs de l'océan Indien, une découverte exceptionnelle bouleverse les connaissances sur les baleines… et rappelle combien notre océan reste un territoire largement inexploré.
Il faut descendre à plus de 6.000 mètres sous la surface. Là où la lumière n'existe plus, où la pression écraserait un sous-marin classique et où les températures flirtent avec le zéro. C'est dans cet univers que des chercheurs viennent de mettre au jour ce qui ressemble à une ville fantôme. Sauf qu'ici, les habitants sont des baleines. Ou plutôt ce qu'il en reste.
Au large de l'Australie occidentale, dans la zone de fracture de Diamantina, au cœur de l'océan Indien, une équipe internationale a découvert le plus vaste cimetière de baleines jamais observé. L'expédition a recensé 476 fossiles de cétacés, cinq carcasses récentes et des os vieux de 5,3 millions d'années. Les résultats viennent d'être publiés dans la revue Nature.
Le décor évoque un musée figé par le temps. Des crânes, des vertèbres et des côtes reposent sur le fond marin, parfois recouverts d'éponges, d'anémones ou d'étoiles de mer. Certains os appartiennent à des espèces toujours présentes dans les océans, d'autres à des baleines disparues depuis des millions d'années. Les chercheurs ont même identifié une espèce inconnue jusqu'ici, baptisée Pterocetus diamantinae.
Loin d'être un désert, ce cimetière grouille pourtant de vie.
"Chute de baleine"
Lorsqu'une baleine meurt en pleine mer, son corps finit par couler. Commence alors ce que les biologistes appellent une "chute de baleine". Pendant des années, parfois des décennies, cette immense carcasse nourrit tout un écosystème. Des bactéries décomposent les os, des vers les perforent, des mollusques, des crustacés et une multitude d'organismes s'y installent. Chaque squelette devient une oasis au milieu d'un fond océanique où la nourriture est rare. Dans la nécropole découverte par les scientifiques, plusieurs espèces pourraient même être totalement nouvelles pour la science.
Une autre question intrigue les chercheurs. Pourquoi autant de baleines sont-elles mortes au même endroit ?
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Plusieurs hypothèses sont avancées. La zone de Diamantina pourrait se trouver sur un ancien couloir migratoire emprunté pendant des millions d'années par différentes espèces de baleines à bec, des cétacés particulièrement discrets qui passent une grande partie de leur existence dans les profondeurs à la recherche de calmars. Les reliefs sous-marins auraient également pu agir comme un immense entonnoir, concentrant les carcasses dans cette vaste faille de l'océan Indien.
Et La Réunion dans tout ça ?
Notre île est bordée par le même océan, l'un des moins explorés de la planète. Chaque hiver austral, les baleines à bosse viennent mettre bas le long des côtes réunionnaises avant de repartir vers les eaux australes. Sous leurs trajectoires se cache un monde dont les scientifiques ne connaissent encore qu'une infime partie.
Immense nécropole
Les profondeurs de l'océan Indien restent largement vierges d'exploration. Les cartes du fond marin demeurent incomplètes et chaque mission révèle des paysages, des espèces ou des mécanismes biologiques insoupçonnés. Cette immense nécropole en apporte une nouvelle preuve. Pendant plus de cinq millions d'années, elle est restée intacte, à plusieurs kilomètres sous la surface, sans que personne n'imagine son existence.
Au fond, cette découverte raconte peut-être autant notre ignorance que celle des baleines.
Comme c'est étrange de se dire que nous connaissons peut-être davantage la surface de Mars que certaines régions des abysses terrestres...


