Trafic de Zamal Réunion-Maurice : six hommes jugés pour un butin avoisinant le million d’euros

Six hommes se tenaient de concert à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Denis pour des soupçons de trafic de stupéfiants entre ici et l’île sœur. Ils étaient tous impliqués à divers niveaux dans ce réseau organisé.
C’est bien connu, le label Réunion en matière de zamal est très populaire sur l’île sœur. À tel point que le marché du cannabis est fortement rentable là-bas. Aussi, les trafics entre les deux îles ont-ils de beaux jours devant eux…
Nous sommes en 2024. Les gendarmes reçoivent un coup de fil d’un riverain, à Sainte-Suzanne. Ce dernier signale la présence d’un étrange fourgon, garé aux abords d’une pharmacie. Une première patrouille débarque, ne voit rien de suspect et repart.
Un second appel téléphonique, avec cette fois-ci une femme au bout du fil, dénonce la même chose. Cette fois, une autre patrouille est envoyée et elle tombe sur un jeune homme, en dehors d’un fourgon blanc.
Cet homme, c’est Krisna V. et les militaires procèdent à l’inspection du véhicule : à son bord, ils retrouvent 5 sacs de sport remplis de zamal ainsi que des armes à feu. Son interpellation lance alors une course pour remonter tout le réseau.
Un homme bien coopératif
Sans ambages, Krisna V. passe à table : il explique transporter des stupéfiants pour le compte de son demi-frère. Sa présence sur ce parking est justifiée par un autre sac qu’il devait recevoir.
Quand les enquêteurs procèdent à la perquisition de son domicile, ils y trouvent d’autres sacs. Au total, 60 kilos de cannabis et des poussières sont saisis. Comme lors de ses auditions, Krisna V. reconnaît l’entièreté des faits et coopère avec la justice. Il disait travailler pour le compte de deux hommes, à Maurice.
Son demi-frère, Chris V., est également interpellé. Lui va nier toute implication dans un quelconque trafic de stupéfiants. Sauf que la perquisition de son domicile va permettre de remonter jusqu’à quatre autres personnes.
Le téléphone sous le matelas
Chris V. est, lui, un Mauricien s’étant installé à La Réunion en 2020. En 2024, il décide de déménager à nouveau sur l’île sœur à la suite d’un accident de travail. Faisant la navette entre les deux îles, il s’est fait interpeller par les gendarmes à Roland-Garros.
Chez lui, les enquêteurs font une découverte intéressante : celle d’un téléphone de marque Xiaomi. En exploitant l’appareil ainsi que celui de Krisna V., ils retrouvent des conversations liées à des livraisons.
Mais plus intéressant, un nom se dégage dans les échanges, celui de « Petit Josh ». Cet individu, c’est Ashvin J., un autre Mauricien installé à La Réunion. Il se trouve que l’individu possède un bateau acheté avec un compatriote qu’il héberge : Bhavish L.
Plus de 100 kilos à bord du navire
Peu à peu, les enquêteurs continuent à remonter le fil. Grâce à des prélèvements ADN, ils parviennent à interpeller Brian B., un Réunionnais déjà connu pour du trafic de stupéfiants. Ses empreintes étaient sur les sacs retrouvés chez Krisna V.
Par la suite, ils parviennent à interpeller, à la fin de l’année 2024, Ashvin J. et Bhavish L., alors qu’ils chargeaient de la marchandise sur un bateau. Quand les gendarmes inspectent l'embarcation, ils trouvent plus de 100 kilos d’herbe, pour une valeur à la revente de près d’un million d’euros.
La dernière interpellation survient en février 2025 : un Saint-Paulois dont la perquisition a mis au jour des dizaines et des dizaines de pieds de zamal. Jean F. aurait été l’un des fournisseurs des réseaux mauriciens.
Lors de l’audience, tous vont reconnaître leurs torts. Tous sauf Chris V., qui continue de nier les faits en bloc.
À chacun sa part de responsabilités
Sans surprise, la procureure considère que les faits sont clairement caractérisés pour chacun des participants. Elle divise ses plaidoiries en trois groupes.
D’abord, les deux frères : selon elle, ils auraient servi de livreurs. Leur rôle consistait à récupérer les sacs de zamal et à les acheminer à bon port. La procureure requiert à l’égard de Krisna V. une peine de 3 ans d’emprisonnement, et contre son demi-frère Chris V. 4 ans d’emprisonnement.
Ensuite, la branche « réunionnaise ». Brian B. et Jean F. auraient été deux fournisseurs du réseau, en témoigne le nombre de plants retrouvés chez eux. Pour le premier, qui agit en récidive, elle requiert une peine de 6 ans, tout comme son acolyte.
Enfin, le groupe des deux Mauriciens. Elle désigne parmi eux un leader, Ashvin J., se positionnant comme l’organisateur des opérations sur terre et en mer. Elle requiert une peine de 7 ans de prison. Pour son homologue Bhavish L., elle requiert 5 ans de prison.
Après délibération, le tribunal a condamné Ashvin J. et Jean F. à une peine de 6 ans de prison, 5 ans pour Brian B. et Bhavish L., 4 ans pour Chris V. et 3 ans pour Krisna V.


