Bassins et sentiers fermés : l'interdit attire, mais à qui la responsabilité ?

Avec près de 1 000 kilomètres de sentiers et une multitude de bassins et cascades, les paysages de La Réunion sont une ode à l'aventure. Mais parmi tous ces lieux, certains sont complètement interdits d'accès. Y pénétrer relève de la responsabilité de chacun.
Casques à la main, Sarah* et Marc* s'élancent sur la périlleuse randonnée menant à la cascade du Chaudron. Madame, originaire de Sainte-Marie, n'y a jamais mis les pieds en trente-cinq ans. Son compagnon, métropolitain, découvre lui aussi les lieux. Ce qui les a motivés, ce sont les réseaux sociaux.
' Savoir qu'à peine à une heure de marche, il y a un lieu aussi magnifique, ça donne envie !' nous fait savoir Sarah. En cette matinée ensoleillée, ils veulent en profiter pour se baigner dans le bassin alimenté par la cascade. Malgré la fermeture du sentier, ils ont tout de même en tête de s'élancer.
Pour ces randonneurs confirmés, le panneau n'est pas un obstacle pour emprunter ce sentier. « C'est le jeu », glisse Marc, sourire nerveux figé sur les lèvres. Ayant lu les avertissements sur Internet quant à la dangerosité du parcours, d'où la présence des casques.

La cascade du Chaudron, un joyau interdit depuis 1998
Depuis 28 ans, le sentier de la cascade du Chaudron est interdit d'accès. Plusieurs motifs sont avancés pour justifier ce choix : le risque d'éboulis qui s'accroît les lendemains de pluie et la largeur du sentier, qui n'est pas bien grande, sans compter le fait qu'on marche à flanc de falaise.
Pendant plus d'un kilomètre, on s'enfonce à flanc de falaise, avec la ravine du Chaudron en contrebas : si la randonnée n'est pas bien longue et ne nécessite pas de grandes compétences physiques, il ne faut pas avoir le vertige.
Depuis 2021 (date à laquelle l'arrêté a été prolongé), plusieurs portails ont été installés tout le long. Théoriquement, il n'est donc pas possible de s'y rendre. Or, un randonneur bien déterminé peut passer. Qui plus est, un long tuyau d'acheminement d'eau est présent, rappelant que des techniciens équipés interviennent encore sur le site.

Que faire de ce site ?
On observe donc une certaine dichotomie concernant la cascade du Chaudron et, plus généralement, les bassins interdits au public (bassin la Paix, les Cormorans) qui sont pourtant des sites très fréquentés. Désireux d'en savoir plus sur le devenir du site, nous avons formulé plusieurs questions à la mairie de Saint-Denis.
Qu'est-ce qui est prévu pour ce site ? Qu'est-ce qui est prévu, outre les portails, pour empêcher l'accès au site ? Des questions qui demeurent pour l'heure sans réponse, la collectivité n'ayant pas souhaité nous répondre à ce sujet.
Chez les gendarmes du PGHM, qui sont amenés à intervenir sur les lieux s'il y a un accident, on nous éclaire un peu plus. Sollicités par téléphone, ils nous expliquent que fouler un sentier interdit se fait à vos risques et périls. Pour rappel, ils sont habilités à verbaliser tout contrevenant ne respectant pas les règles.
A vos risques et périls
Un cas qui demeure 'situationnel' d'après les intéressés, car les militaires optent pour la prévention et non la sanction immédiate aux abords des sentiers. Par ailleurs, le PGHM nous explique que sur un sentier fermé ou non, il y a toujours du danger : de par la topologie montagneuse de l'île, nul n'est à l'abri d'une chute de pierres.
Si les bassins interdits comme bassin la Paix à Bras-Panon ou encore la cascade du Chaudron comptent des accidents mortels, cela reste rare. Qui plus est, ils ne sont pas en lien avec les interdictions. En février 2025, un jeune homme a perdu la vie à la cascade après une chute de 40 mètres.
Si cela demeure relativement rare, à contrario par exemple des accidents de la route, le PGHM intervient tout de même assez souvent sur les sentiers de l'île, pour des "bobos", fractures ou chevilles foulées.
La question de la responsabilité
Et justement, qui est responsable en cas de chute ou d'accident sur un sentier ? Récemment, un homme a attaqué en référé liberté la commune de Bras-Panon. Le 24 novembre 2019, un promeneur a été grièvement blessé par un éboulement sur les escaliers menant au bassin la Paix, à Bras-Panon, entraînant l’amputation partielle de sa jambe gauche. Le tribunal administratif a estimé que la responsabilité de la commune était engagée à hauteur de 50 %, l’autre moitié étant attribuée à la victime.
Lire aussi : Promeneur amputé après un éboulement au bassin la Paix : la commune de Bras-Panon reconnue responsable à 50%
Les juges reprochent notamment à la mairie de ne pas avoir interdit l’accès au site malgré les risques potentiels liés aux conditions météorologiques. Une expertise médicale complémentaire a été ordonnée afin d’évaluer les séquelles physiques, psychologiques et les préjudices financiers subis par la victime.
Quand on interroge un avocat sur la question, il rappelle que les cas comme celui de Bras-Panon restent rares. Lorsque vous vous aventurez sur un sentier interdit d'accès, dans la majorité des cas, vous êtes responsable à 100 %. Comme pour l'exemple ci-dessus, il peut y avoir des exceptions.


