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Femme maire à La Réunion : pour Céline Sitouze, ces attaques personnelles ont "servi de carburant"

Ecrit par S.I. et A.D. – le dimanche 21 juin 2026 à 12H26

Élue maire de Sainte-Marie avec 53,51 % des voix au second tour des élections municipales, Céline Sitouze fait partie des six femmes qui dirigent désormais une commune réunionnaise. Après dix-huit années passées dans l'opposition, l'enseignante de formation accède à la tête de la ville avec une conviction intacte : le travail finit toujours par payer. Entre attaques sexistes, engagement public et attachement à sa famille, elle se livre dans le second volet de notre série consacrée aux femmes maires réunionnaises.

Pour beaucoup, l'élection de Céline Sitouze marque un tournant politique à Sainte-Marie. Pour la nouvelle édile sainte-marienne, c'est avant tout l'aboutissement d'un long parcours débuté il y a près de vingt ans dans l'opposition municipale. Une expérience qu'elle considère aujourd'hui comme une véritable école de la politique. "Lorsque vous êtes dans l'opposition, vous êtes seul face à vos dossiers donc vous êtes obligé vous-même de travailler", explique-t-elle. 

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Au fil des années, elle construit sa crédibilité, multiplie les rencontres avec les habitants et participe à l'élaboration d'un projet qu'elle dit avoir bâti "avec les Sainte-Mariens eux-mêmes". Une méthode fondée sur "l'écoute et la proximité" qu'elle entend conserver désormais à la tête de la commune.

Refuser l'intimidation

La victoire n'a pourtant rien eu d'un long fleuve tranquille. Durant la campagne, la nouvelle maire raconte avoir été confrontée à des attaques sexistes et racistes qui l'ont profondément marquée. Parmi les épisodes les plus douloureux figure la diffusion d'une vidéo réalisée grâce à l'intelligence artificielle. "Voir une vidéo faite par une intelligence artificielle où on vous enlève et vous emmène quelque part, et vous savez que dans l'imaginaire ce qui doit arriver ensuite c'est un viol, ça me heurte et ça m'a beaucoup blessée", se souvient-elle. 

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L'élue évoque également des remarques déplacées subies dans certaines instances politiques comme à la CINOR ainsi que des agressions lors de précédentes campagnes électorales. Des expériences qui auraient pu l'éloigner de la vie publique. Elles ont produit l'effet inverse : "Toutes ces attaques ont servi de carburant à mon engagement."

Plutôt que de se laisser enfermer dans une posture de victime, elle affirme avoir choisi de réagir systématiquement, notamment en déposant plainte lorsque cela s'avérait nécessaire. Une réaction qu'elle considère comme une responsabilité autant qu'un choix personnel car à ses yeux, les élus ont aussi le devoir de montrer que les violences et les discriminations "ne doivent jamais être banalisées".

"Je n'accepte pas ces phénomènes de domination et de pression"

Derrière son calme apparent, Céline Sitouze revendique une certaine fermeté. Elle raconte ainsi avoir récemment refusé de céder à la pression d'un groupe venu réclamer un rendez-vous immédiat à la mairie. "Je n'accepte pas ces phénomènes de domination et de pression que l'on peut exercer sur un édile, quel qu'il soit", insiste la maire de Sainte-Marie. 

Une attitude qui reflète sa conception de l'autorité mais aussi son refus de voir son statut de femme être perçu comme une faiblesse. Pour autant, elle ne cherche pas à masquer sa sensibilité : "Je suis quelqu'un de très sensible et tout cela, forcément, me touche."

À écouter Céline Sitouze, la montée en puissance des femmes dans les exécutifs locaux réunionnais n'est pas anodine. Au fil de la campagne, elle dit avoir entendu de nombreux habitants exprimer une confiance particulière envers les élues. Une réflexion qu'elle rapporte sans triomphalisme mais qui traduit, selon elle, une évolution du regard porté sur les femmes en politique. Elle y voit surtout une manière différente d'aborder l'action publique, "davantage centrée sur les réalités du quotidien". Les écoles, les transports scolaires, la restauration des enfants, l'accompagnement des familles ou encore l'accès à l'emploi sont autant de sujets qu'elle juge prioritaires.

Enseignante depuis plus de vingt-cinq ans, Céline Sitouze place l'éducation au cœur de ses priorités. Une conviction héritée de son histoire personnelle. Originaire du quartier de La Découverte, elle a grandi dans une famille modeste où l'implication des parents dans la réussite des enfants était une évidence. "Même s'ils ne comprenaient pas forcément ce que l'on étudiait, mes parents se sont toujours assurés d'être des parents", se remémore-t-elle. Aujourd'hui encore, elle considère que la parentalité constitue "l'un des grands défis de la société réunionnaise".

La famille comme refuge

Malgré ses nouvelles responsabilités, la maire de Sainte-Marie refuse de sacrifier sa vie personnelle. Mère d'un jeune homme de 18 ans, elle veille à préserver des moments pour son fils, son mari, ses parents et ses proches. "Je me suis engagée pour améliorer le quotidien de mes concitoyens, pas pour sacrifier ma vie de famille", martèle Céline Sitouze. Une philosophie qui lui permet de garder les pieds sur terre alors que sa vie a profondément changé ces dernières semaines.

Aujourd'hui maire de Sainte-Marie, Céline Sitouze sait que les défis qui l'attendent seront nombreux. Mais après dix-huit années passées dans l'opposition, les attaques, les remises en cause et les campagnes parfois violentes, elle semble avoir acquis une certitude : rien ne remplace le travail et la persévérance. Une conviction qui l'accompagne désormais à la tête de sa commune.

Etiquettes : Céline Sitouze | GU | Sainte-Marie

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